ACID MOTHERS TEMPLE SWR – SWR

Print Friendly, PDF & Email
ACID MOTHERS TEMPLE SWR – SWR
(Very Friendly)

Pour présenter rapidement les choses, il faut savoir que ACID MOTHERS TEMPLE est un collectif japonais créé en 1995 par Kawabata MAKOTO, dont l’existence est plus liée à une certaine idée de la vie et à un mot d’ordre fédérateur « faites ce que vous voulez et ne faites pas ce que vous ne voulez pas », qu’à un simple nom de groupe.

C’est pourquoi, outre ACID MOTHERS TEMPLE & THE MELTING PARAISO UFO, voici maintenant surgir deux autres combos se réclamant aussi de ce collectif, et dénommés ACID MOTHERS TEMPLE & THE COSMIC INFERNO et ACID MOTHERS TEMPLE SWR. Trois groupes différents, dont les line-ups varient au gré des disponibilités de chacun et des besoins de la musique, et dont le lien indéfectible demeure Kawabata MAKOTO, multi-instrumentiste et probablement débarqué de je ne sais quelle planète, tant son omniprésence et la quantité pléthorique d’albums enregistrés (plus de 100 en 10 ans !), ainsi que des concerts incessants sur tous les continents, font qu’on en arrive à se demander s’il vit bien dans le même espace-temps que nous.

Ceux qui voudront creuser un peu plus l’histoire de cet étrange personnage et de ses motivations iront jeter eux-mêmes un œil sur le site Internet du groupe (pardon, du collectif !), où toutes explications leur seront narrées en détail et bien mieux qu’ici par Kawabata MAKOTO lui-même… Oui, il a aussi le temps d’écrire ! !

Le CD dont je me propose de vous parler ici est le premier album à paraître sous le nom ACID MOTHERS TEMPLE SWR, sobrement intitulé SWR (pour « Stone, Woman, Record »). La formation de cette nouvelle mouture se veut être un trio composé de Tsuyama ATSUSHI (basses, vocaux), du batteur Yoshida TATSUYA (officiant également au sein du groupe nippon RUINS), et bien sûr de Kawabata MAKOTO à la guitare. Exit donc les claviers et délires vocaux de Cotton CASINO qui remplissaient jusqu’à présent tous les albums d’ACID MOTHERS TEMPLE & THE MELTING PARAISO UFO, cette dernière ayant quitté le groupe et s’en étant allée materner son bambin tout fraîchement né.

Treize titres forment donc cet album, mais tous sont enchaînés les uns aux autres et, d’après la jaquette, l’album n’aura nécessité que neuf heures pour être mis en boîte. Si un seul disque est trop insuffisant pour tenter de définir ce qui différencie vraiment cette nouvelle version de la précédente, on peut néanmoins affirmer que ce SWR abandonne le son volontairement « sale » qui renforçait jusqu’à présent le côté underground de cette musique déjà pas forcément toujours facile à aborder au profit d’une production claire et soignée qui franchement rend bien mieux justice aux folies sonores des Japonais.

Piochant allègrement dans toutes les bonnes recettes des grands ténors du psychédélisme/ krautrock/ progressif/ jam bands, et le revendiquant d’ailleurs clairement (nombre d’albums du groupe sont nommés en faisant directement référence à ces groupes ou ces œuvres du passé, pour exemples Electric Heavyland, Minstrel In The Galaxy, In C, Univers Zen ou De Zéro à Zéro, 41st Century Splendid Mind, Grateful Head, Absolutely Freak Out « Zap Your Mind », etc…), ACID MOTHERS TEMPLE s’ingénie à mélanger le tout et à multiplier par dix la folie qui habitait déjà bon nombres de leurs prédécesseurs en y ajoutant toute la fougue de gens qui joue la musique qu’ils aiment, en toute sincérité et surtout sans aucune prétention.

Et ce SWR en est le témoignage parfait : délires vocaux à la sauce ZAPPA, arpèges bluesy de guitare électrique à la Manuel GÖTTSCHING, atmosphères inquiétantes et hantées dignes des moments les plus « free » du Tago-Mago de CAN, krautrock puissant rappelant Amboss, face A de l’album éponyme d’ASH RA TEMPEL, chant insolent à la manière d’un Iggy POP au sein des STOOGES ou plus rauque façon Don VAN VLIET, les clins d’œil multipliés sont légions, mêmes si quelquefois ils ne durent pas plus que quelques secondes.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la sauce prend plutôt bien, car tout le talent du trio consiste à amalgamer et à imbriquer tout cela dans un joyeux capharnaüm construit comme une immense fresque krautrock, avec ses instants les plus barrés et surtout, tout au long de l’album, la géniale guitare de Kawabata MAKOTO, (le HENDRIX japonais ?), qui, sur ce disque plus qu’aucun autre, règne en grand orateur de cette fresque hallucinée, hallucinante et bigrement revigorante. Il faut entendre cette sonorité acide tisser de grands méandres psychédéliques sur les tonnerres de la rythmique obsessionnelle, et s’assagir subitement au détour d’une loufoquerie musicale avant de repartir de plus belle vers d’autres délires… une guitare toujours inspirée, dans ses notes les plus ciselées dans le roc, comme dans ses dérives les plus incisives, les plus mordantes et qui érigent un véritable magma bouillonnant déversant ses coulées de lave serpentines et brûlantes.

Une telle folie maîtrisée fait un bien fou à nos oreilles soudainement dépoussiérées, et donne véritablement tout son sens littéral au Brainstorm des vétérans d’HAWKWIND.

Et puis est-ce dû aux mélodies plutôt accrocheuses (pas du genre à siffler sous la douche, tout de même), est-ce dû au fait que sur SWR, Kawabata MAKOTO ne se concentre que sur la guitare, ou est-ce dû à cette production propre mettant bien en relief les tentacules électriques du maître à gratter ? Je ne saurais le dire avec exactitude, sûrement un peu des trois, mais toujours est-il que cet album, malgré toutes ses orgies sonores et son côté sans concessions, arrive néanmoins à passer facilement, sans heurts et sans trop dégommer les oreilles, ce qui n’est pas toujours le cas en ce qui concerne ACID MOTHERS TEMPLE. Il apparaît alors comme étant un excellent choix pour ceux désirant s’aventurer dans l’univers kaléidoscopique et labyrinthique de la discographie du groupe, pour peu qu’on ne soit pas allergique au krautrock et bien sûr que l’on ne soit pas réfractaire au fait que la guitare électrique puisse être reine durant tout le temps que dure un album.

Alors suggérez à votre compagne un bon restau avec sa meilleure copine, faites garder les enfants, prévenez vos voisins, ressortez vos vieux shiloms, retournez à la cueillette aux champignons, rameutez vos vieux potes et montez le volume ! Vous voici revenus trente à quarante ans en arrière, du temps où Jimi HENDRIX partait sur ses arcs électriques converser avec les étoiles, alors qu’en Germanie commençaient à poindre des musiciens délirants cherchant à se démarquer de leurs pairs anglo-saxons et américains en inventant ce qui alors fut appelé la Kosmische Musik… Bon trip à tous !

Benoît Godfroy

Site : www.acidmothers.com

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°18 – août 2005)

Laisser un commentaire