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ARTICLES et PHOTOS > CHRONIQUES > NOUN YA – Aux résistances

NOUN YA – Aux résistances

Publié par ethnotempos le 19-Dec-2010 11:00 (2226 lectures)

NOUN YA – Aux résistances
(Autoproduction)

NOUN YA, c'est d'abord l'histoire d'une rencontre de deux sons, de deux couleurs : la flûte traversière de Naïssam JALLAL et le oud et la guitare de Yann PITTARD ; le bleu de la Grande Mosquée de Damas et l'orange des tempêtes du Morbihan. Elle bouge comme le vent, il peut contempler des heures durant. Elle est la mélodie, il est l'assise musicale. Au moins, les rôles sont clairement définis et remarquablement complémentaires.

NOUN YA s'est nourri de leurs expériences et parcours respectifs. Née à Paris, Naissam JALAL, après avoir fait ses classes au conservatoire et l'école buissonnière avec TARACE BOULBA, est partie à la recherche de ses origines syriennes. A Damas, elle étudie le nay (flûte oblique en roseau). Au Caire, elle étudie auprès du maître violoniste égyptien Abdu DAGHER, joue avec Fathi SALAMA et enregistre deux albums avec EL DOR EL AWAL. D'autres voyages et expériences musicales suivront... Yann PITTARD est quant à lui Breton, a commencé par jouer de la guitare, a découvert l'improvisation à Uzeste avec bien sûr André MINVIELLE et Marc PERRONE, le jazz à Paris puis a fait le grand saut jusqu'en Inde, où il s'est familiarisé avec la musique bengalie et l'instrument fétiche du genre, le luth dotara, auprès de Nimai Chan BAUL. Plus tard, il se retrouvera à jouer pour Paban DAS BAUL, parmi d'autres. Cet esprit résolument nomade est lui aussi passé par la case du Caire pour apprendre le oud et la musique classique égyptienne auprès d'Abdu DAGHER (encore lui) et Hazem CHAHINE.

Tout cela pour dire qu'il ne faut pas attendre de NOUN YA, en exercice depuis 2006, qu'il joue platement de la musique arabe muséifiée. Si l'univers de NOUN YA est fatalement arabisant, ce qu'il cherche à transmettre se situe au-delà des frontières culturelles. Sources moyen-orientales, épices maghrébines, vents du désert, lyrisme classique, projections électro et liberté jazzy ont abreuvé nos deux nomades, et ils en restituent les saveurs au sein de compositions évolutives dont la géographie sonore ne correspond pas nécessairement à celle des atlas ou des mappemondes. Car les « résistances » du titre de l'album ne sont hélas pas le fait d'une seule région ou d'un unique peuple, elles sont légion à travers le monde et ont besoin d'être nourries d'espoirs et de convictions pour aider les êtres à s'autodéterminer. Mais c'est un fait que la dominante esthétique de NOUN YA renvoie des visions moyen-orientales. A charge pour chacun de les extrapoler...

Avec NOUN YA, il faut se méfier des faux-semblants ; et l'on aurait tort de réduire leur discours musical à un duo acoustique vents et cordes. Car les programmations sont aussi de la partie, générant des manifestations virtuelles de percussions, de mirages sonores qui donnent l'impression d'écouter un peu plus qu'un duo.

Au besoin, Naissam donne aussi de la voix. Non pour chanter, mais juste pour dire « la force de ceux qui luttent pour leur dignité et tous ces cris de rage », « le courage de celui qui préfère mourir plutôt que de vivre aliéné » ou pour exhorter à « rencontrer une nouvelle culture, d'autres gens, une façon de vivre différente »... La musique dit le reste, avec toutes les nuances que la parole ne peut exprimer.

Et sous leurs dehors intimistes et leurs facultés oniriques, la flûte et le oud de NOUN YA ne se contentent pas de « faire planer » le long de mille et une nuits fantasmagoriques. Les histoires qu'ils racontent sont autant faites de velours que de pierres, de suavités comme de tensions. Et le rêve peut furtivement se muer en cauchemar, comme c'est le cas à la fin du disque. Le réveil n'en est que plus brutal.

Cet album est un véritable film : il donne à voir autant qu'à ressentir. Et si de prime abord il nous emmène loin, c'est pour mieux nous ramener à ce qui était tout proche, et que l'on n'entendait ou ne voyait plus.

Stéphane Fougère

PS : Les autoproductions n'ont pas toujours droit à une seconde chance. Heureusement pour lui (et pour nous) cet album en a eu une. Paru à l'origine au printemps 2009, le disque inaugural du duo NOUN YA a les honneurs un an et demi plus tard d'une réédition en version trilingue puisqu'aux versions arabe et française s'ajoute désormais une version japonaise. C'est signe que l'appel du duo commence à résonner loin.

Sites : www.nounya.comwww.myspace.com/nounyamusic

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