Joanne SHENANDOAH – Covenant (Silverwave Records)
La chanteuse Iroquoise-Oneida Joanne SHENANDOAH nous avait habitués à une alternance d’albums de chants traditionnels et d’albums folk, et c’est avec une grande surprise que l’on découvre Covenant, son premier album électro, qui contient uniquement des compositions originales.
Covenant est un mot qui représente une sorte de «code de conduite» entre les hommes et la nature, pour les Haudenosaunee, nation amérindienne plus connue sous le nom de «Ligue des Iroquois» ou «confédération des six nations» liées entre elles par une constitution, qui regroupe les Mohawks, les Onondagas, les Senecas, les Cayugas, les Oneidas et les Tuscaroras.
Giving Thanks ouvre l’album avec une prière lue par le chef Mohawk Jake SWAMP, honorant la Terre, la nature, les plantes, les animaux, et en général tout être vivant ou à naître sur Terre, et bien entendu le Créateur. Il est d’abord accompagné par une flûte, des nappes de claviers, des programmations, quelques percussions, puis la voix en arrière-plan de la chanteuse.
Claviers et programmations continuent à dominer l’ambiance de ce disque sur l’ensemble des morceaux, avec des rythmes plus portés vers la techno. Cependant, ce n’est pas à un album forcément dansant qu’on a affaire, mais plutôt à une succession d’ambiances évoquant la transe, alternant programmations au rythme des battements du cœur, quelques éléments «dance» plus évidents, nappes de claviers, chant hypnotique. On note la présence de Michael KOTT, le fabuleux violoncelliste de Robert MIRABAL, qui effectue de superbes solos et accompagne divinement l’ensemble. A part quelques incursions de flûte et des percussions, le violoncelle est le seul instrument acoustique présent tout au long l’album au milieu des claviers ; il apporte beaucoup à l’album et est plutôt bien mis en valeur. Le concept est intéressant, vivant et chaleureux, et surtout romp avec les habituels claviers new-ageux et fades qu’on peut trouver partout (personnellement, ça m’énerve ces enregistrements new-age soit-disant relaxants fabriqués par des machines sans âme).
Joanne SHENANDOAH mêle chant traditionnel dans sa langue et textes en anglais (sa façon de chanter rappelle d’ailleurs un peu ENYA, avec toutefois plus de profondeur et de sentiments), et chaque morceau représente un sujet sur les Haudenosaunee, qui donne au livret l’occasion de rappeler l’histoire et les traditions de ce peuple. Sa sœur Leah SHENANDOAH et Nick RAINERI l’accompagnent discrètement aux chœurs.
L’ensemble est plutôt réussi et apporte de nouvelles perspectives à l’évolution des musiques amérindiennes, dominées actuellement par la production de pow-wows, de new-age, et de quelques albums de flûte solo. Il existe bien entendu de nombreux projets intéressants de créations autour des musiques traditionnelles amérindiennes et de «métissages» avec le jazz, la musique classique, le blues, le rock, les autres musiques traditionnelles, qui restent malheureusement très confidentiels en Europe (R. Carlos NAKAI, Robert TREE CODY, Kevin LOCKE, Robert MIRABAL, Mary YOUNGBLOOD, Xavier QUIJAS YXAYOTL, John TRUDELL, etc.). Peu de musiciens amérindiens connus se sont tournés pour l’instant vers l’électro, et il n’y a aucun doute que l’album Covenant de Joanne SHENANDOAH ouvre la voie vers de nouveaux projets.
Sylvie Hamon