Le 27e SFINKS sous le signe de Ganesh (2002)
Publié par Ethnotempos le 25/11/2007 (412 lus)
Le 27e SFINKS
sous le signe de Ganesh (2002)
Comme beaucoup de festivals actuellement (Ris-Orangis, St Chartier, Francofolies), c'est au cours des années 70, en pleine mouvance Folk, et plus particulièrement en 1975 qu'et né le SFINKS. Au départ, cette association organisait dans la région d'Anvers, en Belgique, des cours de formation, des ateliers artistiques, du théâtre pour enfants et des cafés-concerts. Vers 1993, Sfinks Animatie, son nom à l'époque, organisait des projets d'animation de la ville d'Anvers, avec, entre autres, Zingaro et Royal de Luxe. Ceci devait évoluer, par la suite, en un festival d'été permanent. En 1994, Sfinks Animatie assure le secrétariat du European Forum of Worldwide Music Festival (EFWMF), un groupement de 44 festivals de musiques du monde dans 16 pays européens, dont fait partie, entre autres, WOMEX en Angleterre. Grâce à cette association, dirigée par le Sfinks, des échanges d'artistes et d'idées ont lieu entre les différents festivals, qui partagent, en outre, les frais de transport.
En 1994 se construit le Sfinks Café et le festival s'étend de plus en plus. 27 ans après, il est devenu l'un des plus grands festivals de musiques du monde en Belgique et en Europe. La programmation sur les quatre jours de festival couvre les cinq continents avec des musiques traditionnelles, classiques, populaires des cultures du monde entier.
Ce qui nous frappe, d'emblée, en pénétrant l'enceinte, c'est une organisation hors pair, tant en ce qui concerne la logistique que les concerts, répartis sur 4 lieux :
* Une énorme scène centrale en plein air
où se produiront :
- Première journée : FAYTINGA (Erythrée) : cette chanteuse du groupe kunama d'Erythrée a une voix qui porte loin pour transmettre les chants Kawena des ancêtres. Elle est entourée de la lyre krar et d'autres instruments traditionnels, Tania LIBERTAD (Pérou) , l'une des plus grandes voix d'Amérique latine. Elle a pris ses influences à Cuba, au Brésil, au Mexique, MUSZIKÁS & Alexander BALANESCU (Hongrie) cette fois sans Marta SÉBESTYEN : ils ont puisé leur inspiration dans les musiques de villages de Hongrie, avec un programme spécial BARTOK ; PAPA NOËL & PAPI OVIEDO (Congo-Cuba) - l'un est né au Congo, l'autre à Cuba, chacun joue de la guitare, Najat AÂTABOU (Maroc) : ses chansons parlent des femmes, jalouses, blessées, trompées mais jamais soumises. Elle chante en arabe et en français, mais surtout en tamazight, la langue des Berbères dont elle est issue. Elle est entourée d'excellents musiciens : une grande star dans son pays.
------------------
- Deuxième journée : Pandit Ronu MAJUMDAR (Inde)
Il compte parmi les grands flûtistes de l'Inde. Ronu MAJUMDAR et la flûte bansuri sont pour ainsi dire synonymes. Cette flûte en bambou, dont Hariprasad CHAURASIA est l'un des protagonistes, est considérée comme l'un des instruments naturels les plus anciens qui soient. L'idée de créer cet instrument est venu le jour où quelqu'un avait été surpris, alors qu'il se promenait dans un champ de bambou, que le vent qui soufflait à travers les trous créés par les insectes produisait des sons d'une grande douceur. D'abord, et pendant longtemps instrument de berger, c'est grâce au génie de Pandit Pannalal GHOSH que cette flûte devint instrument de concert. Ronu, né à Bénarès le 22 juin 1963, a commencé à jouer de la flûte sous la direction de son père Dr Bhanu MAJUMDAR, feu Pt. Laxman PRASAD JAIPURWALE et, enfin, Pt. Vijay RAGHAV RAO. Il est issu, tout comme Ravi SHANKAR et Ustad Ali AKHBAR KHAN, de la tradition du Maihar Gharana. A partir de Mumbai, il a fait le tour du monde et a joué avec des musiciens tels que Ravi SHANKAR, George HARRISON et Ry COODER. Egalement compositeur contemporain, il reste cependant profondément enraciné dans sa propre culture.
Nous l'avons rencontré à l'issue de son concert.
Vous êtes issu de la tradition du Maihar Gharana et vous vous êtes dirigé ensuite vers des fusions aussi bien avec des musiciens et instruments indiens qu'avec des groupes étrangers. Que pensez-vous du «mariage» entre la flûte bansuri et les instruments occidentaux ?
RM : Je suis né à Bénarès et y ai étudié la musique de manière traditionnelle. Une fois à Mumbai, par contre, j'étais davantage influencé par la musique occidentale. Il y a dans cette ville une grande présence goanaise et portugaise, d'où le succès de cette musique. Ensuite, j'ai été introduit à la musique classique occidentale, ce qui m'a tout à fait enthousiasmé. Par la suite, j'ai rencontré Ry COODER aux États-Unis. Entre nous, l'entente fut excellente. La musique est un langage en soi : si chacun se comprend et respecte la musique de l'autre, cela permet une belle fusion, une musique du monde dans le vrai sens du terme.
Quand vous choisissez de «fusionner» avec d'autres musiciens, est-ce davantage la personnalité des musiciens qui vous intéresse ou le type d'instruments qu'ils jouent ?
RM : La flûte bansuri étant en bambou, les instruments acoustiques, comme la guitare et le piano acoustiques sont préférables pour une bonne fusion. Mais, il est vrai que la personnalité d'un musicien a aussi son importance, car il pourra faire en sorte que l'instrument électronique qu'il joue sonne comme un instrument acoustique. Les instruments électroniques peuvent être intéressants, aussi, en fusion, et cela ne me déplaît pas. Mais je donne quand même la préférence aux instruments acoustiques.
Aves-vous envisagé de jouer avec Hariprasad CHAURASIA un jour ?
RM : S'il le désire, pourquoi pas. Mais il joue depuis plus longtemps déjà et a un style différent du mien. Hariprasad CHAURASIA joue avec six trous et moi avec sept. Mais jouer avec quelqu'un qui a une telle expérience de la flûte bansuri est vraiment intéressant et permet d'apprendre. L'expérience pourrait sûrement être passionnante et s'il me la proposait, je serais très heureux.
Vu l'heure du concert (12h30) aujourd'hui, vous n'avez pu jouer votre raga favori, Rag Parmeshwari . Quel est le meilleur moment de la journée pour jouer ce raga ?
RM : J'ai joué des ragas qui correspondaient mieux à l'heure où je jouais. Mais Parmeshwari m'est très cher. C'est un raga composé par mon guru, Pandit Ravi SHANKAR. C'est un raga du matin, ou plutôt de l'aurore. Il signifie : coeur pur. Aujourd'hui, je ne pouvais pas jouer ce raga, il fallait, vu la chaleur qui régnait au moment du concert, en plein midi, un raga très puissant, chaud.
Vous avez joué en Angleterre. Quels sont vos autres projets et avec quels musiciens ?
RM : J'ai joué hier pour le Womad à Londres. J'ai eu droit à un invité de marque, Trilok GURTU : il est, pour moi, comme un frère et c'est un excellent percussionniste. Il joue tellement d'instruments et, il a une telle connaissance... Sa mère, Mme Shova GURTU, était une excellente chanteuse qui l'a imprégné, lui et son style, de chants indiens traditionnels. C'est ainsi que la tradition se fait...Trilok GURTU, de ce fait, n'est pas simplement un joueur de tabla, mais aussi un compositeur, avec beaucoup de sens de l'esthétique. Hier, avec lui, c'était un très bon moment. Aujourd'hui, j'ai eu à mes côtés Antonio, un excellent guitariste.
Ce concert était le dernier d'une série. Je retourne en Inde demain. Cela fait deux mois que nous tournons. J'ai joué pratiquement partout en Europe et aux États-Unis.
Et en France ?
RM : Mon meilleur souvenir, c'était il y a cinq ans au Théâtre de la Ville. Je n'oublierai jamais tout l'amour, toute la reconnaissance que j'ai pu recevoir lors de ce concert. Un grand moment...
--------------
* Le Club
Grand chapiteau prévu pour les chants plus intimes (PAPA NOËL & Orbe ORTIZ, Suda RAGUNATHAN (Inde du Sud), Flamenco & Didgeridoo (Australie et Espagne), Mafalda ARNAUTH (Portugal).
Toute la nuit y était consacrée aux musiques des routes de la soie avec bardes Ouzbeks, du Qaralqapak, des chanteurs et musiciens Kirghizes, etc.
Les routes de la soie - Musiques d'Asie centrale
L'ensemble des concerts des routes de la soie était conçu et organisé par le Fonds AKTC, Aga Khan Trust for Culture. Ce fonds a été créé en l'an 2000 pour gérer un programme des musiques d'Asie centrale et des Routes de la soie, rendu possible par des donations considérables. La responsabilité artistique et la coordination des programmes de diffusion ont été confiées, en partie, à Jean DURING (CNRS), ethnomusicologue spécialisé dans ces traditions.
Lors de chaque passage des musiciens au Café oriental et à l'Abbatiale, nous avons eu le plaisir d'écouter Jean During nous expliquer, avec force détails, instruments et traditions de ces pays. Le programme (texte J. DURING) d'Asie centrale, tel qu'il nous l'a présenté, révéla plusieurs grandes traditions :
- Les traditions classiques avec les Maîtres du Maqam : 8 musiciens et chanteurs :
. Ouzbékistan : Jurabeg NABIEV (chant) et ses deux fils (ghijak et tanbur), HAMIDOV (dotar), S. FOZILOV, percussion dayra. Jurabeg NABIEV est considéré par les connaisseurs comme le meilleur et le plus complet des chanteurs actuels. Il s'accompagne au luth rabab, mais préfère chanter avec ses deux fils et son ami HAMIDOV, le fameux dotariste.
. Tadjikistan : Mastona ERGASHOVA (chant) et les musiciens du groupe NABIEV. Mastona est la plus fameuse chanteuse tadjike de sa génération. Elle chante le Shash Maqâm classique aussi bien en persan qu'en ouzbek. Elle s'accompagne du luth rabâb et à la percussion dâyre.
. Ouïgours : Sanawar TURSUN (chant et dotar), Tughluk ROZI (tanbur, chant, satar). Les Ouïgours sont un grand peuple oriental dont la large majorité se trouve au Turkestan chinois. Mais ils perpétuent leurs traditions et musique libres des contraintes imposées par la politique culturelle chinoise.
. Azerbaïdjan : Aydin ALIEV. Avec Aydin ALIEV, l'accordéon azerbaïdjanais (garmon) s'élève au niveau d'un grand instrument traditionnel, capable d'exprimer toutes les nuances du chant, du luth ou de la viole.
- Les traditions des bardes et des nomades - 12 musiciens et chanteurs
Musique des nomades Kazakhs, Kirghizes et Qaraqalpaks qui partagent des coutumes et une culture musicale ayant préservé des traits typiquement turciques. On retrouve encore chez ces peuples, ainsi que chez les Ouzbeks et Tadjiks, les chamanes avec leurs chants d'invocation accompagnés au tambour sur cadre. La musique des bardes demande une haute compétence professionnelle. Elle s'appuie sur une transmission orale, mais a aussi ses compositeurs.
Azerbaïdjan / Iran : Ashik Hasan ESKANDARI (chant) ; Mashallah ALIAKBAR (clarinette balaban et tambourin gaval), S.FOZILOV (percussion daf).
Azerbaïdjan : Adalat NASIBOV (saz) est considéré comme l'un des meilleurs joueurs de saz.
Qaralqapak : Zulfia ARZUMBETOVA (chant et dotar) ; Salomatdin KAIPNAZAROV (ghijak). L'art des bardes qaralqapaks est largement ouvert aux femmes, car le style est doux et poétique.
Kazakhstan : Gaziza UZAKBAEVA (dombra), Sholpan BEIMBETOVA (chant et dombra).
- Musique instrumentale des Nomades et des Bardes :
Le solo instrumental est une tradition chez les bardes professionnels, avec de nombreuses compositions pour solo instrumental, joués le plus souvent au luth.
Ouzbékistan : Abdurahim HAMIDOV, le premier joueur de dotâr d'Asie Centrale.
Kirghizstan : Ruslan JUMABAEV : le plus brillant joueur de komuz actuel. Et Kenjekul KUBATOVA (chant et komuz), la meilleure voix féminine du Kirghizstan. Style puissant, juste, plein de finesse de timbre.
Tadjikistan : Umar TIMUIOV (chant et ghijak), S. FOZILOV. Umar TTIMUROV a réussi à créer un style propre.
Badakhshan : Mosavar MINZKOV (ghijak et chant), S. FOZILOV (daf). Mosavvar MINZKOV est l'un des artistes les plus renommés du Badakhshan.
Le lendemain, nous avons découvert Naseer SHAMMA , joueur de oud , qui nous offrira une musique de toute beauté.
---------------------------
NASEER SHAMMA (Iraq) : Né en 1963 dans le sud de l'Iraq, il suit des études de oud au conservatoire de musique de Bagdad. Il connaît bien les anciens ouvrages et maîtres mais reste ancré dans la période contemporaine. Il se sent très concerné par les événements de son pays. Après la guerre du Golfe, il développe une méthode de oud pour ceux qui avaient perdu une main. Il est aujourd'hui l'un des plus grands joueurs de oud au monde et se trouve à la tête du Arab Oud House au Caire. Il joue aussi bien les taqsims anciens que des compositions contemporaines où il traduit avec le oud les bombardiers B-52.
Après ce concert que vous venez de donner, plusieurs spécificités nous sont apparues, tant au niveau du répertoire qu'à celui du style, celui de l'école iraquienne...
NS : Je poursuis l'oeuvre de l'école iraquienne. Mais ce que j'ai acquis auprès de mes professeurs, j'ai essayé de le transformer au niveau de l'image, de la conception bien que restant toujours dans le sens classique. Cela demande un grand travail au niveau technique, une recherche au niveau des sons. Toute la musique que je joue est de ma composition. Les thèmes sont en rapport avec l'humain.
Au cours des recherches musicologiques que j'ai menées pendant plusieurs années, j'ai retrouvé un oud à huit cordes, qui existait déjà il y a mille ans. Il avait été créé par un philosophe du nom de Al FARABI. Je n'en joue pas régulièrement. Quelquefois je m'en sers lorsque je joue à l'Opéra du Caire. Parfois aussi, je joue sur un oud à 7 cordes. Ce soir, j'ai utilisé un oud à six cordes. Ce type de oud a été créé il y a 170 ans. C'est le type de oud utilisé dans l'école de musique de Bagdad. En fait d'école, il n'y a pas à vrai dire une école iraquienne, mais plutôt une école de Bagdad. Chaque oud, à 8, 7 ou 6 cordes, porte un nom différent, parfois de maîtres de l'époque ancienne : Al FARABIi (8), Al KINDI (7), ZYRIAB (6).
Comment êtes-vous arrivé à jouer du oud?
NS : Depuis tout petit, je rêvais, je parlais de musique. J'ai vraiment eu un choc pour le oud à 11 ans, lorsque mon professeur de musique est entré dans la classe avec cet instrument, que j'ai pris dans mes bras. J'étais bouleversé. Actuellement à l'Opéra du Caire, j'ai 30 élèves. Je ne leur enseigne pas uniquement la musique ou la technique mais surtout et avant tout je leur apprends à rêver musicalement. Ma démarche musicale - qui s'apparente au soufisme - consiste à créer un lien avec Dieu, de me rapprocher de lui par ma musique. Ceci apparaît surtout dans le deuxième CD, Ishraq («qui s'éclaire»), que je viens de créer.
Votre démarche est-elle soufie ?
NS : On ne peut pas dire que je sois soufi. Quand je crée ma musique, il y a toute une approche, une démarche qui s'y apparente, mais je ne sais pas si je suis pour autant soufi. On ne sait pas à quel moment on devient soufi. Parfois cela vient et parfois jamais. Même un lecteur de livres soufis : il lui faut parfois dix ans, voire plus, pour comprendre ce qu'est le soufisme. Un musicien peut, s'il est honnête avec sa musique, le comprendre de l'intérieur, pendant un moment très court.
Vous entreprenez également un travail social considérable...
NS : J'ai toujours essayé de faire un travail dans ce sens et je continue aujourd'hui. Au cours des années 80, pendant la première Intifada j'ai essayé d'aider les enfants palestiniens. De même après la Guerre du Golfe, j'ai entrepris pas mal de choses pour les enfants, en récoltant, entre autres, des médicaments, en donnant des concerts, etc. Je viens de participer à un grand concert en rapport avec les événements du 11 septembre à New York. J'ai créé la musique pour ce concert qui s'est joué en Italie (festival de Ravenne) mais aussi au Caire avec un orchestre byzantin, égyptien, et italien. Dans cette musique j'ai voulu exprimer mon aversion contre la violence quelle qu'elle soit.
Jouez-vous toujours en solo ?
NS : Oui, généralement. Mais il y a trois ans, j'ai créé un groupe avec huit musiciens égyptiens, considéré actuellement comme l'un des groupes les plus importants en Egypte. Parmi les instruments utilisés : oud, qanoun, ney, deux violons, une contrebasse, un violoncelle, un riqq.
Un disque est-il prévu ?
NS : Ce sera pour très bientôt.
---------------------------
* Le chapiteau de danse
Il s'agissait d'un parquet bâché de jauge importante, sans tribunes ou sièges, prévu pour la Fête avec une programmation très riche et variée.
TINARIWEN (Mali) : Nous avons rencontré ces Touaregs du Mali après un excellent accueil du public. La situation des Touaregs, suite aux problèmes rencontrés au Mali, n'a pas toujours été facile et beaucoup ont trouvé refuge en Lybie. Ces dans ces campements que se sont rencontrés les musiciens de Tinariwen pour jouer ensemble de la guitare. Ils ont créé un style qu'ils appellent Tishoumaren ce qui veut dire le «style des chomeurs». Actuellement, le calme est revenu au Mali et plusieurs reviennent au pays. A Bamako, la capitale du Mali, TINARIWEN est l'un des groupe touaregs les plus populaires.
Rencontre avec Abdel Abghal HOSSEINI, musicien du groupe TINARIWEN :
Je viens d'assister à votre concert où j'ai été très impressionnée par le mélange musique traditionnelle et un rythme et des instruments électroniques davantage orientés vers le blues, le rock... Comment définissez-vous la musique de TINARIWEN ?
AAH : Si vous étiquetez notre musique de jazz ou de blues, c'est un hasard, car dans notre musique traditionnelle il y a aussi des ressemblances avec ces musiques, mais elles sont toutes naturelles, spontanées. La musique touareg est fondamentalement une musique à consonances jazz ou bluesy...
Le groupe TAFLAWIST que j'ai rencontré avant, utilise surtout une musique acoustique, qui me semble plus proche de la tradition Touareg ?
AAH : Que ce soit acoustique ou électrique, cela ne change rien à la tradition. Moi, par exemple, je suis un Touareg et je joue de la guitare électrique, mais ça ne va rien changer à ma tradition ; ma tradition c'est mes coutumes, la langue que je parle..
Et vos textes, les chants, sont-ils tous de tradition touareg ?
AAH : Oui, ce sont tous des chants traditionnels touaregs du Mali.
Par rapport à la situation difficile des Touaregs au Mali, où vous avez été rejetés du pays, est-ce que la musique que vous faites peut contribuer à améliorer un peu la condition des Touaregs au Mali ?
AAH : Notre musique est un moyen pour sensibiliser toute la communauté touareg, par rapport au quotidien ou à la vie en général. On a créé cette musique comme un message pour le Touareg, dans sa vie nomade, où qu'il soit, en Algérie, au Niger ou ailleurs.
Depuis combien d'années jouez-vous cette musique et cela a-t-il déjà eu des répercussions sur la situation des Touaregs ?
AAH : Cela fait vingt ans que nous jouons cette musique. Notre chef, Brahim, fut le premier à jouer de la guitare et à inventer ensuite cette musique avec des amis ; à l'époque ils étaient dans le sud de l'Algérie. Le groupe a été créé en 1983, en Lybie, où les Touaregs du Mali sont réfugiés. Aujourd'hui, il y a pas mal de gens qui utilisent cette technique, cette musique, elle est devenue la musique des jeunes qui, dans la culture Touareg, n'en avait pas. Maintenant, ils ont leur musique à eux, avec des chansons d'amour, sur la nature, etc. . Sinon, dans la culture Touareg, il n'y a pas de musique pour les jeunes.
Vous êtes en tournée actuellement ?
AAH : Cela fait 3 mois que nous sommes en tournée en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Suède, Pays-Bas... En France, c'est notre point de chute, où nous revenons pratiquement chaque année. Nous sommes basés à Angers. Mais nous avons déjà joué dans plusieurs régions de France.
Serez-vous au Festival du Désert à Tombouctou en janvier 2003 ?
AAH : Le festival du Désert, cela fait 4 ans qu'il existe. Il sert à rassembler les nomades du désert. Il se greffe à des grandes fêtes traditionnelles Takoubelt à Kidal et Témakannit à Tombouctou. Il y a différentes formes de chants et danses touaregs, de la poésie, des courses de chameaux, des jeux, etc. Le lieu du festival se situe à Essakane au coeur du désert, sur une ancienne oasis à 65 km au nord ouest de Tombouctou. Outre les concerts, nous participons aussi à l'organisation du festival
---------------------
SABAH HABAS MUSTAPHA & THE JUGALA ALL STARS (Indonésie) : Le chanteur et guitariste Sabah Habas MUSTAPHA a formé, il y a quelques années, un groupe avec les JUGULA ALL STARS de Bandung, au Java occidental, dont la particularité est de mélanger les instruments traditionnels javanais, comme le tambour khendan, la cithare kacapi, l'angklung, la flûte suling, la voix traditionnelle du chant de Sounda et une guitare électrique.
Le nom Sabah Habas MUSTAPHA n'est pas votre nom d'orgine ?
Sabat Habas MUSTAPHA : Non, c'est un nom qui m'avait été donné au sein d'un groupe qu'on appelait les 3 MUSTAPHAS. Nous avions d'ailleurs un certain succès dans les années 80. Nous voulions, à l'époque, que nos noms soient très communs, banals, qu'on rencontre partout. Mais c'est là une histoire ancienne...
Qu'en est-il de l'époque actuelle ? Comment avez-vous connu Bandung, cette musique ?
SHM : Je suis allé pour la première fois en Indonésie, il y a quinze ans. J'y ai entendu une musique particulière, celle de Bandung, et j'ai voulu mieux la connaître. J'ai fait des recherches pendant plusieurs années et je me suis rendu compte que la musique de l'ouest de Java, région qu'on appelle Sounda, possédait une qualité particulière avec une histoire très ancienne. J'ai été totalement subjugué par cette musique et j'ai commencé à enregistrer mes propres chansons avec des musiciens de Djakarta. L'une de mes chansons, que j'avais enregistrée sous le nom de Sabah MUSTAPHA, a même connu un sérieux succès là-bas. J'ai voulu aller plus loin, et j'ai enregistré un second disque, en 1997, à Bandung. C'est là, dans le studio Jugala, que j'ai rencontré Ismet RUCHIMAT, qui est très connu à Bandung et qui faisait partie d'une grande formation de gamelan. Ismet est venu avec ses musiciens à lui, et c'est ainsi qu'on a commencé à former un groupe. Nous avons enregistré ensemble un premier disque, dont nous n'étions pas entièrement satisfaits et avons enchaîné avec un second, Solali , le dernier en date, où le son soundanais est plus présent. Ismet s'est davantage impliqué en intégrant des compositions propres et une chanteuse soundanaise, Tati Ani MOGIONO, s'est jointe au groupe. Le répertoire de chansons qu'Ismet a amené est entièrement traditionnel mais il est sans cesse renouvelé. Il sert de base aussi bien pour le style traditionnel que pour la chanson pop soundanaise. Dans ce répertoire, nous avons recherché d'anciens poèmes qui se mariaient bien avec les instruments dont nous disposions. Tati ANI les a chantés et c'est ainsi que le groupe a été constitué.
Quels sont concrètement les éléments que vous avez empruntés dans la musique soundanaise et qu'on retrouve aujourd'hui dans Solali ?
Ismet RUCHIMAT : En fait, la musique de Sounda n'est pas très éloignée de la musique occidentale et quand Sabah MUSTAPHA a voulu faire de la musique dans le style de cette région, cela n'a pas posé de problème.
Depuis combien de temps jouez-vous ensemble ?
Depuis 1997, pas à plein temps, car Sabah vit en Allemagne et nous dans la région de Bandung. Sabah vient nous voir de temps en temps pour un disque et puis, à son retour, il essaie d'organiser une tournée.
Pensez-vous introduire également du gamelan dans cette musique ?
Sabah MUSTAPHA : Ismet dirige un ensemble de gamelan, SAMBA SUNDA, avec beaucoup de percussions. Ils mélangent le style gamelan de Bali et de Java et également des percussions et des groupes sud-américains. Il y a beaucoup de choses qui se passent là-bas et dont on ne parle jamais.
---------------------------------
Parmi les autres groupes qu'on a pu voir sur la scène du Chapiteau de danse :
FUN DA MENTAL in collision with THE MIGHTY ZULU NATION (UK-Pakistan-Afrique du Sud), chants zoulous et chant classique indien avec une bonne dose de beats qui forment la base de cette expérience, BROTHERHOOD OF BRASS (Macedoine et Royaume Uni, une rencontre entre les KLEZMER ALL STARS de Frank LONDON et l'ORKESTAR de Bogan MARKOVIC), AJA (poésie barbade mêlée à des percussions - jazz mélangé à la poésie caraïbe et aux rythmes de là-bas), GARMARNA (Suède, violon, vielle à roue, luth, guitare, la chanteuse Emma HÄRDELIN, un mélange entre ancien et nouveau, entre moyen-âge et rock ou hip-hop), DRUM DRUM (Papouasie - Nouvelle-Guinée - Fidji - Australie : percussions, danses sauvage, bodypainting, fusion très funky), Kandia KOUYATE (griotte féminine, la cantatrice malienne des vingt dernières années, avec Toumani Diabaté, virtuose à la kora), SKA-P (six individus de Madrid qui font du ska, du reggae, de la salsa, du hip-hop, du punk, du ranchero mexicain, un MANO NEGRA à l'espagnole).
* World groove
C'est dans ce petit chapiteau, un peu à l'écart, «pour le bruit», qu'on entend le coeur du monde battre : de l'Asian Jungle, du Maghreb Drum & Brass... avec des DJs tels que Adi LUKOVAC & ORNAMENTI, SQUADRA BOSSA, ARI et DJ AKI. Mais aussi MoMo.
Si Yvi SLAN nous a fait découvrir le Marseille multiculturel, MoMo nous présente une nouvelle image marocaine.
D'où venez-vous, d'où viennent ces 4 lettres ?
MoMo : MoMo, cela ne vient pas de Mohamed ou d'un autre nom, mais cela signifie Music of Morrocon Origin. Nous faisons de la «dar» music 'dar (en arabe signifie maison) - en anglais, cela devient house music. Nous donnons notre musique, la musique marocaine, comme nous la voyons. Ce n'est pas que nous dénigrions notre culture, simplement, c'est ainsi que nous la voyons. Nous pensons que la musique marocaine mérite plus que ce qu'on lui donne.
Mais la musique marocaine bénéficie déjà, il me semble, d'une bonne reconnaissance. Prenons par exemple le groupe qui passe en ce moment sur scène, Najat AÂTABOU, c'est vraiment de l'excellente musique ?...
MoMo : Je suis désolé - c'est, ce que j'appelle de la jolie musique. La musique marocaine n'a pas eu le respect qu'elle mérite, on s'en sert comme d'une référence, comme d'une «épice». Pas pour elle-même. Nous, ce qu'on cherche avec les nouveaux moyens qu'on utilise, c'est de restituer l'âme même de la musique marocaine. La même chose s'est passée avec la musique asiatique : depuis qu'il y a l'Asian Underground elle est bien plus respectée.
Pourquoi vivez-vous en Angleterre si vous voulez défendre votre culture marocaine ?
MoMo : Il est plus facile de faire ce qu'on fait et de faire connaître notre musique, la musique marocaine, à partir d'Europe. Si nous jouons notre musique ici, ils voient tout de suite ce dont il s'agit.
Et au Maroc, on vous connaît ?
MoMo : Les grandes villes nous connaissent, mais ils connaissent plus Nasser GHIWANE.
Avez-vous donné des concerts au Maroc ? Ont-ils été appréciés ?
MoMo : Ils ont adoré. Ça vient de ce qu'on a samplé pas mal de morceaux marocains que les gens reconnaissent. Et puis, ils se mettent à danser.
Le plus dur quand on fait notre musique, c'est, après 3 jours d'ordinateur, d'intégrer les morceaux marocains dans la musique. On prend des samples de clubs, on s'en inspire, mais nous, on mixe des morceaux marocains. Tout le monde reconnaît immédiatement un morceau MoMo. Les gens au Maroc aiment le hip hop et aiment danser sur cette musique. Ils se sentent aussi très proches des Afro-américains.
Moi, ce que j'aimerais c'est que les Marocains puissent, comme nous, qui avons la chance d'être ici, danser, et que nous, on les fasse danser.
Le hip hop au Maroc permet de convier des messages au niveau politique ou social. Nass el GHIWANE et Jil JIJALA ont tous du rap, du MC ou (mike controller) dans leur musique.
Comment se marient les instruments traditionnels que vous utilisez sur scène et la musique que vous produisez ?
MoMo : C'est une indication pour le peuple marocain. On montre aux gens ce qu'on peut faire aussi avec des instruments traditionnels. Si j'avais de l'argent, je créerais une boutique avec ces instruments car, après notre concert, tout le monde veut les acheter. On ne doit pas sampler avec ces instruments. On veut être exact et ces instruments-là le permettent.
---------------------------
ET ENTRE CHAPITEAUX ET SCENE CENTRALE
Des parades hautes en couleurs et en sonorités, le MARACATU LEÂO COROADO du Pernambouc (Brésil) défilaient plusieurs fois par jour en veillant à attirer plus d'un par ses percussions et chants...
Les TTUKUNAK, ces merveilleuses petites Basquaises, deux soeurs jumelles, extrayaient des sons les plus profonds de la txalaparta, un ancien instrument de percussion composé de planches. Elles jouent en vis-à-vis en tenant en main un solide bâton avec lequel elles battent le bois. On a pu les voir à différents endroits de l'enceinte du festival. Et à chaque fois, après leur concert, c'est l'accolade. Une émotion passe.
Un autre groupe, venu, lui, du Bénin, JAYA (ce qui veut dire «éclate-toi» en goun) déambulait à 7 percussionistes et danseurs/danseuses entre les différentes scènes. JAYA existe depuis 6 ans et a effectué des tournées partout en Europe, entre autres, récemment, avec SANDOVAL et RIT (groupe marseillais de Reggae) à Marseille. Les rythmes du groupe n'ont d'autre ambition que de faire bouger le corps et de vider l'esprit. Jean ADAGBENON est la «star» du groupe (il était entouré de tas de curieux passionnées après chaque prestation). Autour de lui gravitent six musiciens et un danseur. Jean a accompagné DIBANGO, PAPA WEMBA, Femi A. KUTI, Salif KEITA. Mais Jean veut plutôt puiser dans ses racines et travailler avec des instruments béninois (chèkere, ganvinon, agomey ou pahulè). JAYA s'est ainsi fait connaître à Cotonou et en est à 3 albums dont l'un a reçu le Benin Golden Award. Outre cette forme déambulatoire omniprésente sur le terrain du Sfinks, JAYA a également une formation pour la scène avec des chansons aux rythmes traditionnels comme le massê gohoun, le goo-go et le guêlèdè, sans oublier la touche afro-jazz. Voilà un groupe qui peut bien «déménager» et sous n'importe quelle forme...
Pour finir, un peu de méditation mêlée de fête avec SHEVA, groupe israélien dont la musique est composé d'éléments hébreux, arabes et tribaux.
Et de découverte en découverte, d'artiste en artiste : tous les citer serait trop long, bien que la tentation soit grande.
Avant de quitter un terrain aussi fécond de talents, un dernier petit détour au marché, afin de s'imprégner, après les musiques des couleurs et parfums d'Afrique, et de vivre un peu l'ambiance d'un souk.
CONCLUSION
Ganesh, le dieu éléphant indien, le protecteur des artistes, qui évince tout obstacle, aura marqué ce festival. Chevauchant une souris pour se déplacer, c'est aussi le dieu des petites choses, des découvertes, des petits bonheurs. Le Sfinks, était donc placé sous un bon signe et a permis de découvrir plein de nouveaux artistes, d'éveiller et de satisfaire la curiosité de milliers de spectateurs. Un festival de très grande qualité, tant en ce qui concerne les artistes, que la technique de présentation. Rien n'est laissé au hasard. Tout y est dédié à la Grande World Musique où beaucoup de nations sont représentées. Une grande 'messe', tout en conservant un aspect humain et intime, comme à l'époque hippie où tout se passe dans le plus grand bonheur, le soleil en plus.
Article, interviews, traductions et photos : Marie-Paule Bonné
Téléchargez maintenant
Ethnotempos n° 11 d'octobre 2002
| Naviguer à travers les articles | |
Saïd El MEFTAHI : la voix du malhoune
|
SAINKHO NAMTCHYLAK
|
|
Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
|

Satellit Café




Flux RSS des news