ELECTRIK GEM – Radiopolis Projekt

ELECTRIK GEM – Radiopolis Projekt
(L’Assoce Pikante/L’Autre Distribution)

electrik-gem-radiopolis-projektAttention, OVNI en vue dans le ciel des musiques du monde ! C’est un sacré tour de force qu’ont réussi les musiciens et choristes réunis autour de Grégory DARGENT. En effet, le collectif ELECTRIK GEM, sur son premier album Radiopolis Projekt, conduit son auditeur et son spectateur à une véritable transe grâce à la polyphonie d’instruments que l’on avait cru incompatibles.

Et au-delà de la rencontre de ces instruments acoustiques et électriques, c’est à celle de deux mondes que cet orchestre nous conduit : celui du rock tendance heavy et celui des musiques traditionnelles d’Orient et de Méditerranée.

C’est une gageure de faire se côtoyer une section de cuivres/vents qui tourbillonne façon KUSTURICA, des voix féminines fraîches comme des fontaines par une chaleur accablante et le métal rougeoyant travaillé à la guitare saturée de Grégory, la basse électrique vibrante de Vincent POSTY, toutes deux attelées à une batterie infernale, celle de Frédéric GUÉRIN.

Malgré ce gros son, qui fissurerait la porte d’un coffre suisse, une construction toute en finesse et un mixage intelligent mettent en valeur des instruments enclins à être avalés par ce parti pris d’incandescence : le gadulka (sorte de violon) de Dimitri GOUGOY, les clarinettes de Jean-Louis MARCHAND, le oud (luth arabe) de Lior BLINDERMANN déploient leur lyrisme avant l’arrivée de l’orage électrique dans les compositions, et, chose rare, on peut même les entendre au cœur de celles-ci.

Mais alors, serait-ce un album entièrement composé ? En fait, les compositions sont créditées pour la moitié des titres et l’autre moitié est issue d’un répertoire traditionnel ; cependant, Radiopolis comporte une telle unité sonore que les différentes chansons potentiellement identifiables, retravaillées à l’aune du savoir-faire des musiciens, de leur choix esthétique, ressurgissent comme si elles avaient été inventées. Qu’on se rappelle les géniales reprises acoustiques de BRATSCH, réinventant des mélodies orientales et méditerranéennes par la seule force des arrangements et de l’interprétation. Ici aussi, dès le début de cet album, nous sommes conviés à nous faire kidnapper par la voix des ondes (musicales) et à nous faire propulser dans un pays imaginaire constitué de cultures très diverses ayant pour fond la Méditerranée et l’Orient.

Car si l’on identifie pas du tout (sauf peut-être le linguiste Claude HAGÈGE) la ou les langue(s) dans la/lesquelle(s) chantent les choristes (Awena BURGESS, Christine CLÉMENT, Sandrine MONLEZUN), du moins des atmosphères nous reviennent-elles en mémoire. Certains chœurs nous évoquent le Mystère des voix bulgares (notamment la finale relevée de certaines phrases chantées), d’autres, des chants traditionnels méditerranéens. Mais bien malin est l’auditeur qui peut dire dans quel pays il se trouve lorsqu’il écoute le morceau-titre, Radiopolis, ou par exemple Alexandris, s’il ne comprend pas, justement, la langue utilisée pour ces chansons.

Des chansons ? pas seulement. Car ELECTRIK GEM, collectif issu de l’Assoce Pikante, – super collectif issu de l’est de la France -, est composé de musiciens et musiciennes chevronnés car internationaux. Chacun sait, en effet, qu’après avoir écumé pendant bon nombre d’années les scènes – même modestes -, du monde entier, avoir pratiqué une musique de qualité à haute dose, les interprètes sont mûrs pour des projets ambitieux : c’est le cas de celui-ci. Si les neuf titres de Radiopolis n’étaient que des chansons arrangées avec goût, on reviendrait moins souvent à leur écoute. Mais voilà : E-GEM place la barre très haut pour son premier album. Et, oui, le mot est lâché, même s’il fait polémique : la structure de ces neuf titres (leur mode d’élaboration) est progressive.

Cela ne fait nul doute d’abord dans l’agencement très élaboré des compositions où la structure classique (thème, développement du thème, variations, retour au thème) y côtoie d’autres, entièrement originales, mais développées sur plus de cinq minutes ; ensuite, dans le son des guitares (à maintes reprise crimsonniennes, d’un Robert FRIPP méthodiquement énervé) ; enfin, dans la notion de voyage intégral, déjà exposé plus haut, mais qui rejoint le psychédélisme par la notion de transe et d’hypnoses chères aux expérimentateurs des années 60 (esprit de Syd B., es-tu là ?).

Bref, pour un premier disque, c’est un coup de maître que l’on aspire écouter en radio et dont on espère voir le spectacle en trois, voire quatre dimensions invité par les mélomanes curieux et possesseurs de salles (après La Maroquinerie, à Paris, le 29 janvier 2013). En attendant, on peut, savourer chez soi, dans son fauteuil,le fruit de ce travail déjanté, Radiopolis Projekt, en quittant notre monde d’aliénés pour quelques minutes ; ainsi l’art – et plus spécifiquement la musique -, contribue-t-il à la santé mentale de l’être humain.

Site : https://soundcloud.com/electrikgem

Mescalito

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