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ARTICLES et PHOTOS > CHRONIQUES > BOYA – Ispaïtché

BOYA – Ispaïtché

Publié par ethnotempos sur 19/12/2009 (620 lectures)

BOYA – Ispaïtché (L'Assoce Pikante / L'Autre Distribution)

Remarqué en 2005 avec son premier album, Devoïko, qui donnait à écouter un répertoire bulgare et balkanique dans des arrangements inédits, le trio strasbourgeois BOYA passe un nouveau cap avec son second opus, Ispaïtché. Comme son prédécesseur, cet album est le fruit d'une approche subtilement pensée dans ses moindres recoins, ne laissant rien au hasard. Le groupe a pris le temps d'en enrichir le contenu et d'en fignoler les contours, avec encore et toujours ce souci de parvenir à un équilibre parfait entre l'héritage et le son bulgares, incarnés par le jeu pétillant et inventif de la gadulka de Dimitar GOUGOV, l'apport mélodique et rythmique de la musique classique occidentale avec le piano à la fois rigoureux et aventureux de Nathalie TAVERNIER et les diverses couleurs percussives, ouvrant sur le large, d'Etienne GRUEL.

Mais cette fois, BOYA a renforcé son choix d'une musique évolutive en faisant appel à plusieurs contributions extérieures, toutes ayant en commun le goût de la pluridisciplinarité artistique et le déminage des frontières stylistiques.

Que ce soit la vielle à roue électroacoustique de Gilles CHABENAT, dont les suaves grincements semblent réfléchir, prolonger et dévier les vertus sonores de la gadulka ; la guitare électrique aux audaces finement réparties de Jean-Christophe KAUFMANN ou les polyphonies vocales de l'Ensemble PLURIELLES, qui ressuscitent tout en les transcendant l'effet « voix bulgares », tous ces invités ponctuels se sont pliés de bonne grâce à la vision musicale de BOYA et en ont renforcé les couleurs en leur ajoutant des reliefs aussi séduisants qu'escarpés qui n'apparaissent pas du tout forcés ni superfétatoires. C'est comme si BOYA avait dû toujours sonner de la sorte.

La « bulgaricité » professée par le groupe affirme sa couleur contemporaine faite d'arrangements sophistiqués et de contrastes colorés qui revivifient les teintes émotionnelles, jubilatoires ou attristées, des chansons et danses traditionnelles de cette partie du Grand Est européen. La martialité rythmique professée dans Vidinsko horo ou dans Sediankata'i na razvala a un effet indéniablement grisant et revitalisant, tandis qu'à l'opposé Dor doritule impose un climat funèbre bouleversant et que le morceau éponyme à l'album dessine une procession empreinte de fragilité. Ailleurs, le trio et ses invités ne manquent pas d'explorer des ambiances interlopes lors d'une improvisation funambulesque (Da znaech maïtcho), ou de miser sur l'envolée lyrique éblouissante avec Dedo odi na pazar. En prime, on a même droit à une piste vidéo présentant un film d'animation réalisé par Renaud PERRIN.

Chaque pièce de l'album contient son lot de trouvailles, au point qu'on peut toutes les qualifier, comme Béla BARTOK l'avait dit des mélodies populaires est-européennes, de « chefs-d'œuvre en miniature ». Ispaïtché est indéniablement pour BOYA le gage d'un nouvel épanouissement artistique qui le place bien au-delà des poncifs « actuels » dans le secteur des musiques balkaniques.

Site : www.boya.be

Stéphane Fougère

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@ Association Rythmes Croisés. Il est interdit de reproduire cet article sans autorisation.

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