S'enregistrer| Se connecter
Recherche
 
 
Connexion
Identifiant :

Mot de passe :

Se souvenir de moi



Mot de passe perdu ?

Inscrivez-vous !
Menu principal
Participez
Newsletter

Partenaires
Qui est en ligne
9 Personne(s) en ligne (5 Personne(s) connectée(s) sur ARTICLES et PHOTOS)

Utilisateur(s): 0
Invité(s): 9

Plus ...
Thèmes

(4 thèmes)
Stats Compteur
Bienvenue
cher visiteur

Il y a déjà :



visiteurs qui ont visité ce site
Membres
 
 
ARTICLES et PHOTOS > ARTICLES > André MINVIELLE - Poète des rythmes, rythmicien de la rime

André MINVIELLE - Poète des rythmes, rythmicien de la rime

Publié par ethnotempos le 12-May-2011 20:20 (1154 lectures)

André MINVIELLE

Poète des rythmes,
rythmicien de la rime



Peu après la sortie de son album Tandem en duo avec l’accordéoniste Lionel SUAREZ et quelques jours avant son concert très réussi au New Morning, nous avons rencontré André MINVIELLE. Amoureux du rythme, de la rime, de la valse folle, scatteur et rappeur, il nous a parlé à cette occasion de son rapport à l’improvisation, à la langue et du fameux « tandem » qu’il forme avec Lionel SUAREZ.



D’où vient votre passion pour les langues et les sonorités des accents ?

André MINVIELLE : Elle vient du fait que j’ai passé beaucoup de temps à improviser. Dans mon cas, l’improvisation, c’est se lancer sans trop savoir où cela va mener, puis de concrétiser cette pratique par des stratagèmes sonores qui sont faits de phonèmes, de bouts de la langue française, mais aussi d’onomatopées de langues : cela donne une espèce de yaourt, comme si l’on imitait une langue, un rythme, comme si l’on fabriquait un rythme, et les langues portent des rythmes. Moi qui suis « rythmicologue », j’étudie le rhizome et le rythme dans les langues et les mots qui les portent. Et puisque je fais de la musique, mon premier travail consiste à mettre en musique le chant des langues.

Ce qui vous intéresse, ce sont les évolutions opérées sur les langues ?

AM : Ce qui m’intéresse, c’est la matière sonore première de nos émotions. Une langue est une émotion que l’on doit recevoir tout petit. Chaque langue a une musique, un rythme propre et une présence au monde. Je dis toujours que si je chante en occitan, c’est parce que je pense avoir la mémoire confuse de ma grand-mère qui m’appelle « Andreu ». C’est cette musique que je cultive, et c’est elle qui me sauve parfois la peau quand je dois improviser. Car elle me ramène à des sonorités gustatives d’une langue que j’ai perdue, parce que je ne la pratique pas couramment.

C’est presque plonger dans l’inconscient, alors ?

AM : Non, c’est plonger dans la mémoire. D’ailleurs, cette mémoire, ce n’est pas uniquement la mienne. C’est la mémoire de mon père, des gens autour de moi, d’un pays… Si je chante du Jao GILBERTO, c’est parce que je suis touché par quelque chose qui est proche de moi mais qui n’est pas « de chez moi ». Et après, je me rends compte que la langue la plus proche de l’occitan c’est le portugais ! On revient donc à ma grand-mère. C’est une langue de la sensualité, qui a un sens, au sens « émotion » du terme.

Comment considérez-vous l’improvisation ?

AM : Quand j’improvise, je suis dans un cheminement et non pas dans une maîtrise. Parce que souvent, on improvise pas tout seul, on improvise avec ce qu’on ne sait pas encore faire, et notamment quand on est poussé par les autres. Il faut rencontrer d’autres gens qui tendent à ce travail, car ce n’est pas un travail anodin d’improviser, ça veut dire quelque chose. Pour moi, l’improvisation, c’est le fait de se trouver dans un état animal où l'on fait attention au territoire sur lequel on se trouve et où l’on écoute beaucoup.

Un jour, j’ai écrit un texte sur l’improvisation : « Petit peut-on improviser sa vie en même temps que vivre de son improvisation ? ». Autrement dit, comment gagner sa vie en improvisant tout le temps ? Mais alors, je dis : Est-ce que la vie, ce n’est pas toujours une improvisation ? C’est à dire que l’on est face à des données, et des événements extérieurs changent ces données. On est obligés de combiner, de s’adapter, c’est ça la pratique de l’improvisation.

Avez-vous commencé la pratique musicale par l’improvisation ou par un travail de réappropriation ?

AM : Les deux ! Dans le café où j’ai grandi se trouvait une pendule qui diffusait de la musique. Mon père, qui voyait que j’étais très attentif à cela, m’a proposé de jouer de l’accordéon. Je préférais jouer au foot mais j’ai appris l’accordéon, puis la trompette et en même temps j’étudiais la micro-mécanique. Un jour, un type me propose de me joindre à une répétition où il se rendait. Je suis arrivé à la répétition en tant que trompettiste, mais comme je ne connaissais que les airs militaires, j’ai chanté les chœurs. Ils m’ont embauché et j’ai commencé à chanter en public à Pau. Puis je suis allé au conservatoire pour avoir une assise et pour rencontrer des gens, car lorsque l’on improvise seul dans son coin on peut rapidement commencer à errer… Ensuite, j’ai monté un orchestre pour faire danser les gens. Les valses, mon père dansant le boléro et la rumba, le jazz à la télé, tout cela m’a nourri et je me suis retrouvé à la COMPAGNIE LUBAT où je suis resté pendant 17 ans. On faisait de la musique traditionnelle mais aussi de la musique libre.

Faites-vous toujours du collectage ?

AM : Oui, je continue, avec « Suivez l’accent ». Le collectage fait partie des sources de l’inspiration du compositeur, mais d’un compositeur qui serait copain avec Jacques TATI. Moi, ce qui me passionne, c’est la musique d’une altérité dans une langue normée. C’est cela qui m’intéresse dans la langue française : souvent, elle a une musique obligatoire quand il s’agit de raconter des choses sérieuses. Mais les choses sérieuses se racontent avec d’autres accents, d’autres modes… Ça commence au cinéma, avec le film Bienvenue chez les Ch'tis. C’est normal que ce film ait fait un carton ! Pour une fois, la langue parlée n’était pas la langue « normée ». Les gens se sont rués au cinéma pour ça ! Ce film a relativisé la honte des gens. Il y a quand même une trace de honte chez les gens qui ne sont pas dans la norme. Par exemple, lorsque j’ai fait mon premier collectage dans le nord, je suis allé voir une dame à qui je voulais faire lire Le travailleur de la mer de Victor HUGO. Elle m’a dit : « Je ne vais pas savoir, je ne veux pas donner un coup de pied à la France ». Elle avait peur de ne pas prononcer comme il faut. Tout cela vient de l’éducation nationale, de la centralisation.

Qu’est-ce vous appelez la Vocalchimie ?

AM : C’est l’art de traduire d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre, un interstice singulier. Plus que du métissage, je fais de la créolisation. J’essaie de faire en sorte que les éléments se confrontent, et non pas qu’ils se mélangent.

La Vocalchimie sert aussi à échapper à la fatalité des genres. Et moi, je suis un pratiquant de la valse des étiquettes. La valse des étiquettes, c’est lorsque personne n’arrive à te mettre un truc sur le dos. On dit : « c’est du jazz », « c’est de la musique du monde »… Je suis accepté dans le jazz car les sans-papiers sont acceptés, dans le jazz. Il est difficile de caser un incasable dans un bac à sable !

D’où vient votre « tandem » avec Lionel SUAREZ ?

AM : J’ai toujours travaillé avec des accordéonistes : Bernard LUBAT, Marc PERRONE, Marc BERTHOUMIEUX, Jo PRIVAT… J’ai une véritable histoire avec l’accordéon. C’est un instrument familier et en même temps il nous emmène ailleurs. C’est l’instrument du voyageur, surtout l’accordéon diatonique (ta mère !)

Avec Lionel, nous nous sommes rencontrés chez Claude NOUGARO qui nous a présentés l’un à l’autre. On a eu l’impression dès le début qu’on se connaissait depuis longtemps, on avait une culture commune et ça a marché tout de suite : on a fait un disque qui s’appelle Tandem car il ne m’accompagne pas. Dans la forme traditionnelle, il y a le chanteur et l’accompagnateur. Et quand je joue avec Lionel, je lui demande autre chose. Ça donne de l’extérieur une forme que j’appelle tandem. On pédale ensemble. Avec lui, c’est 7 ans de voyages, pas trop de répétitions, beaucoup de concerts répétés. Répéter les concerts permet la répétition.

Quels sont vos autres projets ?

AM : Seul, j’ai fait Les chants manifestes, et puis l’ABC d’Erre de la Vocalchimie pour les enfants et les grands. Après, je joue souvent avec Marc PERRONE, la COMPAGNIE LUBAT et la VIE D’ISSIBA. Je joue également en duo avec le violoncelliste Denis PETIT avec qui j’ai inventé le « chante en braille ».

Pour terminer, j’aimerais dire cela : Je fais de la musique, les gens dansent. Comme NIETZSCHE le disait : « Il faut avoir une musique en soi pour faire danser le monde. »

Plus d’informations sur le site www.larticole.org/agenda/agenda.html

Entretien réalisé par Chloé Breillot








_________________________________________________________
@ Association Rythmes Croisés. Il est interdit de reproduire cet article sans autorisation.

Naviguer à travers les articles
Article précédent ANTIQUARKS - Entretien cosmographique YEKE YEKE - 22 avril 2011 au Printemps de Bourges Article suivant
Notation 2.33/5
Notation: 2.3/5 (3 votes)
 
Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Commentaire en débat
 
 
NEWS
Archives
Liens récents
Télécharger
 
 
 
  © Sylvie Hamon - 1997-2012 XOOPS