Chinbat BAASANKHUU – The Art of the Mongolian Yatga

Chinbat BAASANKHUU – The Art of the Mongolian Yatga (ARC Music)

ChinbatBaasankhuu-Yatga

Instrument appartenant à la famille des cithares asiatiques à chevalets mobiles, au même titre que le koto japonais, le gayageum coréen, le dan tranh vietnamien et le guzheng chinois, le yatga mongol peut se targuer d’avoir une histoire singulière. Du temps du premier empire mongol (l’empire de Hunnu), le yatga – alors appelé « hun-he-u », était en effet un instrument dont on jouait à la verticale et était ornementé d’une tête de cygne, animal particulièrement respecté par les peuples nomades mongols, au point qu’ils se pensaient comme des descendants de celui-ci.

Les siècles passant, le yatga a fini par « se coucher ». D’abord joué lors des fêtes seignoriales, puis dans les cérémonies méditatives des temples bouddhistes et mis à disposition du peuple, le yatga est devenu un instrument horizontal. Il a a aussi perdu son ornement à tête de cygne, mais il a gagné en nombre de cordes. S’il n’en avait qu’à peine une dizaine il y a plusieurs siècles, il en existe aujourd’hui des modèles possédant de 13 à 21, voire 24 cordes. De même, si ces cordes étaient jadis faites en boyaux d’animaux, elles sont de nos jours faites en soie ou en acier.

La pratique du yatga s’est hautement développée grâce au travail de plusieurs compositeurs qui en ont déployé les techniques de jeu sur la gamme pentatonique, au point d’atteindre le statut d’art soliste de haut niveau.

Native d’un village de la région de Gobi-Altaï, Chinbat BAASANKHUU a enseigné cet instrument à cordes pincées à l’université d’Oulan-Bator et sa renommée s’est étendue au-delà de la Mongolie, en Chine, en Corée au Japon, et plus récemment en France, où elle a déjà enregistré deux disques (dont un chez Frémeaux) produits par Bernard FORT du GMVL (Groupe musique vivante Lyon), lequel a également réalisé ce CD publié par ARC Music, académiquement titré The Art of the Mongolian Yatga, et dont les enregistrements ont été réalisés en partie à Oulan-Bator, et en partie à Lyon.

Pour ce disque, Chinbat BAASABKHUU a sélectionné dix pièces écrites par divers compositeurs mongols, notamment B. NARANBAATAR, connu pour avoir été l’un des premiers musiciens à faire du yatga un instrument de concert, et dont elle interprète la pièce emblématique The Trot of the Horse with the Black Velvet Coat. (Pouvait-on imaginer un disque de musique mongole qui ne fasse pas référence au cheval ?).

Figurent également au programme deux pièces du réputé B. SHARAV, An Elegant Saddle et Variations, inspirées d’un chanson folk de l’ethnie uzemchin (de Mongolie intérieure), et dans lesquelles Chinbat BAASANKHUU développe toutes les techniques possibles au yatga à 21 cordes (vibrato, glissando, altérations et variations de hauteur…).

Chinbat BAASANKHUU a également intégré à son répertoire les Variations on Two Traditional Songs de J. CHULUUN, qui se singularisent par leur double thématique et leur fusion inédite de deux genres vocaux, le mini-chant long (besreg urtyn duu) et le chant court (bogino duu). Connu pour être un « pilier » de la musique mongole traditionnelle, L. MURDORJ est ici représenté par sa composition pour yatga à 13 cordes The Colt of the Kherlen River.

Dans les doigts agiles et avertis de Chinbat BAASANKHUU, toutes ces pièces savantes et raffinées coulent comme les eaux limpides d’une rivière dans un massif montagneux, ou soufflent comme des vents soyeux sur les steppes ; autant de paysages typiquement mongols que l’artiste évoque dans des interprétations posées qui confinent à des espaces rêveurs où le silence fait office d’invité d’honneur, ce qui ne l’empêche pas non plus de se lancer dans des séquences plus lestes et énergiques inspirées des rythmes chevalins. Mais dans l’ensemble, il se dégage de cet album – assurément le premier entièrement consacré au répertoire de yatga à bénéficier d’une diffusion internationale – une plénitude méditative dont les effluves bienfaitrices ne se livreront qu’à une écoute attentive et disponible.

Label : www.arcmusic.co.uk

Stéphane Fougère

Laisser un commentaire