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ARTICLES et PHOTOS > ARTICLES > Angèle ARSENAULT - Entretien

Angèle ARSENAULT - Entretien

Publié par ethnotempos le 18-Sep-2009 17:30 (2376 lectures)



Angèle ARSENAULT



Même si elle s'est faite plus discrète ces dernières années, l'Acadienne Angèle ARSENAULT reste très présente dans le coeur de tous les Canadiens francophones.

Ses chansons, proches par l'esprit de l'univers de la chanson traditionnelle de son pays, mélangent compositions profondes et titres plus humoristiques et ont connu un immense succès au Québec et en Acadie à la fin des années 1970.

Ces dernières années lui ont amené une série d'honneurs et de consécrations et un musée lui est même dédié à Mont-Carmel, municipalité de l'Île-du-Prince-Edouard.

Rencontre avec une femme libre et une artiste authentique.



Tu es acadienne, née sur l'Île-du-Prince-Edouard, huitième d'une famille très nombreuse (14 enfants). Quel a été le rôle de la musique dans ton enfance ?

Angèle ARSENAULT : Mes parents jouaient du piano et mon père était aussi violoneux.

Pratiquer la musique était chez nous aussi naturel que de parler et manger. S'asseoir à l'harmonium, utiliser le violon ou la guitare (il y en avait 2 ou 3 qui traînaient dans la maison) et danser la gigue se faisaient aussi facilement que laver la vaisselle ou le plancher. Les tantes, oncles, cousins venaient chez nous le dimanche après-midi et toute la famille participait à ces après-midis et soirées musicales.

Les 14 enfants chantaient ensemble à quatre voix. Nous avons participé à des festivals de musique pendant quelques années et à 14 ans, j'ai gagné un concours de chant à la télévision de Charlottetown.

Dans les deux paroisses francophones de notre petite îÎe-du-Prince-Edouard, il y avait plusieurs familles de musiciens/chanteurs comme la nôtre. Certaines femmes composaient des chansons pour toutes les circonstances : mariages, naissances...

Quel était le répertoire chanté de la famille ?

AA : Il y avait des chansons d'artistes country comme celles du Canadien Hank SNOW ou de l'illustre Hank WILLIAMS que nous entendions à la radio américaine et des chansons traditionnelles françaises qui nous arrivaient de France et du Québec.

Mes frères étaient à l'université de la ville de Québec. Quand ils revenaient l'été à la maison, ils ramenaient des cahiers de chansons qui enrichissaient notre répertoire. C'était la collection de La Bonne Chanson de l'Abbé GADBOIS.

En Acadie, on avait notre propre version : La Bonne Chanson d'Acadie du père Anselme CHIASSON.

C'est donc la musique traditionnelle qui a bercé ton enfance ?

AA : Absolument. La base de ma culture musicale, c'est le piano, le violon, les chansons traditionnelles...

J'ai interprété pendant longtemps tout ce répertoire « folklorique ».

A partir de de là, j'ai commencé à écrire des textes sur des sujets plus actuels et qui me correspondaient mieux, mais sur des musiques influencées par la tradition que je composais moi-même et que tout le monde pouvait recevoir. Mes chansons sont faites avant tout pour communiquer.

Après des études à Moncton et à Québec, tu enseignes à l'université puis tu déménages à Montréal et à Toronto ?

AA : Oui. A cette époque, j'ai fait de la radio et j'ai animé une série d'émissions télévisées qui s'appelait Avec Angèle.

Ton premier disque est sorti en 1975 ?

AA : J'arrivais d'Acadie, complètement inconnue ; les chansons que j'écrivais n'étaient pas très « commerciales » et aucune compagnie de disque ne s'intéressait à moi.

En 1974, avec Edith BUTLER que j'avais connue au collège, la chanteuse québécoise Jacqueline LEMAY et l'auteure-impressario Lise CORBUT, j'ai fondé SPPS (Société de production et de programmation de spectacles), une sorte de label qui nous a permis de faire paraître différents albums dont deux disques destinés au jeune public (C'est la récréation, Barbichon-Barbiché).

Mon premier album personnel (Première) est sorti en 1975. Il comprend des chansons comme Les Héroïnes, Le Monde de par chez nous... et il a eu beaucoup de succès.

La même années les éditions LEMEAC ont sorti un livre regroupant 50 de mes textes de chansons (Première).

Comment définirais-tu ton répertoire ?

AA : Dans notre culture acadienne, on aime autant s'amuser que de parler de choses qui font « pleurer » !

Il y a ces deux côtés chez moi et c'est ce qu'on retrouve dans mes chansons.

Au début de ma carrière, on me cataloguait plutôt comme une chanteuse humoristique. Un de mes premiers grands succès est d'ailleurs une chanson comique qui s'appelle J'aime mieux rester dans ma cuisine.

Par la suite, j'ai eu beaucoup de difficultés à être considérée comme un auteur-compositeur sérieux qui avait aussi d'autres choses à dire.

Cela a commencé à changer à partir de la chanson Grand-Pré (1991). Mes chansons farfelues ne sont finalement qu'une partie de mon répertoire.

Après un album en anglais, Angèle Arsenault, ton deuxième microsillon francophone, Libre (1977) remporte un succès considérable (Triple disque de platine, trophée Félix de l'album le plus vendu...) ! On y retrouve certains de tes plus grands succès comme Moi, j'mange, Je veux toute la vivre ma vie...

AA : C'était surréaliste ! Tous les médias francophones canadiens parlaient de moi : les magazines, les radios, les télévisions... J'avais mon bureau, mes attachés de presse, mes techniciens... je faisais énormément de spectacles et toujours en solo !

C'était fantastique, c'était un rêve...

Dans le même temps, j'ai eu de gros soucis avec des gens en qui j'avais confiance et qui m'ont trahie, exploitée... j'ai dû me battre pour garder mes chansons. Je vivais en même temps la gloire et des déchirures terribles.

Je n'en ai jamais parlé dans les médias, cela a été très long avant que je m'en remette...

Heureusement, j'ai toujours cru en mon écriture, en ma voix, à ma bonne communication avec le public. Il m'a fallu une énorme force morale pour pouvoir redonner confiance à un entourage professionnel.

Comment expliques-tu ce succès d'alors avec le public francophone du Canada ?

AA : C'était une vraie rencontre. Je crois que je parlais de sujets qui touchaient beaucoup de monde à l'époque. Je donnais l'image de quelqu'un de dynamique, de joyeux ! En même temps, le public a vu la profondeur de mes textes qui parlaient d'amour, d'affirmation de soi, de liberté...

En ce qui concerne le disque suivant, Une étoile pour vous (1979), le succès a été un peu moindre. L'album s'est moins vendu mais certaines chansons ont eu du succès (C'est juste lundi Angèle) et ont rencontré leur public.

Les deux vinyles suivants (Chanter dans le soleil – 1980 et Paniquez pas pour rien – 1982, sur Kébec Disc) sont un peu la suite des précédents. Je reprenais mes thèmes en les approfondissant, en allant plus loin. Malheureusement ma popularité allant décroissant, le public est passé « un peu à côté » de ces chansons.

Dans l'avenir, j'aimerai les ressortir dans un coffret afin que tous ceux qui m'ont connu à une certaine époque redécouvrent ces titres.

Il y a eu ensuite un album de chansons de Noël, Angèle (1983) !

AA : C'est un album que j'aime beaucoup. J'ai composé cinq chansons sur ce thème, en me rappelant les Noëls en famille.

Un peu avant, j'avais écrit et produit une pièce de théâtre avec Sylvie TOUPIN qui traitait de la violence faite aux femmes (Pour le meilleur et pour le pire).

As-tu rencontré beaucoup de musiciens et chanteurs québécois pendant ta période montréalaise ?

AA : J'ai fais de nombreux spectacles avec Gilles VIGNAULT, Jean-Pierre FERLAND, Claude DUBOIS, Diane DUFRESNE... Tous ces grands artistes m'avaient « adoptée » comme une des leurs.

J'ai aussi rencontré Félix LECLERC... en France !

Tu es acadienne et donc un peu à part sur la scène musicale québécoise. Comment vivais-tu cette dualité Québec / Acacadie ?

AA : Je pensais que j'allais passer ma vie au Québec et que je ne retournerai plus jamais vivre en Acadie.

Pour moi, mes chansons s'adressaient à tout le monde et le fait d'être Acadienne n'était pas une priorité.

La vie a fait en sorte qu'au bout d'un moment cela ne fonctionnait pas. Plus j'essayais de devenir québécoise et moins je me sentais chez moi. Mon identité acadienne est revenue progressivement.

A la fin des années 1980, j'étais moins populaire, ma mère était malade, je me suis dis qu'il était temps que je renoue avec mes racines.

En 1991, j'ai habité deux ans à Ottawa puis je suis retourné vivre sur l'Îe-du-Prince-Edouard.

Pendant toutes ces années, j'ai à nouveau été animatrice à la télévision, j'ai même participé à plusieurs épisodes de Sesame Street.

Après une dizaine d'années d'absence discographique, tu fais paraître en 1993 ton premier disque compact : un disque en hommage à LA BOLDUC (Bonjour Madame Bolduc) puis l'album Transparence (1994) avec la fameuse chanson Grand Pré ?

AA : L'album consacré à la pionnière de la chanson québécoise faisait suite à un spectacle hommage qui a tourné au Canada ainsi qu'aux Francofolies de La Rochelle.

1994 a été l'année du premier Congrès Mondial Acadien. Quand je suis partie de Montréal, j'ai visité tous les endroits historiques de notre histoire puis j'ai commencé à écrire Grand Pré.

J'ai mis réellement sept ans à composer cette chanson. Quand je l'ai terminée, je me suis rendue compte que nous avions survécu aux tragédies de notre passé et qu'il était important de montrer cette force et cet espoir à tous ceux qui m'écoutaient.

Encore maintenant, chaque fois que je la chante partout dans le Canada francophone et en France, il y a beaucoup d'émotions. Je suis très fière de cela.

En 1995, c'est la sortie de la compilation J'ai vécu bien des années et la réédition de l'album de Noël avec quatre nouvelles chansons !

AA : Oui et en l'an 2000, après avoir fait de nombreuses tournées dans les écoles au Canada j'ai fait paraître un album de chanson pour enfants (Amour).

En 2004, j'ai participé aux célébrations des 400 ans de l'Acadie.

Depuis, je continue de me produire surtout au Québec, dans les Provinces maritimes et en France. Maintenant, on me considère comme une pionnière qui a bien représenté son pays (rires).

Site (non officiel) : www.admirateurangelearsenault.freeservers.com

Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg

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