Dom DUFF – Roc’h (Autoproduction)
Avec Roc’h, Dom DUFF signe un nouvel album tout aussi attachant et réussi que les précédents, mais tout aussi nécessaire aussi. Car avec Dom DUFF, le breton n’est plus une langue à défendre mais une langue à chanter. Bien sûr, si on est pas breton on ne comprend rien aux paroles (heureusement traduites en français et en anglais dans le livret) mais peu importe, on comprend tout de même l’essentiel : que le breton est la vraie langue actuelle d’un peuple actuel et qu’il est donc parfaitement naturel que Dom DUFF chante en breton. On dira évidemment que la chose n’est pas neuve et qu’Alan STIVELL chante en breton depuis déjà quarante ans. Sauf qu’Alan STIVELL fut un pionnier et que désormais son combat est gagné.
La preuve en est ce Roc’h de Dom DUFF où il est question de la Bretagne et non plus du breton. A part dans une chanson, Brezhoneg 'raok (Le crépuscule du breton), une reprise justement d’Alan STIVELL dans laquelle il était pessimiste sur la survie de la langue des druides. Mais ce pessimisme n’est plus de mise avec ce Roc’h taillé dans le power folk pour célébrer la solidité du roc breton, inusable sous les vagues et chargé de légendes. Cependant, il est à noter que Roc’h, contrairement à son prédécesseur Lagan, ne cherche aucunement à mélanger les influences musicales. Lagan montrait la place de la Bretagne dans le monde et Roc’h montre cette même Bretagne en tant que monde. Cela peut apparaître comme deux visions complémentaires ou, à l’inverse, et comme je le pense, comme une évolution. Comme si Dom DUFF n’osait plus seulement chanter le breton mais surtout la Bretagne en tant que telle, en tant que merveille, en tant que terre naturelle d’un sacrément bon power folk.
Après cette évolution, il manque encore une révolution, que la France s’accepte enfin comme une terre de plusieurs langues et non plus d’une seule. Ce serait accepter sa richesse. A quand Dom DUFF chantant en breton le samedi soir à la télé dans une grande émission populaire ? Idem pour les chanteurs corses chantant en corse et ainsi de suite. Alan STIVELL était le début d’un chemin mais Dom DUFF n’en est malheureusement pas le bout. Mais il creuse admirablement son sentier à grands coups de chansons lumineuses, rêveuses ou mélancoliques. Mieux qu’à écouter, à méditer.
Site : www.domduff.com
Frédéric Gerchambeau