DOUR / LE POTTIER QUARTET – Trid an Douar

DOUR / LE POTTIER QUARTET – Trid an Douar
(Alkemia Production / Coop Breizh)

dour-le-pottier-quartet-trid-an-douarAu recto, une giclée bleuâtre sur fond de brume bleuie ; au verso une « tracklist » en spirale pas ultra lisible, et quelques lignes de texte qui louent « une force en marche en vibrations tribales »… S’agit-il de la nouvelle coqueluche des dance-floors ? On aurait pu le croire si ces lignes n’avaient pas été signées par le violoniste poitevin Christian PACHER. Ce n’est pourtant pas du Poitou que nous vient cette galette, mais de Bretagne.

Le quartette à l’œuvre, très remarqué sur les scènes de plusieurs festivals de Bretagne en 2013, se targue de jouer une « musique bretonne tribale » qui marie cordes et peaux, harmonies classiques, riffs rock, trad’ modal et résonances médiévales et baroques.

Dit comme ça, ça peut paraître totalement nébuleux, pour ne pas dire extra-terrestre. Mais c’est au contraire avec les pieds bien sur terre que le DOUR / LE POTTIER QUARTET entend mener la danse, ou plutôt les danses bretonnes retenues sur ce disque (ronds de Loudéac, plinn, scottich, hanter dor, laridé, gavotte, bourée, kost ar c’hoat) sous une forme qui met en relief leur faculté à mener le danseur à la transe. Le titre de ce premier CD du quartette illustre bien ce dont il retourne, Trid an Douar signifiant « le tressaillement de la Terre ». Mais il s’agit moins de faire trembler que de faire vibrer !

Jonathan DOUR, violoniste centre-breton, n’est pas un inconnu dans le milieu des festoù-noz puisqu’il s’est déjà commis avec les groupes KARMA, LIAMM, AONDA (qu’il a créé), et occasionnellement avec Denez PRIGENT, et son duo avec la violoniste Floriane LE POTTIER a été désigné « champion de Bretagne » en 2011.

La musique de cet album est donc fondée sur une combinaison de deux approches de la musique de violon en Basse-Bretagne. La première est fondée sur les jeux de bourdons à doubles cordes et les jeux à deux violons, une pratique très répandue en Suède, mais aussi dans certaines régions françaises, comme le Centre-France et la Haute-Bretagne rennaise. Jonathan DOUR a creusé cette voie musicale et l’a enrichie des apports du musicien syrien Fawaz BAKER, qui l’a poussé à jouer la musique bretonne avec un accordage arabe, plus adapté à faire ressortir le langage modal, à base de résonances, de bourdons et de modes à tempérament inégaux, des musiques traditionnelles.

Le duo DOUR / LE POTTIER s’est aussi enrichi de la contribution d’une autre musicienne aussi présente dans le groupe AODAN, Mathilde CHEVREL, qui pratique un jeu de violoncelle en accord ouvert, et dont les attaques ici font montre d’une verve obstinée et obsédante.

Ajoutez la batterie et les percussions sonnantes, claquantes et étincelantes d’Antonin VOLSON (STOCK AN DAŇS, GUICHEN, BADUME’S BAND, VEILLON/ MOLARD QUINTET…), et vous obtenez un son original marqué par une écriture cohérente et fluide qui ne trahit jamais l’identité des danses mais leur confère une puissance vibratoire toute contemporaine.

Trid an Douar n’est cependant pas un disque de stricte musique instrumentale puisque trois morceaux intègrent du chant. La mélodie vannetaise Yaromami est ainsi soutenue par un bourdonnant « kan ha diskan » (chant en tuilage) de Jean-Pierre QUÉRÉ et KRISMENN (qui ajoute un peu de phrasé rap), tandis que le laridé Guarani et le plinn Arhuaco invitent Stéfanie THEOBALD, dont la voix, parfois doublée de manière à créer un effet choral, sort volontiers des marques traditionnelles et suggère d’autres horizons, en total accord avec la démarche du groupe.

Il y a là un fil à creuser pour Jonathan DOUR, Floriane LE POTTIER et leurs complices, et on en vient à même à imaginer que d’autres combinaisons vocales et instrumentales pourraient être également possibles…

Trid an Douar a certes un fort ancrage breton, mais ses résonances et ses extensions peuvent parfaitement titiller un auditoire qui va au-delà des connaisseurs du genre, avec son subtil mélange de sonorités grinçantes et élégantes. Oui, on a le droit d’appeler cela un tour de force ! Et ce n’est qu’un début…

Site : http://alkemiaprod.wix.com/dourlepottierquartet

Stéphane Fougère

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