Festival Printemps de Pérouges 2003
Publié par Ethnotempos le 18/10/2007 (157 lus)
Pérouges : le Printemps des musiques vocales
Alliant la pluralité des expressions vocales (chantées, parlées, traditionnelles, lyriques ou jazz...) à la richesse du patrimoine de la Plaine de l’Ain, le festival du Printemps de Pérouges (magnifique et pittoresque petite ville à l’aspect entièrement médiéval) a présenté en 2003 sa septième édition, avec entre autres les JACKSON SISTERS, Marianne JAMES, Yann-Fanch KEMENER, VISHTEN, les VOIX DIPHONIQUES, Nathalie RENAUD, Karim BALHOUL, LA BERGERE et bien sûr Eric MONTBEL et son sanguinolent Jardin des Mystères. C’est du reste l’une des membres de ce «Jardin», Marie RIGAUD, chanteuse lyrique, qui est à l’origine de ce festival. Depuis le début, elle lui insuffle un dynamisme qui en garantit la qualité artistique et l’esprit d’innovation perpétuelle. Présentation d’un festival ambitieux et généreux et portrait de sa pétulante créatrice.
Entretien avec Marie RIGAUD
Comment est venue l’idée de ce festival ?
Marie RIGAUD : C’est venu suite à une ballade dans la cité médiévale de Pérouges il y a cinq ans ; j’ai eu un coup de cœur pour les vieilles pierres, surtout pour l’harmonie architecturale du site et pour l’église, qui acoustiquement est un lieu assez unique ; il y a un équilibre sonore pur et une âme dans cette église. Curieusement, dans un site aussi privilégié, il n’y avait pas d’activité artistique et culturelle émergente. S’est donc montée très rapidement une association loi 1901 (qui est le cadre organisationnel de la plupart des festivals) concentrant un certain nombre de personnalités locales, puisque n’étant pas du coin, il a fallu fédérer des gens qui font la vie de la cité de Pérouges. Rapidement, quatre concerts ont eu lieu avec la première édition. Dans un premier temps, c’était plutôt un festival à tendance classique avec l’église pour seul site.
Ensuite, j’ai voulu m’y consacrer à plein temps et en faire un métier, qui est celui de concevoir un événement et de le mettre en œuvre, de la programmation au montage financier, en passant par la communication, le marketing, l’image, la recherche de publics, etc. C’est devenu une passion. J’ai eu l’idée de rayonner sur la Plaine de l’Ain et pas seulement sur Pérouges, et surtout d’utiliser différents types de patrimoines qui puissent permettre des programmations diversifiées, avec une adéquation entre le site et le contenu artistique. Et après est venue l’idée de la diversité autour de la voix, la voix dans tous ses états, de la polyphonie médiévale à l’expression contemporaine en passant par les musiques traditionnelles, les musiques du monde, les musiques lyriques, sacrées, profanes, parlées aussi, tout ce qui touche à l'instrument vocal. C’est notre ligne, qui reste bien perceptible et visible, et avec une déclinaison de sites.
La programmation étant très éclectique (vous avez même accueilli Phil MINTON, plus connu dans le milieu de l’improvisation), je suppose que vous vous déplacez souvent pour voir des concerts.
MR : Je me débrouille aussi pour voyager et être tenue informée par des réseaux. Je connais beaucoup d'autres programmateurs, on s’échange plein d’impressions ; il faut se tenir informé, se déplacer quand c'est possible, et essayer de composer avec tous ces gens qui ont des expressions un peu extrêmes. Quand j'avais programmé Phil MINTON il y a deux ans, c’était un peu un pari auprès de populations qui ont peu de pratiques culturelles ; la performance, ça leur est étranger. Ce qu’il fait est vraiment très particulier, mais c'est tellement communicatif ! L’agréable surprise c’est que ça leur est beaucoup plus facile d’accès que certains concerts plus structurés et où finalement il se passe beaucoup moins de choses. Et ça a marché à 100 % ! Non seulement il y a eu un effet de surprise, mais en plus c’est très accessible finalement. On passe presque du rire au larmes. C’est vrai qu’au début les gens sont mal à l’aise, alors ils rient, ils se demandent où j’ai été le chercher, et puis finalement ils sont emballés puisque, au moins, ils sont obligés d'être impliqués dedans. On ne peut pas rester en dehors de l’expression artistique, là. Et c’est ça qu’on recherche.
L’année dernière, j’avais mis Phil MINTON en première partie de Liz McCOMB, c’était assez hallucinant ! Je lui ai demandé à son arrivée de faire 10 minutes d’impro vocale avant le gospel. Le public du gospel a dû se demander : «Qu’est-ce que c’est ce mec qui gémit sur scène ?» L’idée, au Festival de Pérouges, c’est que lorsque les gens sortent des concerts, il faut qu’ils aient l’impression non seulement d’avoir assisté à un bon concert, dans un cadre intéressant, voire inattendu, mais il faut en plus qu’il y ait eu un échange, comme c’est le cas au Château de Chazey avec Eric MONTBEL, où le public là aussi est dans le spectacle. On ne peut pas faire ça partout. Je pense que notre supplément d’âme, ici, c’est que d’abord c'est convivial. Les organisateurs et l’équipe rencontrent le public.
La difficulté, après, c’est de pouvoir caser tel artiste dans tel lieu ?
MR : En fait ce n’est pas un problème. Cette année, je me suis décidée sur une quinzaine de groupes. Après finalement, ça ne s’est pas fait dans le même temps ; j’ai découvert des lieux, après il faut obtenir les autorisations de ces lieux ; c’est compliqué d’organiser des spectacles dans un site industriel. Dans le cas du Jardin des Mystères, c’était clair puisque le projet a été créé au Château de Chazey, donc c’était tout indiqué d’y retourner ; mais techniquement c’est un sacré bazar d’aller là-bas, il faut monter des bancs jusqu’au 4e étage.
Y a-t-il eu beaucoup de créations du Festival qui ont donné lieu à un disque ?
MR : Avant Le Jardin des Mystères, il y a eu Le Jardin de l’Ange, qui a été enregistré dans l’église de Pérouges.
Avez-vous des demandes d’artistes qui veulent faire des créations pour le Festival ?
MR : Oui, mais pour l’instant je n’ai jamais réussi à trouver les subventions en face. Et pour les subventions, on a des réponses trop tardives, on ne peut pas anticiper.
Chantez-vous souvent lors de votre Festival ?
MR : La difficulté pour moi, mais je l’ai choisie, c’est d’être à la fois dans l’organisation et sur la scène. J’ai envie de chanter et je crois que c’est un clin d’œil sympa que de chanter dans son festival ; et puis le public attend ça avec plaisir aussi. Je chante aussi souvent à la fin des concerts avec les artistes invités. L’année dernière, j’ai chanté avec Liz McCOMB, cette année je vais peut-être chanter avec Marianne JAMES. Ce n'est pas du tout prévu au départ, mais si j’ai un bon feeling avec les artistes, s’ils savent que je chante et qu’ils imaginent que ça pourrait être sympa de faire un bœuf, et bien on le fait. Le public aime la spontanéité, le non-prévu.
Le public vient-il de la région ?
MR : Oui, surtout de la région et de Lyon, et il vient pour plusieurs concerts. Il y a une transversalité et les gens sont assez curieux de découvrir des choses différentes.
Combien de personnes accueille chaque concert ?
MR : C’est intimiste, ce sont de petites capacités d’accueil, à part une exception qui est la soirée gospel, où là on veut vraiment faire un effet de masse. Ça va de 80 comme vous avez vu au Château de Chazey à 300 à l’église, sinon 150, 200, c’est la moyenne. On est sur du petit événement, mais il faut remplir quinze dates différentes quand même. On s’étale sur pratiquement un mois avec en plus des styles différents, alors du coup il faut relancer la communication sans arrêt. C’est d’autant plus compliqué que ce n’est jamais au même endroit. C’est un genre de rallye musical.
Avez-vous eu des demandes d’autres régions ?
MR : Non, mais je me dis que c’est sûrement transposable ailleurs. Avec notre histoire de site industriel, ça pourrait devenir une démarche que je pourrai exporter. Après c’est un problème de moyens, de temps. De l'extérieur, on a l’impression que c’est hyper structuré, de l’intérieur, ça tient un peu à un fil.
Y a-t-il eu une forme de reconnaissance de la région ?
MR : Oui, dans le sens où les gens attendent ça maintenant, ils sont demandeurs de la plaquette souvent, c’est un festival repéré qui a beaucoup gagné en notoriété, qui a trouvé sa place. C’est l’événement de printemps du coin.
Quels sont vos projets concernant le Festival ?
MR : J’aimerais développer un principe de concerts et d’animations pendant toute l’année, sur plusieurs sites. C’est vrai que tout concentrer au Printemps finalement, c’est énorme. Chaque année c’est quand même une épreuve de recommencer tout ça. Il y a peu de subventions, donc pas mal de financements à aller chercher chez les privés, ça veut dire qu’il faut quand même tout refaire d’une année sur l’autre. Il faudrait qu’on soit plus nombreux. A vrai dire, pour ce concept, la boucle est bouclée. Ce serait intéressant d’organiser des événements en dehors de la période du Printemps ou de développer une activité périphérique, comme exporter ce concept partout en France et réduire la taille du festival pour avoir le temps de faire autre chose. Ce serait dommage de tout arrêter parce que les gens l’attendent. Par contre, le maintenir comme ça avec autant de densité pendant le Printemps, c’est dur.
Et concernant le chant ?
MR : A force d’écouter les autres, j’ai l’impression d’avoir fait des progrès énormes. Je donne aussi des cours de chant depuis deux ans, ça m’a fait beaucoup progresser. Je n’ai pas envie d’arrêter. Maintenant que je me suis imprégnée de plein de choses différentes, j’ai envie de monter un ensemble un peu expérimental entre baroque, classique, lyrique, traditionnel, jazz... un espèce de truc inclassable, transvocal.
Dans Le Jardin des Mystères avec Eric MONTBEL, je me suis beaucoup cherchée vocalement. J’étais tellement la voix différente des autres et de Sylvie BERGER notamment, qui, elle, est la bonne tessiture, le bon exemple. Au début je ne trouvais pas bien ma place, j’ai eu l’impression que j’amenais de la vocalise mais que ce n’était pas intéressant. Maintenant j’ai aussi appris à chanter avec eux sans avoir la voix lyrique, et j’adore ça ! En fait je suis en train de me trouver bien vocalement. Ça vaudrait le coup qu’on refasse un travail d’enregistrement ensemble, parce qu’il y a une polyphonie. En tout cas j’ai beaucoup appris à travailler avec des gens comme Sylvie, qui est vraiment pour moi l’exemple idéal de ce qu’est le répertoire de la tradition orale. Elle est sans équivalence et assez fascinante. Sa façon de raconter des histoire est vraiment exceptionnelle.
Entretien réalisé par Sylvie Hamon et Stéphane Fougère
– Photos : SH
Site Web du festival : http://www.festival-perouges.org
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Ethnotempos n° 13 de septembre 2003
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