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Jacques VASSAL - Regard sur Folksong

Publié par Ethnotempos le 12/6/2007 (453 lus)




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Jacques VASSAL


Regard sur Folksong


Pour les fous du folk et autres passionnés de chansons sans frontières qui ne le sauraient pas encore, Jacques VASSAL est journaliste, écrivain et traducteur. Il a participé ainsi à de nombreuses revues musicales (Rock & Folk, Paroles et musique...), et intervient aujourd'hui encore dans le trimestriel Chorus, Les Cahiers de la chanson et dans l'hebdomadaire Politis. Il est l'auteur de nombreux livres (Jacques HIGELIN, Jacques BREL, Georges BRASSENS...), et a collaboré à de nombreux ouvrages (Dylan, Le Larousse de la chanson mondiale, L'encyclopédie de de la chanson française...). De 1972 à la fin des années 1980, il crée la collection de livres Rock & Folk, forte de plus de 50 titres dont certains, dont il est lui-même l'auteur sont devenus des classiques (La Chanson bretonne, Français si vous chantiez...). On lui doit aussi la traduction de livres de Woodie GUTHRIE et Léonard COHEN.


Et puis, il y a Folksong, Racines et branches de la musique folk des États-Unis, un jalon dans la connaissance de l'histoire de la musique populaire américaine, vendu à plus de 17 000 exemplaires dans quatre versions réactualisées à chaque fois et parues entre 1971 et 1984. En ce début de vingt et unième siècle, l'Occident a tendance a oublier que les musiques d'aujourd'hui ne seraient rien (ou si peu) sans l'apparition et le succès du blues, du gospel et du negro spiritual, des musiques country et cajun, et l'influence de musiciens/chanteurs comme Woodie GUTHRIE ou Bob DYLAN.


Regard sur le Folk américain, avec l'auteur de ce livre historique, 23 ans après la parution de sa dernière édition.


Entretien avec Jacques VASSAL


Es-tu toujours d'accord avec cette définition du Folksong, telle que tu l'écrivais ? « Chanson représentative de ce que la culture populaire américaine peut offrir (et s'offrir) de meilleur à un moment donné de son histoire, et le plus souvent transmise par voie orale »


Jacques VASSAL : Oui, avec des nuances.


« Chanson représentative », cela est vrai encore aujourd'hui, parce qu'il y a toujours des chanteurs, des musiciens qui ont besoin de faire des chansons qui parlent de la vie de tous les jours et qui soient au plus proche de ce que les «gens ordinaires» ont sur le coeur ou dans la tête. Elles représentent ce qu'ils ont envie de dire, leurs révoltes, leurs combats, mais aussi le lot quotidien de joies et de malheurs. La démarche de ces artistes, qu'ils enregistrent ou non des disques, qu'ils soient anonymes, célèbres dans leur région, leur pays voire même dans le monde entier, reste, à mon avis, profondément authentique. Quand Bruce SPRINGSTEEN sort son album We shall overcome, The Seeger sessions, il témoigne, avec la sincérité qu'on lui connaît et auprès d'une génération plus jeune que lui, d'un répertoire, pour une bonne partie recueillis et popularisés par Woodie GUTHRIE, Pete SEEGER et leurs amis.


A une époque où la télévision et Internet n'existait pas ou peu, le blues, musique pourtant individualiste, pouvait parler des inondations du Mississipi, et les balades des Appalaches, qui venaient souvent elles-mêmes de vieilles chansons irlandaises ou écossaises, étaient réinterprétées pour parler des syndicats ou d'un accident de train qui avait eu lieu la veille et dont les journaux se faisaient l'écho. Ces chansons des années vingt et trente n'étaient pas forcément très politiques, mais parlaient de l'actualité qui affecte la vie quotidienne des gens.


Dans le domaine de la musique old-time ou le bluegrass, il existe aussi une transmission d'une génération à une autre. Je pense, par exemple à Doc Watson qui joue et chante maintenant avec son petit-fils.


Ces artistes ne sont pas toujours très célèbres, ils jouent la plupart du temps dans des festivals « à thèmes », géographiquement limité, et ils enregistrent des CD pour des labels de disques spécialisés. Cela n'empêche pas le fait que ces musiques sont toujours très présentes et populaires auprès d'un public souvent régional et que le degré de notoriété de leurs interprètes se mesure le plus souvent que sur place et n'a pas forcément à voir avec les ventes de disques.


Quand j'écrivais, « Le plus souvent transmise par voie orale », c'est la définition traditionnelle. Aux États-Unis, une partie de la population, noire ou blanche, ne savait pas forcément lire et écrire, et utilisait le chant ou la musique comme moyen de « communication ».


De nos jours, la transmission ne se fait peut-être plus uniquement par voie orale mais aussi par un tas de « véhicules » comme le disque ou Internet.


En ce qui concerne les Indiens et la musique amérindienne, tu disais à l'époque qu'il existait une certaine renaissance de cette culture, avec des artistes comme Buffy SAINTE-MARIE ou Peter LAFARGE ?


JV : J'ai rencontré ces dernières années un chanteur de cette culture, John TRUDELL, qui n'est pas vraiment dans la tradition de la musique amérindienne originale, mais qui m'a étonné par sa forte personnalité, son histoire dramatique et la beauté de ses textes. Si je faisais une version réactualisée de Folksong, il figurerait évidemment dans ce chapitre.


Quand aux plus anciens, la grande Buffy SAINTE-MARIE disait encore, dans les années 1990 que les blancs américains ou européens ont encore un certain effort « intellectuel » à faire pour regarder les Amérindiens comme des êtres humains normaux et non pas comme des objets d'étude ou des curiosités. Il s'agit donc de respecter une entité, une culture différente des nôtres, tout en ayant avec ceux qui la représente un dialogue que je qualifierais de «normal».


Ce que je sais d'autre, c'est qu'il est de plus en plus difficile pour la communauté amérindienne des États-Unis et du Canada de faire survivre, de perpétuer un mouvement de chansons populaires qui soit enraciné dans une tradition qui soit non anglophone. C'est une population qui se réduit de plus en plus par rapport à l'ensemble des habitants de ces pays et leur culture d'origine a tendance à se restreindre. Il arrive aux musiques traditionnelles ce qui arrive aux langues « minoritaires ».


Leur chance de survie est peut-être de rebondir ou de « surfer » sur une vague de musiques populaires qui soit rock ou folk, avec des paroles qui peuvent être, pourquoi pas, parfois en anglais.


Ce dont je suis sûr, c'est que ces musiques souvent parlées et scandées, ont une telle force et tellement d'humanité, qu'on ne peut être que captivé, même lorsque on ne comprend pas la langue.


Quel était ton regard sur la musique folk noire américaine à cette époque ?


Jacques VASSAL : La première version du livre est sortie en 1971 et j'avais écrit le chapitre sur ces musiques entre fin 1968 et le tout début des années 1970. J'étais encore très marqué par le combat des Noirs contre la ségrégation et les événements du début des années 1960 qui en découlaient, comme les grandes marches intégrationnistes.


Le groupe de chanteuses SWEET HONEY ON THE ROCK fondé par Bernice REAGON, une des membres des FREEDOM SINGERS, était assez représentatif d'une chanson noire enracinée dans la tradition du gospel et proche à la fois des préceptes de non-violence de Martin LUTHER KING, mais aussi de mouvements plus radicaux qui ont existé ensuite. C'était un groupe qui avait en vue autant le combat des femmes pour leur émancipation que la lutte des Noirs pour leurs droits d'hommes et de citoyens.


Nous avions le projet de les faire venir en France à l'époque ; cela ne s'est malheureusement pas fait.


Contrairement aux idées reçues, le folk américain semble un courant musical finalement assez méconnu en France !


JV : Il n'est pas toujours facile de faire un point régulier sur la situation quand on n'a pas forcément l'occasion de retourner régulièrement aux États-Unis et de revigorer tout ce circuit de connaissances.


Il y a la revue SING OUT qui existe toujours et qui reste une source d'informations irremplaçables.


Beaucoup de ces artistes américains, certains très connus, d'autres moins, sont venus chanter régulièrement depuis le début des années 1970 en Italie, en Allemagne, en Belgique, au Pays-Bas, dans les pays scandinaves (le regretté journaliste et chanteur Marc ROBINE allait régulièrement dans un festival au Danemark qui a lieu fin août pour les rencontrer) et en Grande-Bretagne évidemment.


Par méconnaissance ou désintérêt, ils ne sont jamais ou rarement venus chanter en France. Nous n'avons jamais été capables de trouver des agents, des organisateurs de spectacles qui connaissaient suffisamment ces musiques pour savoir qui chercher et vouloir les programmer. Il n'est pas normal que les musiques folk, blanches, noires ou indiennes nord-américaines n'aient pas bénéficié du même courant de mode que d'autres musiques populaires.


Je me réjouis que Peter YARROW (v. ETHNOTEMPOS n°26) soit venu aux Nuits Atypiques de langonen 2006, mais on ne l'avait pas vu en France depuis très longtemps. Des artistes aussi importants que Steve GOODMAN (aujourd'hui décédé) ou Arlo GUTHRIE (le fils de Woodie GUTHRIE) ne sont jamais venu chanter ici, c'est invraisemblable !


Ma rubrique Disques sans frontières dans la revue CHORUS – Les Cahiers de la Chanson, me permet de parler d'artistes encore trop méconnus en France. Je pense à une chanteuse comme Tish HINOJOSA, d'origine mexicaine par ses parents et basée à Austin, qui rappelle par moments Joan BAEZ ou Emmylou HARRIS. Elle chante en espagnol ou en anglais et a déjà une copieuse discographie (sur le label Rounder).


A l'occasion, certains de ces artistes viennent ici, notamment à Paris, dans des petits lieux gérés par des passionnés de ces musiques, pour des concerts à très petite audience et pour des budgets modestes. Un exemple : Jack ELLIOTT est venu une seule fois en France, à la fin des années 1980 pour un concert confidentiel à Paris. Il aurait mérité d'être au moins un soir à l'Olympia ou d'être invité dans un festival commeL Printemps de Bourges  !


Y a-t'il d'autres raisons qui expliquent cette méconnaissance et ce désintéret ?


JV :Il y a eu certaines barrières idéologiques « inconscientes » qui ont contribué au manque de reconnaissance de la musique folk des États-Unis. En France, on a eu longtemps une génération de public, souvent d'extrême-gauche, intéressée autant par les musiques populaires du monde entier que par une chanson que l'on peut qualifier de politique, et qui était idéologiquement contre tout ce qui venait d'Amérique du Nord.


Parmi ces gens-là, il y avait un courant qui était plus ou moins dans les associations culturelles et qui aurait pu faire partie soit des décideurs, soit des relais.


Certains chanteurs francophones ont tout de même participé à la découverte de grands artistes américains !


JV : Tu as raison. Graeme ALLWRIGHT ou Steve WARING sont de bons exemples de ces chanteurs qui ont participé à ce travail de traduction sur des chansons de Léonard COHEN, de Woodie GUTHRIE, Bob DYLAN, Tom PAXTON et même Willie NELSON.


Bruce SPRINGSTEEN n'est-il pas, finalement avec Bob DYLAN, le seul « folk singer » aujourd'hui mondialement célèbre ?


JV : Il a indéniablement contribué à faire respecter la musique folk américaine dans le monde entier.


Son album Nebraska contient des chansons qui racontent des histoires très enracinées dans la terre américaine, dans l'esprit de ce que faisait Woodie GUTHRIE cinquante ans plus tôt. Ces chansons, influencées aussi par la lecture d'un auteur comme Truman CAPOTE (De Sang-froid), dressent le portrait de gens paumés dont certains deviennent des criminels occasionnés par une société elle-même très violente et injuste et qui laisse au bord de la route une partie de ses enfants.


Entretien et photos : Frantz-Minh Raimbourg




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Ethnotempos n° 33 de juin 2007 (partie 1)


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