MAZAD CAFE
(Inna+/Innacor/l'Autre Distribution)
Le « Mazad Café » pourrait être l'un de ces antres aux murs délabrés et à l'entrée faussement fermée que l'on s'imagine bien trouver sans l'avoir cherché, planté quelque part dans une ruelle délaissée dans la périphérie d'une grande capitale d'un pays que l'on aimerait croire lointain. Le touriste - forcément égaré – pénètre dans ce lieu comme on le ferait dans l'antichambre de nos expectatives flouées. Pénétrer dans le Mazad Café, ce n'est plus franchir un pont, c'est couper ce dernier avec toute espèce d'animation urbaine préformatée. D'entrée, le pas stressé du touriste ralentit instantanément, atteint d'une langueur incontrôlable qui contamine bien vite son esprit. Autre lieu, autre rythme, autre façon de se mouvoir.
Il fait chaud, il fait moite, il fait frais... on ne sait plus bien, les odeurs font la ronde, ponctuée par des bruits de verre trinqués. Il y a des gens, ou peut-être que non. Dans une impensable arrière-salle, il y a une estrade où s'esbaudissent trois musiciens, trois marmitons dont la tambouille instrumentale fait mariner un nuage de notes en provenance des Balkans, de Bretagne, d'Afrique, savamment dosées pour qu'on ne puisse pas vraiment déceler une origine précise. Un plinn armoricain ou un aksak roumain peuvent cacher une improvisation sans papiers d'identité.
Et les ingrédients instrumentaux sont eux-mêmes suffisamment polyglottes pour ne pas imposer une langue rigoureusement définie. Les saxophones soprano et alto de Yannick « Jeanno » JORY (Jacky MOLARD QUARTET, LES PIRES, LA TRABAND...), les accordéons diatoniques d'Alan MADEC (Janick MARTIN, QUARTIERS ROUGES, GALLINA LA LUPA...) et les percussions d'Yves-Marie « Volant » BERTHOU (SLONOVSKI BAL, YOG SOTHOT...) se plaisent à tracer des chemins qui n'ont pas de destination ciblée, mais qui valent pour leur propres déambulations hasardées à travers ces fragrances d'ici et de là-bas.
Leurs mélodies ne connaissent pas la ligne droite, mais bien plutôt les sentiers ondulants et nonchalants qui, subrepticement, peuvent se faire mutins, frétillants, jouant de la saccade espiègle, de l'éclat de rire tamisé, du pas apesanti envolé dans une danse du bas-côté. C'est en somme une musique d'inspiration populaire qui invente son propre espace, son propre mouvement.
Chez MAZAD CAFE, tout est question de griserie circonvolutionnaire dans un partage ludique et spontané. Pas de direction tranchée, que du louvoiement doucereux, ou doux-heureux.
Site: www.myspace.com/mazadcafe
Label : http://www.innacor.com/innaplus.html
Stéphane Fougère