Guichen
GUICHEN
The Breizh Brothers
Sollicités, depuis la séparation d’un certain groupe de «Jeunes» désormais mythique, par Jacques PELLEN comme par Alan STIVELL, Fred et Jean-Charles GUICHEN ont su aussi prendre le temps de composer et d’enregistrer en solo et de se retrouver finalement pour former le GUICHEN QUARTET, auteur en 2002 de Mémoire vive, album forcément... mémorable. Toujours prompts à faire tournoyer et à faire se déchirer les danseurs de festoù-noz, les GUICHEN savent comment rendre une musique «vivante», la revitaliser sans jamais lui faire perdre ses racines. Ils récidivent avec un nouveau CD, simplement intitulé Frères. Le «QUARTET» n’est plus nécessaire (même si c’en est toujours un) ; restent les GUICHEN, «still alive»...
Entretien avec Fred et Jean-Charles GUICHEN
Le 20 octobre 2004 sort votre nouvel album Frères ; est-il un nouveau tournant, puisqu’un batteur, Antonin VOLSON, remplace le percussionniste David HOPKINS ?
Fred GUICHEN : Bien sûr, chaque CD est un tournant, une histoire nouvelle, même si je considère chacun comme une suite du précédent, il l’est toujours avec des images différentes.
Jean-Charles GUICHEN : On compose en fonction de telle ou telle histoire, de telle tranche de vie, de choses vécues en commun qu’on raconte. Par exemple, Breizh Polonia, c’est parce que nous avons fait deux tournées en Pologne, dont la dernière en juin-juillet 2004 pendant trois semaines. De plus, chaque épisode de cette «histoire» doit être à la bonne place dans l’album.
Ce CD représente surtout deux ans de travail. C’est un aboutissement, et aussi un nouveau tournant avec la rencontre d’Antonin, qui apporte une nouvelle énergie jazz-rock.
Quelles sont les influences d’autres musiques sur la vôtre ?
FG : Les musiques bretonnes avec des oreilles ouvertes. C’est un peu comme la pochette, plein de couleurs.
J-CG : Herbie HANCOCK, SANTANA, les POGUES, les Frères MORVAN... La musique bretonne est toujours présente. Son influence est très forte. Odivi (de l’album précédent), c’est rock, mais c’est breton.
FG : On est «rockers» dans l’âme, mais on est aussi romantiques. Mais on est surtout Bretons.
Comment parvenez-vous à concilier vos envies de concerts et votre musique pour danser qui continue à avoir une bonne place dans vos compositions ?
FG : L’intention de jeu est la même, que ce soit ou non une musique à danser. On a un désir de morceau qui vient en nous et on écrit.
J-CG : Les morceaux «tombent», la mélodie vient, elle n’est pas encore une danse. Le thème, le phrasé, vient avant le rythme ; par exemple, String’s Jig est né en slow-air et est devenu ensuite une jig. Il y a même dans l’album deux morceaux qui ont le même thème.
FG : Jean-Charles l’avait écrit, puis j’ai fait une suite derrière. En fait, quand le thème est composé, les musiciens du groupe, ou invités, ont la liberté de broder dessus.
Comment composez-vous ?
J-CG : J’entre dans une période de travail, je compose pendant quinze jours.
FG : Moi, je vis ça comme un enchaînement, si tu lâches, ça ne vient plus.
Vous travaillez ensemble ?
FG : Les compositions sont individuelles, puis on se voit pour se mettre d’accord.
J-CG : J’aime bien les thèmes de Fred où je trouve des arrangements qui donnent bien ma couleur.
FG : Ça ne veut pas dire chercher à se mettre en avant, mais trouver l’arrangement accordéon pour mettre le morceau en valeur.
J-CG : Je peux aussi décider de ne rien faire sur son morceau. C’est aussi un arrangement.
FG : Par exemple, Le Soleil Rouge : là j’ai décidé qu’il jouerait tout seul. D’autres fois, je sais que c’est pas la peine de proposer quelque chose.
Avez-vous besoin d’élaguer ?
FG : Tous les morceaux que nous avons composés seront enregistrés un jour ou l’autre.
JCG : Mais pour ce disque on prend ceux qui vont bien dans ce disque, dans cette «histoire».
FG : Mrs Killarny a été composé en 1996, mais est bien dans la couleur de ce CD. Par contre, on a plein de morceaux qu’on a choisi de ne pas mettre. Donc on a un petit stock.
Vos musiciens, Etienne CALLAC (bassiste) et Antonin VOLSON, composent-ils ?
J-CG : Quand on compose, c’est notre création, c’est «GUICHEN», donc ils ne composent pas de morceaux, mais ils proposent des arrangements. Si ça va trop loin de nous, on dit «stop» ; si au contraire ils partent bien dans notre sens, on dit «pousse, lâche, vas-y», et il y a des arrangements superbes.
FG : L’évolution de notre musique nous entraîne donc vers tel ou tel musicien. C’est ainsi d’ailleurs que nous avons éprouvé le besoin de passer de la percussion de «Hopi» à la batterie d’Antonin. On a essayé plusieurs personnes et manifestement Antonin va bien avec Etienne, et a trouvé une place sans bouffer le côté percussif de la guitare de Jean-Charles.
Quels sont vos projets ?
J-CG : Des concerts, des fest-noz, des tournées ; on veut courir sur la planète...
FG : On produit le disque nous-mêmes pour avoir tous les choix possibles (titre, pochette, morceaux, durées, etc.).
Cela ne vous gêne-t-il pas qu’on vous présente toujours comme les ex-AR RE YAOUANK ?
J-CG : On est encore dedans. On est les mêmes !
FG : Cet album a la même énergie que Breizh Positive !
Où en est, à votre avis, la musique bretonne ?
FG : Je me sens assez proche, en léger retrait, oreilles ouvertes. La musique bretonne a un ancrage dans tous les styles, dans la musique classique (Didier SQUIBAN, ARZ NEVEZ, etc.), dans les musiques du Sud, dans le rock... Elle est hyper-vivante, même si l’on parle moins des musiques de fest-noz. N’empêche que le Cyber Fest-Noz (où nous serons cette année), le Stade de France, même si c’est «parisianiste», ça crée des fils dans le monde.
JCG : Je me sens dans la musique bretonne. On est tous dans une bulle suspendue dans l’air et on s’occupe chacun de nos affaires. Finalement, le fest-noz est toujours vivant et on y voit souvent 2 ou 3 000 personnes. Il y a dix ans, le rock plongeait, et maintenant le rock a un nouvel essort ici. D’ailleurs, nous mêmes avons une connexion avec lui.
Quels invités avez-vous auprès de vous sur ce nouvel album ?
FG et J-CG : Xavier GÉRONIMI, dit Tox, qui a travaillé dans le rock, le jazz et le folk, et rencontré sur le disque d’Alan STIVELL Back to Breizh. Sylvaine GUICHEN, au violon et aux arrangements violon. Sylvain BAROU, aux flûtes traversières, uillean-pipes, flûte bansuri et doudouk.
Quels sont vos objectifs ?
FG et J-CG (dans un immense sourire) : Vendre un million de disques...
DISCOGRAPHIE GUICHEN
– Fred GUICHEN : La Lune noire (Ciré jaune, 1998)
Jean-Charles GUICHEN : (same) (Ciré jaune, 1998)
– GUICHEN QUARTET : Mémoire vive (Autoproduction/Coop Breizh, 2002)
– GUICHEN : Frères (Autoproduction/Coop Breizh, 2004)
Site officiel : http://www.freresguichen.com/
Propos recueillis le 30 août 2004 par : Pierrette et Michel Genson
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Ethnotempos n° 16 de février 2005