ENKH JARGAL – Hoirr Öngö / Two Homes (Sounds of a Modern Nomad)

ENKH JARGAL – Hoirr Öngö / Two Homes (Sounds of a Modern Nomad)
(KlangWelten)

Ancien élève du conservatoire de musique d’Oulan-Bator, ENKH JARGAL s’est fait connaître en novembre 2002 du public du Théâtre de la Ville de Paris, où il a donné un somptueux concert sous le plus commode pseudonyme « ÉPI », en duo avec le maître de chant diphonique kalmouke Okna TSAHAN TSAM. Hoirr Öngö est (à priori) son premier CD, qui le présente comme un « nomade moderne ». On ne pouvait trouver meilleure façon de définir ENKH JARGAL puisque ce jeune prodige de la « morin khuur » (vièle-cheval), du chant harmonique « khöömei » et du chant de gorge chamanique (« kargyraa ») n’a cessé d’ouvrir ses horizons musicaux depuis qu’il s’est installé en Allemagne en 1993. (Il était alors directeur artistique de l’ensemble traditionnel ALTAI ORGIL.) Ainsi a-t-il, au contact de musiciens de jazz et de world music, développé des talents d’improvisateur que son apprentissage de la musique traditionnelle n’aurait pas laissé supposer.

ENKH JARGAL a donc deux foyers (traduction de « Hoirr Öngö »), comme le prouve brillamment ce CD qui tient lieu, au choix, d’anthologie (si jeune !), de catalogue démonstratif, de programme électoral ou de carte de visite d’un musicien mongol désireux de se faire un nom dans le marché de la world… Sur les 13 morceaux de ce disque, les trois quarts sont des pièces traditionnelles qui font ressortir les prouesses viellistiques de ENKH JARGAL, capable des plus vigoureuses caresses sur son instrument.

Son chant de gorge, pour sa part, n’est peut-être pas le plus profond qui soit, mais sait se faire joliment nuancé. Trois de ces pièces sont ornées de bruitages naturels enregistrés sur le terrain, oiseaux nocturnes ou chant d’archers lors d’une compétition de tir à l’arc, histoire d’accentuer l’ambiance… On remarquera autrement des similitudes avec le chant de pow-wow amérindien dans la pièce Zereglee, un « chant long » (urtyn duu, en mongol), ou chant épique pour lequel ENKH JARGAL est accompagné de tambours chamaniques, de cymbales et d’un « shanz » (banjo mongol).

Au chapitre des surprises, on trouve deux morceaux traditionnels ( ) joués en version jazz-rock (!), avec rythmique basse/batterie galopante (comme il se doit en Mongolie !) et soli de claviers, orgue hammond, vièle morin-khuur et même harpe celtique, jouée par le multi-instrumentiste allemand Rüdiger OPPERMANN, que l’on retrouve souvent dans ce disque. Normal, il en est le producteur !

Hoirr Öngö contient aussi trois compositions aux arrangements acoustiques : l’épuré et émouvant Aarv Eij ; Pas de deux, dans laquelle ENKH JARGAL joue à lui seul un quartet de morin-khuur ; et Great Eagle Dance, superbe litanie dans laquelle les soli de ENKH JARGAL et d’OPPERMANN rassemblent des thèmes de danses chamaniques et des airs de musique irlandaise, sur fond de tablas et autres percussions.

On le voit, il y en a autant pour les fondus de musique traditionnelle mongole que pour les assoiffés de world asiatique dans ce disque-portrait d’un artiste-bohème qui fait rimer tradition et intégration.

Stéphane Fougère

Site : www.enkhjargal.com

Label : www.klangwelten.com

(Chronique originale publiée dans ETHNOTEMPOS n°12 – mars 2003)

 

 

 

 

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