BLACKWATER – The Black River Bridge (Autoproduction)
Quand on les entend jouer, on pourrait les croire irlandais. Quand on les entend chanter, on se dit qu’il sont bretons. Mais en fait, ils sont bisontins. De Besançon, quoi. Évidemment, je sens que vous allez me dire que des bardes bisontins, ça ne fait très sérieux. Et pourquoi pas des tsiganes adeptes du ukulélé pendant qu’on y est ? Grave erreur. BLACKWATER est un groupe qui déménage. On peut le dire sans craindre le jeu de mot vain, quand les bardes bisontins bombardent, ça barde !
Car en vérité, ces gars-là ont du métier. Ce sont même de redoutables serial-gigers, en français des concerteurs en série. Plus de mille concerts (oui, mille !) depuis l’an 2000, ça forme. Et surtout ça soude un groupe. Et quoi de meilleur qu’un groupe bien soudé pour vous dessouder les oreilles. Mais attention, pas n’importe comment. Avec art et talent. Car nos bardes bisontins sont de véritables virtuoses chacun dans leur domaine, Gaël RUTKOWSKI à l’uillean pipes et aux flûtes, Didier GRIS au bouzouki et au violon, Gilles SOMMET à la basse, à la contrebasse et au bouzouki, Sébastien LAGRANGE à l’accordéon, Jo MACERA à la guitare et au chant et David ROUGEOT à la batterie et au cajon.
Bon, bien sûr, en intitulant leur premier album J’ai enterré ma femme et j’ai dansé sur sa tombe, on ne faisait pas dans la grande élégance. Quoique. Car I burried my wife and danced on her grave est en fait une jig tout ce qu’il y a de plus traditionnel dans le genre. Eh oui, ces gars-là ont toujours mélangé le traditionnel de très bon aloi à des compositions plus nettement plus personnelles voire carrément osées, comme James Bond ou Metalkid, toujours sur ce premier album.
Évidemment, ça énerve les uns, ceux qui préfèrent la tradition et rejettent les évolutions, et ça irrite les autres, ceux qui prônent la révolution parce qu’ils en ont assez du carcan de la tradition. Difficile de toujours bien naviguer entre ces deux eaux. Cependant, au fil des ans, des albums et des prestations scéniques, les gars de BLACKWATER sont devenus des marins experts à éviter tant Charybe que Scylla. En fait, ils se sont forgé un style original bien trempé et se sont fait en même temps tout à fait respecté pour leur connaissance exhaustive des airs traditionnels. C'est-à-dire un style entre Metalkid is back et My love is in America, en citant des titres de leur troisième album.
Et alors ce quatrième album, The Black River Bridge, comment est-il ? En général sublimement corsé avec de belles accalmies quand il s’agit de chansons. J’aime particulièrement Les derniers éléphants. Et une chanson comme celle-ci montre bien que BLACKWATER n’est pas qu’un groupe qui joue de la musique irlandaise déclinée de toutes les manières possibles. Ce groupe sait faire aussi d’excellentes chansons avec d’excellentes paroles, en français. Ce qui classe encore un peu plus à part nos bardes bisontins.
Mais je crois que c’est le plaisir de BLACKWATER de jouer avec les limites de son style et ne n’être jamais là où on l’attend. Ça fait déjà neuf ans qu’ils devenus des as dans ce sport-là. Je crois également qu’ils continueront encore longtemps comme ça. Pour notre plus grand plaisir !
Sites : www.lesonotone.com/blackwater
www.myspace.com/blackwateririshconnection
Frédéric Gerchambeau