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RED RAILS

Publié par ethnotempos le 23-Jun-2011 22:10 (456 lectures)

RED RAILS
(DFragment Music / Full Rhizome / L'Autre Distribution)

Il n'a jamais été écrit que le goût pour la recherche et l'aventure hors des autoroutes musicales rectilignement tracées est héréditaire. Mais quand on a un père qui a fait de l'échange et du partage créatif un mode de vie et d'être, on a peu de raisons de ne pas tirer des leçons. C'est ce qui s'est passé pour Baltazar MONTANARO, dont le père n'a jamais eu de cesse de conjuguer les musiques de la Terre au présent, voire de les conjuguer à l'ailleurs... Baltazar a d'abord été un membre parmi d'autres dans les projets initiés par son père (VENT D'EST), mais on avait déjà remarqué le son de son violon. Puis il y a eu la confrontation père-fils (TOVÀBB), duo plutôt que duel, où les MONTANARO s'appuient sur leurs racines folk poly-continentales pour faire éclore des paysages sonores inattendus. Puis le temps est venu pour Baltazar d'initier une nouvelle aventure de son propre cru. Elle s'appelle RED RAILS et se définit comme la « rencontre organique et digitale d'un violon et d'un ordinateur ».

Pour le coup, Baltazar s'est bien gardé de faire de l'ombre à son père en cultivant les échanges inter-ethniques. Bien sûr, on pourrait vous vendre RED RAILS comme un métissage world, dans la mesure où l'influence musicale prédominante de Baltazar MONTANARO est ce creuset foisonnant des musiques d'Europe de l'Est et que son complice en électronique est un Japonais, Tadahiko YOKOGAWA. Mais l'écoute de ce premier effort discographique de RED RAILS ne supportera pas bien longtemps la plaisanterie, et les amateurs de sucreries world-fusionnées et radio-formatées encore moins.

Autant le dire de suite, RED RAILS nécessite une écoute exigeante et appliquée, même si sa gestation est au fond plus intuitive qu'intellectuelle. Toutes les mélodies et les climats sont tracés, dessinés par le violon de MONTANARO, et l'ordinateur de YOKOGAWA se charge, en direct, de traiter cette matière sonore, agissant comme une loupe monoculaire en mettant en relief toutes les potentialités sonores du violon telles qu'exhumées par MONTANARO, lequel triture autant les cordes que le corps même de son instrument. Il en fait ressortir des effets percussifs que Tadahiko s'est empressé de monter en boucles répétitives et en ambiances électro-acoustiques, évoquant à son tour des paysages plutôt abstraits bien qu'ils soient aussi formés d'éléments sonores figuratifs (bruitages, voix...).

Cependant, l'inspiration est-européenne, agrémentée d'effluves moyen-orientales, de grammaire jazz et autres, de Baltazar MONTANARO ne se trouve aucunement altérée ni détournée. Elle reste au contraire au centre des débats. Simplement, elle se met à respirer dans un cadre pour le moins inédit qui dépasse les usuels clivages rural-urbain, ancien-moderne, etc.

Ajoutez à cela qu'un troisième complice, Serge ORTEGA, a ajouté son grain de sel dans l'entreprise avec ses effets et échantillonnages pour travailler plus avant sur les couleurs, les intensités et enrichir la spatialisation sonore, et vous aurez compris qu'on a affaire à bien autre chose que du triturage bruitiste spontané et auto-satisfait.

Cette conversation violon-ordinateur évolue bel et bien dans un univers acousmatique déroutant de prime abord, mais subrepticement séduisant pour qui sera déterminé à y revenir, tant il se dégage de cette dizaine de pièces enregistrées une grisante sensation d'inquiétante étrangeté portée par une forte charge émotionnelle. On nous parle de fièvre, de thé, d'avant-guerre, de scotch, de chat sur la fenêtre, de caresses déraillées (lesquelles ont fait l'objet en 2008 d'un bande dessinée réalisée par Baltazar, et qui sert de support visuel aux performances live de RED RAILS, qui bénéficient d'une création multimédia de Renaud VERCEY).

Cet album s'écoute comme la bande-originale d'un film dont les images restent à inventer par l'auditeur. On pourra certes lui reprocher – on non – de privilégier les mouvements de vagues contemplatifs plutôt que les embardées énergiques dérapantes. Pourtant, nulle froideur n'est réellement à déplorer dans ces tableaux digitaux secoués de rusticités traditionnelles. On assiste donc à un dialogue aussi respectueux que défricheur dont l'écoute ne peut qu'épanouir les sens de l'auditeur.

Sites : www.redrails.fr

www.myspace.com/redrailsproject

Stéphane Fougère

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@ Association Rythmes Croisés. Il est interdit de reproduire cet article sans autorisation.

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