Galldubh
GALLDUBH
Lorsque GALLDUBH monte sur scène et que son porte-parole et bassiste, Eugene, annonce : " Bonjour ! On s'appelle DÉLOS ! ", il ne faut pas croire qu'il est devenu fou. Simplement, à force de donner autant d'énergie à leur public, ces jeunes virtuoses irlandais finissent par ne plus savoir qui ils sont. Il y a deux ans, la formation traditionnelle survitaminée s'appelait bel et bien DÉLOS (voir Ethnotempos n° 1) ; depuis l'an dernier, c'est GALLDUBH, avec sa guitare acoustique doublée d'une guitare électrique, sa basse accompagnée d'une batterie et, surtout, son uillean pipe filant le parfait amour avec un violon, qui écume les salles du Festival. De quoi en tomber à la renverse ! Eh oui, ces Irlandais-là aiment les mélanges, que ce soit avec le rock, le jazz, le funk. ou le générique de Mission Impossible, qui clôt les concerts. Avec son second CD autoproduit,Two Little Ducks, GALLDUBH repousse un peu les limites de l'impossible, tout en conservant une ligne directrice traditionnelle. Les 17 morceaux du CD débordent d'énergie et il est un peu dommage que ces (trop) petits joyaux ne soient pas un peu plus développés. Pourtant, ce ne sont pas les idées qui leur manquent : basse disco qui accompagne le violon sur Tola Custy's en ouverture, entrée un à un des instruments solistes (guitare électrique, uillean pipe puis violon) qui aurait pu déboucher sur une suite délirante, rythmique reggae sur Her Golden Hair. (excellent) et même une vache folle ! Ils en ont mangé, c'est sûr ; il ne leur manque plus qu'un bon cuisinier pour lier la sauce et ça risque d'être succulent !
Entretien avec GALLDUBH
Comment avez-vous transformé DELOS en GALLDUBH ?
Eugene WOGAN : On n'a pas transformé DELOS, parce que DELOS existe toujours. Ce qu'on veut faire avec GALLDUBH, c'est garder la tradition mais jouer avec, parce que la tradition est tellement puissante qu'on peut jouer avec sans la dénaturer.
Avec GALLDUBH, l'idée est d'intégrer d'autres styles ?
EW : Oui, pas nécessairement de façon très sérieuse ou très réglée. Eamonn voulait utiliser plus d'instruments électriques, et on s'est laissés une certaine liberté. Les influences viennent vraiment d'un peu tout. Si on entend quelque chose d'intéressant aujourd'hui, c'est bien possible qu'on l'utilise dans GALLDUBH le lendemain.
Eamonn GALLDUBH : J'ai beaucoup d'influences, notamment dans le jazz ; je joue aussi un peu de saxophone. J'aime la musique bretonne, Jean-Michel VEILLON par exemple, la musique latine et la musique traditionnelle.
EW : La musique irlandaise s'est ouverte il y a quelques années. Avant nous il y avait les HORSLIPS qui jouaient du rock aussi bien que du traditionnel, et Davy SPILLANE a fait plein de choses moitié rock, moitié jazz. On est des " bouffeurs " des autres musiques. Si on entend quelque chose d'excellent, il faut qu'on mette ça chez nous !
Comment avez-vous eu l'idée de marier les musiques irlandaise et arabe dans le morceau The Snakecharmer ?
EW : On faisait des tournées en France et on a entendu de la musique arabe dans la rue. C'était excellent.
EG : Ça m'a intéressé, alors j'ai pris des gammes orientales et j'ai écrit ce morceau. Ce n'est pas typiquement arabe mais ça sonne bien.
EW : Il y a d'autres groupes qui le font, comme TONYNARA dans la région de Lyon. Je ne sais pas si on va s'inspirer d'eux, mais il y a certaines choses qu'ils ont faites qu'on essaierait bien.
Vous faites vos disques chez vous ?
EW : Oui. J'ai voulu monter un studio qui donne toute liberté aux musiciens et dans lequel ils se sentent à l'aise. Tout le monde vient, on prend un thé, une bière, on s'assoit, on joue, on discute entre nous et finalement on enregistre. Les musiciens ne sont pas sous pression, il n'y a pas de lumières rouges qui s'allument. J'ai enregistré GALLDUBH et DELOS, et plein de petits groupes dans le quartier.
Pourquoi ne pas passer par des maisons de disques ?
EW : Parce que c'est beaucoup plus libre ! Cette liberté est vraiment importante parce que c'est comme ça que la musique traditionnelle évolue, avec les rencontres, les musiciens qui viennent dans un pub jouer ensemble, même s'ils ne se sont jamais rencontrés avant. Mais si un producteur vient et nous donne des conseils, on l'écoutera volontiers parce qu'il aura peut-être de bonnes idées. En revanche, on attendra de lui qu'il soit ouvert.
Article publié en octobre 1999 (Sylvie Hamon)
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Ethnotempos n° 5 d'octobre 1999