FREDERIQUE - BELTAINE
Publié par Ethnotempos le 18/10/2007 (259 lus)
FRÉDÉRIQUE / BELTAINE
C’est elle qui a inauguré l’ouverture du FIL 2001 à l’occasion de la sacro-sainte «Cotriade», et beaucoup se souviennent avoir été transportés par son inspiration tonifiante. Du coup, elle a récidivé en 2002 en ouvrant pour la Nuit du Port de pêche. Passée du théâtre et de la marionnette à la chanson, Frédérique FORGEARD, plus connue sous son nom d’artiste FRÉDÉRIQUE, est née dans les Ardennes, mais son coeur est définitivement tourné vers la Bretagne armoricaine. C’est donc en chantant la mer qu’elle affiche sa bretonnitude, et par-là même sa celtitude. La relation des Celtes avec les horizons maritimes, la navigation, est il est vrai une vielle histoire... Toute ancienne qu’elle est, elle n’en reste pas moins vibrante et passionnelle. Il n’est que d’écouter FRÉDÉRIQUE pour s’en persuader, elle qui doit sa passion pour tout ce qui ressortit au domaine maritime à son grand-père cap-hornier, conteur de premier ordre. De chansons de port qui évoquent la séparation du matelot et de sa promise en chants de marins qui diffusent la respiration du grand large, le répertoire de FRÉDÉRIQUE sait aussi toucher Terre et s’approprier les gwerzioù bretonnes et autres «laments» irlandais, dont elle redéfinit l’amplitude émotionnelle avec son groupe acoustique BELTAINE. C’est donc sous deux formules – plus complémentaires que distinctes – que l’on peut découvrir le répertoire de FRÉDÉRIQUE, un répertoire somme toute universel, mais suffisamment personnalisé pour que la fibre sensible de FRÉDÉRIQUE puisse se faire entendre et résonner au-delà des mâts de misaine et d’artimon, à travers les vents qui en prolongent l’écho nostalgique.
*****
Parles-nous de ton parcours...
FRÉDÉRIQUE : A la base, je viens du théâtre et ça fait sept ans que je chante. J’ai dû démarrer comme comédienne. Et ensuite j’ai fait de la marionnette, dans les Ardennes. J’ai participé au festival Mondial de marionnettes à Charleville, avec des spectacles, des créations que j’ai faites. Ça veut dire que j’écris aussi. C’est très intéressant la marionnette, ça retrace un peu l’histoire de l’humanité et ça a même une dimension un peu philosophique, métaphysique, un côté art sacré. C’est une représentation humaine, iconographique. Bref, ça fait 30 ans que je suis comédienne, même si je ne fais pas mon âge. Je donne aussi des cours de théâtre et, depuis plus de quinze ans, je suis metteur en scène (de spectacles burlesques). Je le resterai, parce qu’il arrive encore de temps en temps qu’on me propose des projets de mise en scène.
Comment est venu le chant ?
F : Très spontanément sous la douche ! (rires) Le chant m’est tombé dessus sans que je sache trop comment... Je chantais quand j’étais petite, jusqu’à l’adolescence. Je pensais que j’allais plutôt m’orienter vers la musique. Et puis j’ai rencontré quelqu’un qui a totalement conditionné mon destin après, puisque c'est un metteur en scène de théâtre. Quand le théâtre est arrivé dans ma vie, il a donc éjecté la musique, entre autres, et voilà ! Quand le chant est revenu dans ma vie, il est revenu sous la forme d’une autre rencontre, un musicien breton. Il aimait beaucoup le rock celtique et on a commencé à faire de la musique comme ça. Il faisait une ligne de basse, très simple, très sobre, ce n’était pas évident que ça puisse m'inspirer. Or,ça m’a inspiré plein de choses. On a commencé à faire quelque chose avec des copains qui se sont joints à nous, et puis de fil en aiguille, on a continué à faire de la musique tous les deux (basse et voix). On est passés au Divan du Monde avec ça. On m’a comparée à NICO, j’étais très flattée.
Quand j’ai commencé à écrire des chansons au début, je les ai mises en musique alors que je n’écrivais pas la musique. Mais j’ai fait des arrangements, je me suis débrouillée. De fil en aiguille, mon chemin s’est construit. J’ai été finaliste à «Vive la reprise», un concours international d’interprétation en langue française, et l’on m’a alors proposé de chanter avec Anne SYLVESTRE. J’étais complètement dans le créneau chanson française sans l’avoir voulu vraiment.
Comment s’est constitué ton répertoire et comment as-tu choisi tes musiciens ?
F : Ça a été très simple, vu qu’il y a surtout UN musicien fixe, qui s’appelle Philippe PICOT ; il est accordéoniste. Sinon, j’ai un répertoire qui est très coloré, très maritime, avec 90 % de mon répertoire qui est quand même d’origine bretonne, irlandaise et écossaise. Il n’y a pas beaucoup de compositions. Les traditionnels ou les reprises ont pris le dessus. Ça peut être des choses connues, comme Quinze Marins, par exemple, avec un petit texte de Xavier GRALL avant, sur le Cap Horn. Et je trouve que la thématique de Quinze Marins est quand même assez claire. La mélodie plus l’histoire racontée donnent un côté un peu légendaire. C’est une chanson de Michel TONNERRE. Chantée par une femme, elle prend une autre dimension, et c’était très intéressant à faire.
La raison pour laquelle les reprises ont pris le pas sur les compositions, c’est que je ne peux pas aborder les choses d’une manière trop éphémère. Dès que je rencontre des gens qui m’intéressent, j’ai vraiment besoin d’approfondir. C’est totalement en dehors du coup en ce moment ! L’époque n’est pas à la profondeur, à la dimension intérieure. Elle est plutôt sur le look, l’image, la consommation, sur l’artificiel... La chanson traditionnelle a quelque chose de si attachant, de tellement puissant, que je ne pouvais pas simplement faire un petit passage. Dans mon répertoire, il y a des chansons qui ne sont pas du tout des chansons de femmes mais pas mal de gens m’ont dit que non seulement ce n’était pas choquant, mais que ça apportait une autre dimension. C’est un peu comme si elles étaient chantées par les femmes de marins qui attendent. Le regard est différent.
C’est le phénomène miroir. Je parle beaucoup des femmes de marins, mais je ne peux pas parler d’elles sans parler des marins. Leur vie est conditionnée totalement par le fait qu’elles vivent avec un marin. Leur destin est indissociable. Si je n’en parle pas, la référence ne fonctionne pas. Parler uniquement des femmes de marins qui sont là au bord, ça c’est la chanson réaliste des années 1930, mais c’est un peu du domaine de l’imagerie. Ce que j’aime bien, c’est cette naïveté. Le répertoire marin est un répertoire universel. Alors forcément, on ne peut pas le traiter comme ça.
Quand on pense chants de marins, on pense chansons de port, mais il y a aussi la dimension du voyage, je suppose ?
F : L’invitation au voyage, c’est la toute première dimension du répertoire et des spectacles que je fais. (Ce sont des spectacles-chansons. J’appelle ça des concerts poétiques.) Je me sens très bien dans cet élément, même si je ne navigue pas. C’est une invitation au voyage pour le public et pour moi aussi. Moi aussi, il faut que je sois en partance, sinon ça ne se fait pas. Et le répertoire marin, le répertoire de chants de travail, je le pratique aussi.
Y a -t-il une dimension théâtrale qui rentre dans tes concerts ?
F : Oui et non. Quand il y a de la chanson, il faut qu’il y ait sobriété. L’émotion ne fait pas bon ménage avec trop de démonstrativité. Pour moi ce n’est pas du tout une bonne chose. Plus ça va, plus je suis pour la sobriété. C’est immensément plus fort quand on bouge peu. On fait quelque chose qui bouge, qui va un peu de l’avant, qui balance. En tout cas, ça a fait bouger les gens à la Cotriade du festival de Lorient en 2001 ! C’était tellement impressionnant d’avoir 1 600 personnes qui se balançaient devant moi que ça donnait le mal de mer, ou plutôt, le mal de scène. Alors je me balançais avec eux pour ne pas être décalée...
Actuellement tu tournes sous deux noms de groupe : FRÉDÉRIQUE, ou FRED ET L’ÉQUIPAGE, et avec BELTAINE. S’agit-il de deux choses si différentes ?
F : BELTAINE est un trio chant-accordéon-guitare et son répertoire est irlandais-breton. Les autres musiciens sont Philippe PICOT à l’accordéon, Hélios QUINQUIS à la guitare et, dans la formation complète telle qu’elle s’est manifestée sur scène au Satellit’ Café, à Paris, en 2000, il y a Yvon RIOU en deuxième guitare, et Philippe MONANGE au piano. Avec FRED ET L’ÉQUIPAGE (duo chant-accordéon), ce sont les chansons de mer. Dedans il y a bien sûr des chansons en breton, mais c’est uniquement orienté maritime. Alors que, chez BELTAINE, il y a aussi bien des chansons à danser, des gwerziou… bref, des chansons bretonnes, irlandaises, écossaises, réarrangées, avec toutes sortes de couleurs très ethniques. Les arrangements sont très importants. Là, la voix a un rôle plutôt incantatoire. C’est presque un instrument.
Çela rejoint l’idée d’art sacré dont tu parlais tout à l’heure ?
F : Il y a un peu de ça. J’aime beaucoup. C’est très cohérent avec le théâtre. Pour moi, je n’ai pas l'impression d’être sur un autre chemin, c’est tout à fait le même.
Propos recueillis par Druidix
Site : http://membres.lycos.fr/frederiquef/
DISCOGRAPHIE FREDERIQUE :
Chants de femmes de Bretagne (aux côtés de Marie-Aline LAGADIC et de Ffran MAY) (Sergent-Major Company, 1999)
Irish Tie (à paraître au printemps 2003)
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