DHOAD, GYPSIES OF RAJASTHAN – Roots Travellers (World Village / Harmonia Mundi)
Issu de la scission du groupe MUSAFIR, qui avait déjà répandu les effluves musicales des traditions du Rajasthan (Nord-Ouest de l'Inde) dans les années 1990 jusqu'au début des années 2000, DHOAD, GYPSIES OF RAJASTHAN a construit sa notoriété par la pratique intensive de concerts et tournées qui les ont menés jusqu'à présent dans une quarantaine de pays et dans plein de festivals renommés de musiques du monde. On comprend pourquoi ces artistes, provenant de communautés et de castes différentes, sont présentés comme les « ambassadeurs de la culture rajasthanaise à travers le monde » (même s'ils ne sont pas les seuls).
Chanteur et percussionniste, Rahis BHARTI est le directeur artistique de cette troupe bariolée dont les couleurs vocales et instrumentales peignent ces visions ancestrales de « princes du désert » (celui de Thar, tant qu'à faire), de guerriers conquérants rajputs, de maharadjahs au palais rutilants, de chamanes et devins (Bhopa), de chanteurs de « bhajan » (Jôgi), de marionnettistes (Bhat), de poètes de mémoire (Charan) ou de musiciens de castes comme les Langa et les Manghanyars. Rien ne manque à la panoplie instrumentale de DHOAD : au dholak et tablas de Rahis BHARTI s'ajoutent les kartels (castagnettes indiennes), l'harmonium, la guimbarde. Et si vous les croisez en concert, une danseuse sapera et un fakir cracheur de feu ajoutent à une identité visuelle déjà fort chatoyante. Bref, c'est de l'artillerie lourde, au moins autant que peuvent l'être les fanfares balkaniques ou les troupes tziganes.
Après un premier album paru chez ARC Music en 2005, DHOAD revient avec un titre qui lui va comme un gant, Roots Travellers, dans lequel il expose non seulement les aspects les plus accrocheurs de la musique traditionnelle du Rajasthan, mais aussi son statut de groupe world qui, à force de courir le monde, s'est ouvert à d'autres influences. Des titres comme Rajasthani Reggae ou Experience of Colors sont assez explicites de cette démarche qui pointe les confluences avec des univers différents mais pas si éloignés dans l'esprit. Ce n'est pas un hasard si les musiciens saltimbanques de DHOAD ont joué avec Esma REDZEPOVA, la Reine gitane de Macédoine, ou avec les ROMANO DROM de Hongrie. (Ils ont même eu l'honneur d'être invités à animer une fête d'anniversaire du « rolling stoner » Mick JAGGER.)
Sur le plan esthétique, Roots Travellers ne sacrifie pourtant pas à la fusion world. Le ton reste acoustique, mais comme dopé, gonflé par une production très occidentalisée qui privilégie la compression. Les morceaux sont resserrés, enlevés, sans introductions atmosphériques ni improvisations étirées, et les salves rythmiques et vocales sont préférées aux languissantes complaintes nostalgiques (mis à part le plus poétique Sanjay Khan). L'écoute de l'album s'apparente à une virée au champ de courses, qui termine du reste avec un Horse Chale Rhythm monté sur des chapeaux de roues, toutes guimbardes fébriles dehors. Au programme : du groove, rien que du groove. On ne sait jamais, si ça pouvait passer à la radio...
En attendant, si les couleurs de votre festival préféré vous paraissent délavées, recommandez-lui du DHOAD.
Site : www.dhoad.com
Stéphane Fougère