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ARTICLES et PHOTOS > CHRONIQUES > Yann DOUR & Tenzin GÖNPO – Toenn Ar Bed - Bretagne Tibet

Yann DOUR & Tenzin GÖNPO – Toenn Ar Bed - Bretagne Tibet

Publié par ethnotempos le 21-Feb-2010 14:10 (2196 lectures)

BRETAGNE TIBET (Yann DOUR & Tenzin GÖNPO) – Toenn Ar Bed (Coop Breizh)

Faire se rencontrer les traditions musicales de la Bretagne et du Tibet n’est pas à priori le genre de mélange ethnique susceptible de créer un engouement commercial tonitruant, à moins de l’envisager sous un angle grand-guignolesque, comme faire danser la gavotte à des moines tibétains pendant qu’ils «gutturalisent» ou faire rivaliser en décibels le biniou et la bombarde avec les trompes et les cymbales tibétaines sur fond de beats tech-noz. Rien de tout cela ici, désolé, c’est à un niveau beaucoup plus humain que le propos se tient, plus «folk» donc.

Commençons par préciser que le Tibet dont il est question dans cette création (produite par l’Office culturel de Ploërmel) est le Tibet séculier, non celui des monastères. On ne trouvera guère ici d’éléments relatifs à la musique rituelle tibétaine, mais bien davantage à la musique folklorique tibétaine, nettement moins connue. Fort heureusement, le sol français a le privilège d’héberger un illustre représentant de ce folklore «profane» en la personne de Tenzin GÖNPO, ancien membre du réputé Tibetan Institute of Performing Arts et véritable homme-orchestre à lui seul puisque, outre qu’il possède un timbre de voix très enraciné, il joue de plusieurs instruments traditionnels tibétains : le luth dranyen, la flûte lingbu, la viole piwang et... la guitare acoustique !

Le spectacle Toenn Ar Bed («accroché au ciel», en référence au Tibet, par opposition à «Penn ar Bed» – «adossé à la mer», qui symbolise plus la position bretonne) bénéficient d’arrangements dûs principalement au compositeur Yann DOUR, qui a contribué à relancer l’intérêt pour l’accordéon diatonique en Bretagne. Prenant appui sur les affinités que présentent les deux traditions (le format chanson, les thèmes à danser, les motifs répétitifs, les modes pentatoniques, les timbres des instruments...), le répertoire du spectacle est surtout constitué de chansons bretonnes contemporaines écrites par Yann DOUR. Plusieurs sont inspirées par des thèmes bouddhistes comme la réincarnation, l’illusion du monde, l’éveil... et même le yéti ! Tenzin GÖNPO a de son côté choisi quelques chants traditionnels tibétains, sans oublier une de ses plus belles compositions qui évoque le douloureux sujet du Tibet d’aujourd’hui, Dhrago-Kaling.

En dehors de l’accordéon diatonique et du violon, on ne trouvera guère d’autres instruments typiquement bretons ; l’instrumentation choisie pour accompagner les deux artistes se veut plus ouverte, voire discrètement moderne (contrebasse, guitare, percussions, claviers), mais la tonalité d’ensemble est majoritairement acoustique. Yann DOUR a bien sûr rameuté sa chorale féminine des DIAOULEZED, particulièrement bienvenue ici du fait que pareille chorale trouve aussi son écho dans le folklore tibétain.

Néanmoins, il n’est pas question dans Toenn Ar Bed de mélanger à outrance les musiques bretonnes et tibétaines. La rencontre se borne à trouver les adaptations et les combinaisons instrumentales possibles sur tel ou tel thème, qu’il soit bretonnant ou tibétain. Soit l’accordéon rejoint le luth sur un morceau tibétain, soit la viole tibétaine s’invite sur telle mélodie bretonne, soit encore la flûte lingbu s’exprime en solo sur un rythme breton... Il est surtout question de soulignement, de variations, d’entente modale... Les chants et les langues, par contre, ne se télescopent pas, sauf sur Shargyatso Kelsang-La, où des paroles en français s'incruste dans le texte en tibétain, ou sur Gangtö-Thönpo, où la chorale bretonne fait écho aux refrains de Tenzin. Il n’y a de même qu’un seul exemple de «fusion» entre les deux répertoires : une ridée bretonne dans laquelle vient s’immiscer astucieusement un kab-ché tibétain (plage 2). Mais pas d’union forcée à l'horizon...

La rencontre adopte plus volontiers le ton de l’hommage réciproque à l’une et l’autre culture, suggère des croisements à l’horizon sans imposer de synthèse systématique. Ce que les deux cultures partagent le plus, c’est le langage du respect mutuel, de l’entraide. Car si, chez les Bretons, la sauvegarde de l’identité a gagné des points, le chemin de la reconnaissance reste encore fastidieux pour les Tibétains.

Stéphane Fougère



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