BEAT BOUET TRIO – Une résistance rurale

BEAT BOUET TRIO – Une résistance rurale

BeatBouetTrioBEAT BOUET TRIO est un ensemble plutôt inhabituel dans le paysage musical breton. Le groupe, composé de Gurvan MOLAC (chant), Ivan RAJALU (accordéon diatonique) et Tristan LE BRETON (Human Beat Box), œuvre dans un style pour lequel il est finalement difficile de coller une étiquette.

Les différents titres faisant référence à des danses, on se retrouve assurément confronté à de la musique traditionnelle, plutôt orientée vers la Haute Bretagne.

Mais l’habillage peut surprendre. La formule est resserrée. Le chant est seulement accompagné par un accordéon et par ce qu’on appelle « human beatbox », cette technique qui consiste à reproduire les percussions avec la bouche. Qui plus est, l’ensemble navigue dans l’univers du hip-hop ou du ragga.

Les chansons sont interprétées en français ou en gallo, la langue parlée en Haute Bretagne. Sans être moralisateur, le groupe n’en demeure pas moins concerné par l’actualité (Sans pap’ à Babylon) ou par la société et par l’époque dans laquelle il vit et il se fait le témoin des dérives qui en découlent (La Monnaie, Génération Y,  Ce travail, Pas d’fachos dans nos quartiers, Alerte antifasciste).

BEAT BOUET TRIO a été invité à se produire au Beat Box Day qui s’est déroulé à Lorient en mai 2016. Ce fut l’occasion d’aller à la rencontre de Gurvan MOLAC alias FAYA GUR.

 ENTRETIEN AVEC BEAT BOUET TRIO
Gurvan, tu es le chanteur de BEAT BOUET TRIO. Peux-tu nous présenter le groupe ?

BEAT BOUET TRIO est un groupe qui fait le mix entre la musique de Haute-Bretagne et le hip-hop. On a tous les trois la double culture. On trouve T BURT au human beat box qui fait la percussion avec sa bouche, VANAO à l’accordéon qui amène le trad’ et les grosses basses et moi qui suis à la voix

La formule est atypique. Comment vous êtes-vous formés ?

En fait, dans les années 1990, on a tous écouté Skyrock et les groupes de rap français ou américains. On avait un peu perdu de vue le fait d’avoir écouté ça et d’avoir baigné dedans. On a redécouvert le truc quand T BURT a commencé à ressortir les vidéos de beat box pour apprendre. Toute sa culture électro-rap des années 1990 est ressortie à ce moment-là. On s’est alors dit qu’on allait faire un groupe en s’inspirant du hip-hop et du ragga de ces années-là.

La musique est dansante, par contre les textes sont assez revendicatifs. Vous vous incluez dans le mouvement alternatif ?

Les textes parlent de différentes choses. Il y a beaucoup de chansons politiques et militantes qui appellent à un changement de société et un regard différent par rapport aux médias généralistes qui ont tous un peu la même position. Il y a des chansons sur des thèmes divers comme l’antifascisme, une jeunesse à Gaza, les mouvements ouvriers du passé, du présent et du futur. Après, il y a des chansons d’amour, des chansons pour « déconner », des chansons de ganja et des chansons qui parlent de fesses aussi. Tout ça fait partie de la culture hip-hop et on cultive tous ces styles-là.

Vous vous produisez où ?

BeatBouetTrio-EPOn joue essentiellement dans les bals et les festou-noz. Ce sont des évènements dans lesquels les gens vont danser des danses de Bretagne ou du monde entier. Depuis une petite année, on joue dans le réseau des bals folk un peu partout dans l’hexagone et aussi en Belgique, en Italie ou en Hollande plusieurs fois.

Le public réagit comment à ce mélange ?

On s’est toujours posé la question, en entrant dans une nouvelle sphère ou un nouveau pays. On se demande comment les gens vont le prendre. En Bretagne, il y a eu la confrontation avec le public breton quand on a commencé et ça l’a bien fait. Il est vrai qu’on a commencé autour de Rennes et aussi de Ploërmel. C’était des gens qu’on connaissait personnellement pour avoir joué dans d’autres groupes avant. Le courant est bien passé et rapidement. On a alors développé un répertoire très varié que les danseurs apprécient avec des danses différentes, beaucoup de danses en couple ou en quadrille.

Quand on est passé au bal folk, c’était la même interrogation car personne ne fait ça. On a joué à Boom Bal festival l’an dernier en Belgique et ça a cartonné. Les gens ont adoré. Dès qu’on change de sphère, on se demande comment ça va réagir et pour l’instant ça s’est bien passé  à chaque fois.

On joue sur une programmation celtique en Pologne en aout 2016. Ça va changer de ton alors on va voir comment ils vont le prendre. Ce sera la surprise.

L’étiquette « Haute-Bretagne » n’est pas trop lourde ?

Non, pas du tout ! On est de Haute Bretagne mais on fait aussi beaucoup de danses de bal folk, des bourrées, des valses, des mazurkas et des choses qui ne sont pas forcément bretonnes, des polskas, des cochinchines. Dans l’absolu, toutes les danses en couple ne sont pas vraiment des danses bretonnes à la base. On s’en fiche un peu de cette étiquette « Haute-Bretagne », si je puis me permettre, parce qu’on fait les choses qui nous plaisent. Tout rentre plus ou moins dans la tradition au fur et à mesure. Par exemple, aujourd’hui faire un cercle circassien en fest-noz, c’est accepté comme une danse bretonne alors que dans les années 50, le cercle circassien ne se dansait pas en Bretagne. C’est arrivé tardivement dans le répertoire. Quand dans cent ans, on fera dans cercles circassiens, ils seront rentrés dans la tradition en Bretagne.

Auparavant tu étais le chanteur d’IMG, tu officies également au sein de SHEBEEN. Qu’est-ce qui différencient les trois formations ?

IMG a servi de test sur différents horizons musicaux. Sans trop maitriser toutes les références, on a fait pêle-mêle du reggae, du hip-hop, du ska, du punk, du métal. On était dans l’esprit des groupes de rock-festif de la fin des années 90. Du coup, on faisait un peu de tout. Quand IMG est arrivé à la fin de son cycle, j’ai quitté le groupe lorsque j’ai pensé qu’on avait fait ce qu’on avait à faire sur la scène bretonne.

J’ai alors monté deux formations en parallèle. SHEBEEN est un groupe de reggae roots qui est très référencé au niveau du reggae. Ce n’est pas autre chose. On reprend toutes les règles du reggae roots avec un combo guitare, basse, batterie, claviers. Tous les musiciens font en plus des chœurs, à la pure mode des années 70. BEAT BOUET TRIO est plus hip-hop/ragga et reprend plus des esthétiques électroniques.

Le gallo occupe une large place. C’était important pour toi de défendre cette langue ?

BeatBouetTrio-RevolutionRuraleOui, c’est important de défendre cette langue. Il est intéressant de se dire qu’on peut quelquefois s’exprimer autrement qu’en français parce que le français est une langue impérialiste qui s’est imposé en France et dans le monde par la force et la persuasion ou par les armes quand c’était nécessaire. C’est arrivé par le package colonial français.

Le français est une langue que j’aime beaucoup. J’écris beaucoup en français. Cette langue est faîte pour certaines choses et pas pour d’autres. Du coup, pour des choses un peu plus chantantes et plus rebondissantes, notamment en ragga, je trouve que le gallo est une langue plus adaptée parce qu’on roule les « r » et parce qu’il y a beaucoup de diphtongues. Cela crée une musicalité sympa qui marche bien sur certains styles de musique.

Il y a un équivalent en langue bretonne en matière de beat box qui est KRISMENN & ALEM. Vous vous connaissez ?

Oui bien sûr. On est potes avec eux. ALEM je l’ai découvert quand il est arrivé avec KRISMENN.

Sinon, avec KRISMENN, ça fait longtemps qu’on fait la route ensemble sur les festou-noz.

Que ce soient KRISMENN & ALEM ou BEAT BOUET TRIO, pensez-vous avoir lancé quelque chose, avoir pu inciter des jeunes à se lancer dans l’aventure du beat box ?

Ce serait bien ! Pour l’instant, on n’a pas de retours. Le human beat box est assez loin de la culture des musiciens traditionnels, jeunes ou pas jeunes. C’est une esthétique un peu plus éloignée. Les musiques noires inspirent moins les musiciens bretons que d’autres types de musique comme le jazz ou le rock. Le beat box fait partie du pôle « planète noire ». Ça viendra peut-être mais ça prendra un peu de temps. Après, la difficulté pour les jeunes, ça va être de partir sur du beat box sans se comparer à ce qui s’est fait avant, mais en partant sur autre chose. Pour nous, Tristan a commencé à développer un style d’accompagnement qui est assez pointu.  ALEM est un champion du monde aussi il ne faut pas forcément espérer se comparer à lui. Les jeunes ne doivent pas hésiter à lancer des trucs, mais avec leurs idées à eux et ça marchera.

Vous avez sorti deux EP et un album. Il y a quelque chose en préparation ?

BeatBouetTrio-AssignesaResistanceQui dit EP, dit nouvel album prochainement ! On avait sorti un premier EP été 2014 et notre premier album durant l’automne 2014. Au printemps 2016, on sort l’EP et un nouvel album paraitra fin 2016 ou début 2017, ça dépendra de l’avancée des travaux.

En 2015, il paraîtrait qu’un de vos titres avait été diffusé sur Europe 1. Vous avez eu des  retours ?

J’avais entendu parler de ça. C’était au moment du Festival Interceltique. Il y a eu deux choses concomitantes, comme quoi les journalistes de Paris doivent se pomper les infos, car on est passé sur Europe 1 et j’ai eu une journaliste du Figaro au téléphone. Le journal à fait un papier sur BEAT BOUET TRIO pour montrer la nouvelle génération celtique. Il n’y a pas eu de suite parce qu’on n’est pas du tout dans ces réseaux-là. On ne  bosse  pas avec des grosses boites de prod’ parisiennes. On fait tout à la maison en mode artisanal. Du coup, on disparait vite de la sphère médiatique business qui va prendre la place pour que les indépendants comme nous ne puissent pas se faire trop connaitre.

Discographie :

Beat Bouet Trio (1er EP 6 titres paru en 2014)

Révolution rurale (1er album 17 titres paru en 2014)

Assignés à résistance (2e EP paru en 2016)

Sites: http://beatbouettrio.wix.com/beatbouettrio

https://fr-fr.facebook.com/beatbouettrio/

Didier LeGoff

 

 

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