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Oumou SANGARE
Née à Bamako d'une famille Peul originaire du Wassoulou (région forestière du sud du Mali), Oumou SANGARE est incontestablement la chanteuse la plus populaire de son pays.
Après des années de silence discographique, elle nous revient avec un disque irrigué de funk (Seya qui signifie la joie) qui mélange la voix majestueuse de la chanteuse, des arrangements inventifs, une production soignée et des textes qui prônent l'humilité et la générosité.

Comment êtes-vous venue à la musique ?
Oumou SANGARE : C'est la souffrance qui m'a incité à être ce que je suis aujourd'hui.
Ma grand-mère avait une belle voix et était une star de la musique wassoulou. Ma mère chantait dans les cérémonies mais elle a dû vite arrêter.
A cinq ans, j'ai fais mon premier spectacle devant 3000 personnes au stade omnisports de Bamako.
Quand mon père est parti, laissant ma mère seule avec ses six enfants, je suis allé me produire dans des baptêmes et des mariages. Le public me donnait de l'argent. C'est de cette façon que j'ai pris le goût de chanter et de faire de la musique.
Que chantiez vous à l'époque ?
OS : Je ne savais pas encore écrire des chansons. J'interprétais des titres des chanteuses en vogue à l'époque comme Sali SIDIBE, Flan SARAN et surtout Coumba SIDIBE qui reste pour moi une des plus grande voix du Mali.
En 1986, j'ai intégré l'Ensemble DJOLIBA PERCUSSIONS dirigé par Bamba DEMBELE. Nous sommes partis plusieurs mois en tournée en Europe. Cette expérience m'a permis de prendre confiance en moi et quand je suis revenue, j'ai décidé de faire ma propre musique.
Entre votre retour et la parution du premier album (Moussoulou) il y a eu une période assez longue ?
OS : J'étais très heureuse de chanter à droite, à gauche, pour différentes occasions... Cela me permettait de faire face aux problèmes matériels de ma famille mais je ne voulais pas forcément faire de disque.
Finalement, j'ai réalisé mon premier album avec l'arrangeur Amadou BA GUINDO. Cela nous a pris trois ans.
Le succès de Moussoulou a été une vraie surprise ?
OS : Oui, je parlais déjà des carcans de la société, de la souffrance des femmes et de leur combat pour exister. Ce sont des choses que je vivais, qui étaient en moi et je n'avais pas eu de mal à écrire les textes.
En 1991, grâce à l'aide d'Ali FARKA TOURE, le label anglais World Circuit a sorti le disque au niveau mondial.
En 1993, c'est la sortie de votre deuxième album (Ko Sira) ?
OS : Ce disque reflète les hauts et les bas de la vie. Il y a un regard sur la fragilité des choses (une chanson est dédiée à Amadou BA GUINDO décédé brutalement) mais avec la volonté de toujours avancer.
Après Worotan (1996), mon label World Circuit a fait paraître une compilation (Oumou en 2003) des trois premiers albums avec quelques inédits. On y retrouve aussi cinq titres du disque Laban, sorti uniquement sur le marché africain.
Vous êtes aussi une femme d'affaire (Oumou SANGARE est entre autres propriétaire d'un hôtel et d'une concession automobile à Bamako), ambassadrice de l'ONU pour la FAO et vous vous impliquez sur le terrain social à travers diverses associations et un orphelinat que vous avez vous-même financé ?
OS : Oui et toutes ces raisons ont fait que le dernier disque a mis un peu de temps à sortir (rires) !
Et puis, je tourne sans arrêt partout dans le monde. La musique reste toujours au centre de mes préoccupations.
Dans votre nouvel album (Seya), vous collaborez avec Cheick TIDIANE SECK ?
OS : C'est quelqu'un qui m'a vu grandir, qui m'a toujours donné des conseils sur ma musique.
Il a un son très original. Quand je lui ai demandé de venir travailler avec moi sur cet album, il s'est installé à Bamako pendant plusieurs mois. C'était vraiment la joie !
Comment composez-vous vos chansons ?
OS : Je reste profondément attachée à la culture du Wassoulou, la terre de ma mère.
En général, je compose les chansons toute seule à partir des rythmes traditionnels de cette région.
Puis j'invite le joueur de kamalé ngoni « Benogo » BREHIMA DIAKITE. Une fois qu'on a trouvé « le bon rythme », les autres musiciens du groupe nous rejoignent.
Parlez-nous des textes de ce dernier album !
OS : Dans ce disque, j'ai voulu rendre hommage à la grande griotte Djekani DJELI (Lyo Djeli) et à la musique des chasseurs du Wassoulou (Donso).
Mais je parle aussi des dangers de l'émigration (Sukunyali) et de la mort (Mogo Kele). Je dénonce ce qui ne va pas, comme la polygamie (Sounsoumba) ou le mariage forcé entre adolescents (Wele Wele Wintou) et j'encourage les hommes à être attentif à ceux qu'ils aiment (Senkele te sira).
Pour moi, c'est normal de parler de ces sujets ! Je me considère comme une résistante qui parle du droit des femmes plutôt qu'une militante !
Je pense que mes chansons ont contribué modestement à l'évolution des rapports entre hommes et femmes au Mali. J'ai maintenant un public de tous âges, masculin et féminin.
Votre musique est une alternative à celle des griots qui parle des exploits passés de l'Empire Mandingue ?
OS : Les griots sont importants, ils sont les piliers de la transmission orale.
Ma musique est différente. Je crois que si elle a autant de succès, c'est qu'elle parle d'abord des problèmes quotidiens de chacun et de la société actuelle.
D'autre part, mon public aime entendre le son des instruments traditionnels que nous utilisons comme la harpe luth kamalé ngoni ou le grattoir en métal karignan.
Comment expliquez-vous le succès des artistes maliens à travers le monde ?
OS : Quand j'ai débuté, les premiers artistes maliens qui tournaient à l'étranger étaient Salif KEITA et Ali FARKA TOURE.
D'autres, comme Rokia TRAORE Habib KOITE, AMADOU et MARIAM, Toumani DIABATE sont venus depuis.
Je pense que la musique malienne a toujours été de qualité. Si cela se sait maintenant un peu partout, c'est que nous essayons de trouver un équilibre entre les traditions auxquelles nous sommes très attachés et une forme de modernité.
Site : www.myspace.com/oumousangare
Entretien réalisé par : Frantz-Minh Raimbourg
Photo : Ed Alcock
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