Bayarbaatar DAVAASUREN – The Art of Mongolian Khöömii (Throat Singing)

Bayarbaatar DAVAASUREN – The Art of Mongolian Khöömii (Throat Singing) (ARCMusic)

BayarbaatarDavasuren-ArtofMongoliankhoomiIl peut paraître étrange de consacrer un CD à un artiste mondialement réputé pour son talent de… danseur. Natif de la région de Gobi-Altaï, en Mongolie et issu d’une famille d’éleveurs de chameaux, Bayarbaatar DAVAASUREN a appris la danse auprès des meilleurs professeurs de Mongolie, a suivi des cours de chorégraphie, a consacré son mémoire de maîtrise aux particularités de la danse mongole, a enseigné la danse et la chorégraphie à l’Université des arts et de la culture à Ulan-Bator, s’est formé également à la danse contemporaine et est actuellement chorégraphe général de l’Ensemble national académique de chant et de danse.

Mais pour asseoir sa notoriété en tant que promoteur des arts traditionnels mongols en Asie, en Europe et aux États-Unis, il a également appris à jouer de nombreux instruments musicaux mongols, et étudié le khöömei, le chant diphonique local, dont il est devenu un haut représentant, au point d’être récompensé en 2008 en tant que meilleur chanteur de khöömei, entre autres distinctions…

Bayarbaatar DAVAASUREN est donc un artiste complet, et a donc le profil idéal pour jouer les ambassadeurs culturels dans le monde. Du reste, c’est à lui que l’on doit la reconnaissance par l’Unesco de la danse mongole nommée Bii Bielgee et du chant diphonique dans le patrimoine culturel universel.

Ce CD dévoile donc tous les talents musicaux et vocaux de Bayarbaatar DAVAASUREN, en même temps qu’il expose les différents styles d’expression artistiques de la tradition mongole. Les chants mongols se divisent en chants courts (bogino duu) et en chants longs (urtyn duu), ces dénominations ne désignant pas nécessairement la durée d’un chant, mais plutôt le temps d’énonciation des mots. Si le bogino duu se caractérise par son rythme enlevé et régulier et est traditionnellement interprété lors des activités ménagères, l’urtyn duu (ou maagtal) comporte des mélodies plus ornementées, des variations rythmiques, un type de composition plus libre, d’allure plus épique, et nécessite une tessiture vocale plus étendue ; il se joue lors des fêtes et célébrations rituelles dans les communautés nomades.

On en trouve plusieurs exemples dans le répertoire de cet album : une flamboyante apologie de Gengis KHAN (Ih Khaanii Duulai), un non moins resplendissant éloge des sommets des montagnes Khangaï (Gurvan Sharlin Nuruu Magtaal) ou encore une oraison dédiée à la yourte nomadique (Magtaal Ger), autant de repères inévitables de la culture, de la géographie et de la société mongoles.

Sur une bonne partie de ces chants, Bayarbaatar DAVAASUREN joue alternativement de la vièle morin-khuur et du luth tovshuur, et nous gratifie d’une pièce instrumentale jouée à la guimbarde en bambou (Hulsan Huur) suivie d’une improvisation à la guimbarde métallique (Tumur Huur) qui laisseront pantois plus d’un auditeur. Le seul instrument auquel il ne touche pas est la cithare yatga, jouée sur les deux premiers morceaux par une musicienne fort douée avec qui Bayarbaatar a souvent joué, Chinbat BAASANKHUU, et auteure d’un disque paru chez ARC Music en 2014 (voir notre chronique). Les deux artistes ont également enregistré ensemble un disque paru chez Frémeaux & Associés.

Les quatre derniers morceaux de ce disque sont exclusivement a capella. DAVAASUREN y déploie toutes ses facultés au khöömi (chant diphonique, ou chant de gorge), et nous gratifie là encore d’une improvisation (Tengeriin Duu) dédiée aux éléments naturels particulièrement inspirée, homérique et saisissante, suivie par d’autres chants khöömei non moins impressionnants, et qui évoquent un paysage, un sentiment de déréliction ou encore la beauté d’un cheval, soit des éléments là aussi caractéristiques de la vie traditionnelle mongole.

Les enregistrements ont été effectués en France, dans la périphérie de Lyon, à l’abbaye cistercienne de Noirlac, un cadre qui n’a donc rien de « typique » (le khöömei est généralement interprété en plein air ou dans une yourte), mais qui est particulièrement adapté pour déployer les harmoniques du khöömei et le parer d’une réverbération toute naturelle. Aucune manipulation post-production n’a été opérée, il s’agit d’une expérience live laissée intacte. Le choix d’un tel lieu pour l’enregistrement fait certes perdre en « rusticité de terrain », mais oriente davantage l’écoute vers l’hypnose.

Conçu à l’initiative du GMVL (Groupe Musiques vivantes de Lyon), dirigé par Bernard FORT, cet album s’avère un excellent complément au précédent album solo de DAVAASUREN, Chants diphoniques mongols, paru en 2007 aux éditions Lugdivine et produit lui aussi par le GMVL.

Mais dans la mesure où Bayarbaatar est également l’auteur d’œuvres novatrices en matière de danses soliste ou en groupe qui ont eu un impact sur le développement de la danse traditionnelle mongole, l’inclusion d’un DVD (ou au moins d’une piste vidéo) aurait été tout aussi souhaitable et bienvenue.

Label : www.arcmusic.co.uk

Stéphane Fougère

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