Alan SIMON
Plaidoyer pour un coeur de Bretagne
Son premier conte musical s'intitulait Le Petit Arthur, et c'est avec Excalibur, la Légende des Celtes puis Excalibur II qu'il s'est rendu célèbre : les aventures liées à la mythique Table Ronde et appartenant plus généralement à la culture celte ont décidément pavé le chemin artistique de l'auteur, compositeur, romancier et réalisateur Alan SIMON, même si d'autres cultures ont aussi nourri sa muse (cf. son long métrage O Gengis et son album Gaia).
Il récidive en 2009 avec la conception d'un Opéra-Rock dédié à une grande figure de l'histoire de la Bretagne, la Duchesse Anne. De nombreuses personnalités des mondes folk, celtique, classique, médiévale et rock y participent, endossant un rôle bien défini tout en enrichissant cette fresque de leurs voix, de leurs sons, acoustiques comme électriques.
Dans le prolongement d'Excalibur, Anne de Bretagne confirme le talent de rassembleur de talents d'Alan SIMON ainsi que sa détermination à concevoir des spectacles et enregistrements fastueux derrière lesquels le divertissement se marie à la pédagogie, pour susciter en filigrane la réflexion.
A l'heure de la sortie du double album Anne de Bretagne, et entre deux répétitions et préparatifs de la grande première scénique du spectacle qui lui est lié, Alan SIMON retrace les tenants et les aboutissants de cette nouvelle aventure artistique.

Entretien avec Alan SIMON
A quelles références musicales avez-vous été « nourri » ? Quels artistes et groupes vous ont le plus influencé ?
Alan SIMON : Difficile de répondre tant les sources sont variées et multiples. A la volée je citerais : The BEATLES, Cat STEVENS, Richie HAVENS, Bob DYLAN, KING CRIMSON, mais aussi CLANNAD, Andreas VOLLENWEIDER, Angelo BRANDUARDI...
Vous avez commencé par écrire pour différents interprètes, puis vous avez réalisé des spectacles pour enfants, ensuite la trilogie Excalibur et aujourd'hui Anne de Bretagne... Comment vous est venu ce goût de créer des « albums-concepts » et des opéras rock ?
AS : J'aime les aventures collectives... Cela me stimule pour apporter « mon petit meilleur ». Écrire est déjà en ce qui me concerne un exercice solitaire, donc je suis toujours très heureux de retrouver mes camarades en studio. Et puis les albums concepts permettent d'offrir l'espace pour développer une histoire, une idée, un rêve, une vision...
Pour Anne de Bretagne, comment vous est venue l'idée et l'opportunité de réaliser cet opéra rock historique ? Avez-vous d'abord pensé au disque ou au spectacle ?
AS : L'idée remonte à 1973... J'avais visité le musée Dobrée avec mon école et je fus frappé par le reliquaire d'Anne de Bretagne. Cet objet où jadis reposait son coeur... C'est une image forte de mon enfance nantaise. Beaucoup plus tard, en revenant vivre dans la région nantaise, j'ai revu ce bijou d'orfèvrerie. J'ai réalisé que je connaissais pas l'histoire de cette jeune femme au destin tragique... et que je n'étais pas le seul dans ce cas alors que, curieusement, son nom apparaît sur nos hôtels, nos rues, nos bières, etc. En plongeant dans les archives, j'ai découvert un personnage passionnant ; bien loin des clichés réducteurs et ringards que véhiculent notre folklore.
Avez-vous écrit les rôles en pensant à certains artistes en particulier ou bien le choix s'est-il fait après ?
AS : Oui, j'ai écrit ce livret en pensant aux artistes présents !... C'est important pour moi de connaître ceux qui vont défendre tel ou tel titre. J'ai besoin de les apprécier, de les sentir cohérents, honnêtes dans cette démarche. Je n'écris jamais à la demande... Cela doit être une rencontre, une histoire d'amitié et de respect !
Musicalement, on retrouve dans les compositions le style des interprètes. Avez-vous composé l'intégralité des morceaux ou des musiciens ont-ils apporté leur concours pour les compositions ?
AS : J'ai composé l'intégralité des morceaux, mais je laisse toujours un espace pour que l'interprète puisse y glisser sa patte. Cela peut être un solo de guitare, de violon ou une façon d'interpréter tel ou tel couplet... Sur de tels gros projets, il faut être suffisamment directif tout en laissant l'interprète s'y retrouver. Il faut aussi bien connaître le répertoire de ses invités...
Vous avez choisi des artistes qui ont une quarantaine d'années de carrière, mais aussi des plus jeunes et moins connus pour l'instant, comme Cécile CORBEL, Laurent TIXIER, Pat O'MAY, Tristan DESCAMPS. Comment les avez-vous découverts et qu'est-ce qui a motivé votre choix pour les engager dans cette aventure ?
AS : Encore une fois ce sont des rencontres. Laurent TIXIER est un expert en musique de la Renaissance, son apport est important dans ce projet. Deux autres personnes comptent beaucoup dans mes divers projets. Tout d'abord James WOOD, un excellent guitariste et chanteur anglais qui réside à Nantes, et chez qui je maquette mes titres. Marco CANEPA, un Genois aux oreilles en or qui mixe à mes cotés mes albums depuis 13 ans. Concernant Pat O'MAY, nous nous sommes rencontrés lors d'un concert de soutien pour Ingrid BETANCOURT ; j'ai aimé ce mariage entre musiques du monde et guitares saturées. De plus le garçon est intelligent, ce qui ne gâche rien ! :)
Tristan DECAMPS me fut présenté par son père Christian, le fondateur du groupe ANGE. Au début j'étais sceptique. Encore un fils à papa !... Eh ben pas du tout ! Tristan, c'est du ANGE puissance troisième millénaire. Tout comme son père, il a son univers, une voix remarquable et c'est aussi un chouette gars !
Pour Cécile CORBEL, c'est différent. Je cherchais une « Anne de Bretagne » digne de ce nom ; une musicienne et chanteuse qui fasse le poids. J'avoue ne pas avoir hésité lorsque j'ai rencontré Cécile. Talent, fraîcheur et passion conjuguent cette jeune artiste au quotidien. Je suis très heureux de cette rencontre artistique. Et puis Simon, son compagnon, a servi avec beaucoup de tact et de sérieux les enregistrements des titres pour Anne (3 titres et demi : Ma Zat, Je vous pleure et Anna Vreizh et la participation de Cécile au titre Le Ly et L'hermine avec les TRI YANN).
Le Bagad ANNA VREIZH a-t-il été créé pour l'occasion ?
AS : Oui, c'est une version revisitée du Bagad de Saint-Nazaire dirigé par Christian MEHAT. Christian dirige ce bagad avec passion. Depuis quelques années, ce bagad joue sur de nombreux projets allant du jazz aux nouvelles musiques... Ils font un travail de chercheurs que je trouve très excitant.
En écrivant Anne de Bretagne, quelles idées avez-vous cherché à transmettre sur l'histoire et la culture bretonnes ?
AS : Aucune idée particulière, juste l'histoire qui d'elle-même nous montre combien celle-ci se répète à l'infini depuis la nuit des temps. Trahisons, complots, alliances d'un jour, guerres, maladies, mais aussi l'espoir d'un monde nouveau... Anne de Bretagne incarne une Bretagne, une Europe ouverte et protectionniste à la fois. On sent dans ce personnage l'ambiguïté du pouvoir et en même temps c'est une femme curieuse du monde, une mécène pour les artistes. Elle possède l'une des plus grandes bibliothèques de son temps, elle parle cinq langues, sa personnalité vive et délicate est appréciée dans toutes les cours de la vieille Europe...
L'esthétique du double CD-livre Anne de Bretagne est particulièrement soignée. Ce souci de concevoir de beaux objets, à l'heure de la crise du disque, est-il une sorte de réponse ou de réaction face à celle-ci ?
AS : Crise ou pas, pour moi c'est important d'offrir un disque aussi beau dedans que dehors. Déjà pour mes contes pour enfants, j'avais « exigé » des labels que cela soit présenté dans un livre-disque. Pour Excalibur, je me suis battu pour obtenir un livret suffisamment solide... Pas toujours simple particulièrement avec les « majors » qui ont parfois du mal à comprendre l'utilité de cette approche qualitative...
Je dois saluer le travail remarquable du dessinateur Phil UMBDENSTOCK qui apporte le coté « rock » au livret. Par ailleurs, Mick TOOLE, un anglais, a mis en page le livret avec beaucoup de talent et de patience... Raconter l'histoire était un point incontournable !
Avez-vous monté le spectacle en fonction d'un type de scène particulier ?
AS : Oui, le cadre du château des ducs de Bretagne est unique ! Non seulement parce que ce fut la première demeure d'Anne de Bretagne mais aussi parce que ce château est magnifique. Il sort d'un long sommeil de 30 ans de rénovation. C'est un grand privilège de pouvoir y jouer les premières de ce Rock Opéra.
Après les deux représentations au château des Ducs de Bretagne à Nantes, les 29 et 30 juin, est-il prévu une suite sur scène ? (Une tournée des châteaux de la Loire ?)
AS : Peut être... En tout cas il est question de quelques dates au printemps/été 2010. Affaire à suivre...
Par rapport à l'époque d'Excalibur (pas si lointaine que cela), pensez-vous que les difficultés se sont accrues pour monter et faire tourner un spectacle comme Anne de Bretagne ?
AS : Oui les temps sont certainement plus difficiles pour la création. Il y a moins de moyens et du coup les gens sont plus frileux, mais en même temps il y a une grande envie du public. Anne de Bretagne est complet pour les deux dates de sa création à Nantes (6 000 personnes).
En dehors du folk celtique, vous vous êtes intéressé à d'autres cultures, notamment celles d'Asie centrale (Kalmoukie, Kazakhstan, Mongolie), auxquelles vous avez consacré un documentaire, O Gengis. Qu'est-ce qui vous attiré dans ces traditions ? Avez-vous eu l'occasion de travailler avec des musiciens traditionnels de ces pays ?
AS : Je suis curieux de toutes les cultures. Qu'elles soient amères-indiennes, asiatiques, africaines ou européennes... Le monde et son histoire est un mouvement fascinant. Me limiter à une culture serait trop réducteur. J'aime trop la vie et ceux qui l'écrivent...
Sur quels autres projets travaillez-vous pour l'avenir ?
AS : Je souhaite clôturer la trilogie Excalibur en octobre où je vais rentrer en studio pour cet ultime volume consacré à la mythologie celtique. Puis je vais m'activer pour ressortir l'ensemble de mon catalogue dont l'album Gaia, qui me tient beaucoup à coeur : c'est un concept traitant de la préservation de l'environnement. J'espère pouvoir offrir ce grand concert pour la planète avant 2011... J'y mettrai toute mon énergie !...
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Sites : www.simonalan.com – www.myspace.com/alansimon
L'opéra-rock Anne de Bretagne : www.annavreizh.com
www.myspace.com/annedebretagne
Entretien réalisé en juin 2009 par : Sylvie Hamon et Stéphane Fougère
Photo : Cesare Tagliafico
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