Festival Interceltique de Lorient 2011 – Troisième partie : le Off

Festival Interceltique de Lorient 2011

(troisième partie)

festival-interceltique-de-lorient-2011Cela fait plusieurs années que l’on évoque le problème et cette 41e édition n’a fait que confirmer et même amplifier ce que l’on percevait déjà. Le Off 2011 a connu un véritable appauvrissement et ne restera pas dans les annales. La presse locale n’a d’ailleurs pas hésité à parler de véritable flop.

Bien sur certains (bons) groupes que nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer ces dernières années étaient encore présents : ENTRE TERRE ET MER, KROAZHENT, TARAN, DIGRESK, THE TERRE NEUVE ou encore DOOLIN. Il y a, par contre, eu très peu de découvertes.

Mais l’image que l’on retiendra surtout fut cette profusion de musiciens n’ayant absolument rien à voir (ni à entendre) avec l’univers celtique. Les fans de rock, voire de hard-rock, de blues, de chansons françaises pouvaient se réjouir.

Il ne s’agit pas de critiquer ces artistes qui la plupart du temps étaient intéressants, mais faut-il rappeler aux programmateurs du Off qu’il s’agit du Festival Interceltique et qu’ils attireraient aussi un public en se conformant à l’essence originelle de la manifestation lorientaise.

** Le « Off » **

BRENN KORZ’H

Le marasme du OFF 2011 n’empêche heureusement pas de faire de belles découvertes. BRENN KORZ’H en est la preuve. Il a quand même fallu attendre le dernier jour du Festival pour découvrir le groupe. Les cinq musiciens ne venaient d’ailleurs pas de Bretagne ou d’une autre région celtique, mais de Perpignan en Catalogne. Ils se produisent surtout dans le sud-ouest et leur participation au Off était leur première date en Bretagne.

Il est assez difficile de coller une étiquette sur la musique de BRENN KORZ’H. Finalement, c’est le groupe lui-même qui a trouvé la meilleure définition en qualifiant son œuvre de « nouvelle expression celtique » (New celtic expression). Car c’est effectivement de cela dont il s’agit. Dans un premier lieu, les titres proposés étaient des créations originales, interprétées en anglais, et non des reprises de traditionnels. Ensuite, l’habillage affichait un caractère pop rock (guitares, basse et programmation batterie) dans lequel les instruments traditionnels (violon, flûtes, bombarde et, plus rares, dulcimer ainsi que gralla) apportaient une touche celtique. L’ensemble surprenait au départ mais les musiciens savaient faire entrer les spectateurs dans leur univers.

Il est par contre dommage de n’avoir pu les découvrir que dans les conditions du Off. Un tel groupe mériterait sans conteste une véritable scène. Souhaitons à BRENN KORZ’H que cet appel soit entendu.

Afin de mieux faire connaissance avec BRENN KORZ’H, nous avons posé cet hiver quelques questions à Patrice MIGAUD, le sonneur traditionnel du groupe.

** Entretien avec Patrice MIGAUD de BRENN KROZ’H

Patrice, peux-tu nous présenter la formation ?

Patrice MIGAUD : Il y a celle que tu as écoutée à Lorient, Sophie (chant), Dierdre (violon, chœurs), Florian (guitares électrique et acoustique, chœurs) Jean-Marc (basse, programmations batterie, chœurs) et moi-même (dulcimer, bombardes, tin et low whistles, gralla, flaviol de gralla, tarota, chalumeau).

Nous nous sommes depuis séparés de Sophie pour incompatibilité d’esprit… etc., etc. Dierdre nous a quitté de son propre chef. Solidarité féminine ?

La composition actuelle est désormais constituée de Florian, Jean-Marc, moi-même et Sherriane qui nous a rejoint au chant.

Comment vous êtes-vous formés et quel est votre parcours ?

PM : Jean-Marc et moi-même nous sommes rencontrés en 2005/2006 lors de sessions irlandaises organisées dans un pub de Perpignan auxquelles je participais (je joue aussi un peu de bodhran). Jean-Marc était là en tant que spectateur. Nous avons sympathisé autour d’une pinte. Mon ancien groupe s’était séparé deux ans auparavant et lui était en recherche de musiciens. Un projet commun à alors rapidement vu le jour. En avril de la même année, nous nous retrouvions, armés de nos instruments, d’une programmation batterie et de quelques morceaux rapidement mis au point, dans l’une des deux sous-préfectures du département à « animer » une fête de la bière. Il y a eu un bon retour des spectateurs et de l’organisation, surpris par cette musique, mélange de rythmes électro, d’une basse new-wave et d’instruments traditionnels. Un mois plus tard, Florian, jeune guitariste de dix-huit ans, nous rejoignait. BRENN KORZ’H était né !

Depuis 2006, plusieurs musiciens nous ont accompagnés durant une partie du chemin. A la batterie, Arnaud pendant quelques mois, puis François sur la période 2007/2009, Sophie au chant, Sébastien aux percussions, Ma, une guitariste sénégalaise sur une version plus acoustique et Dierdre, en septembre 2010, au violon.

Nous avons presque une centaine de concerts à notre actif, du simple bar aux scènes de plus ou moins grande importance, une sélection au festival d’Ortigueras (Galice) dans les dix derniers finalistes, une tournée de cinq jours l’année dernière, avec notre participation au « off » à Lorient.

2012 verra naître une énième version de B-K, enrichie de toutes les expériences, négatives ou positives, qui font progresser le groupe, en restant fidèle à nous-mêmes et à l’âme de notre musique.

Sur les affiches figure l’expression « new celtic expression » (nouvelle expression celtique). En Bretagne les gens sont habitués à ce genre musical. Comment êtes-vous perçu en catalogne et ailleurs ?

PM : « New celtic expression » est une sorte de passeport qui nous permet d’embarquer un large auditoire dans notre univers musical. Chaque morceau est une invitation au voyage et à l’arrivée, chacun y trouve son bonheur.

Nous sommes avant tout un groupe de « rock », notre répertoire est uniquement composé de créations musicales originales. La coloration « celtique » est seulement portée, par l’apport de mes instruments que j’essaie de faire sonner d’une manière moins traditionnelle.

Tout le dilemme est là. Il n’est pas facile de nous ranger dans un tiroir avec une étiquette. Dans le sud, je pense que « l’exotisme celtique » est bien présent, bien que nous ne fassions pas une musique particulièrement « festive ».

En règle générale, le public est assez surpris et s’attendait à autre chose ! Jusqu’à présent, nous n’avons jamais laissé un sentiment de déception artistique ou technique, mais plutôt un mix de curiosité et d’interrogation, par rapport à notre vision de ce style musical.

Les paroles sont en anglais. Pourquoi avoir choisi cette langue ? N’êtes-vous pas tenté par le français, voire le catalan ?

PM : A la création du groupe, nous avons bien tenté d’écrire des textes en français. Mais, par manque de créativité, ou de motivation et vu le piètre résultat, nous avons vite abandonné cette idée.

La rencontre avec Tim BOLDRY, anglais installé dans les Pyrénées orientales, qui s’est proposé de poser des mots sur notre musique a été décisive dans notre choix.

Nous considérons le chant comme un instrument à part entière. Jean-Marc, qui chantait à l’époque et qui parle couramment cette idiome, nous a permis de rapidement intégrer cette « stratégie » artistique, nous évitant peut-être ainsi un catalogage, qui je pense colle mieux au groupe…

Quant au catalan, pourquoi ne pas ne pas envisager un jour ou l’autre, l’écriture ou l’adaptation d’un texte dans cette langue.

Que disent vos chansons ? Qu’est qui vous inspire ?

PM : Nous laissons entièrement carte blanche à Tim sur l’écriture.

En fonction des émotions que lui font ressentir nos morceaux, il s’inspire de sa propre histoire, de faits vécus, de faits d’actualités, d’amours de peines, etc., le tout dans un anglais « académique ».

La venue de Sherriane au chant, anglaise elle aussi, va permettre, une collaboration plus étroite, entre l’écriture et l’interprétation.

Vous utilisez le dulcimer, un instrument devenu rare. Pourquoi ce choix ?

PM : L’écoute d’Andro Nevez (Alan STIVELL), me fit tomber amoureux de cet instrument il y a de fort longues années…et je le suis toujours autant.

L’intégration du dulcimer à la place d’une guitare rythmique s’est imposée d’elle-même : apport artistique, simplicité du jeu, esthétique, sonorité, antagonisme de sa présence dans un groupe de rock, et aussi curiosité à la fin des concerts (à rendre jaloux les gratteux du groupe, mdr).

Peux-tu nous parler du gralla, un autre instrument rare.

PM : Je rectifie : la « Gralla ». C’est une fille ! C’est un instrument certes rare en Bretagne, mais pas en catalognes, avec un « s », qui rythme depuis le XIII siècle, toutes les vies d’un peuple.

Étant catalan d’adoption et d’intégration depuis plus de trente ans, je me suis senti obligé, ayant étudié de conserve la gralla et la bombarde, de mélanger l’utilisation, à l’intérieur du répertoire de B-K, de ces deux hautbois traditionnels.

Le Festival Interceltique était votre première prestation à Lorient. Quel(s)souvenir(s) en gardez-vous ? Y-a-t-il eu des retombées positives.

PM : C’était notre première prestation surtout en tant qu’acteur, mais à titre personnel je suis venu plusieurs fois comme spectateur. Pour le reste du groupe, ce fut une totale découverte.

Un seul mot : que du bonheur, malgré les fatigues et les caprices du temps.

Je pense que le public et le « Off » avec lesquels nous avons eu pas mal d’échanges, avant, pendant ou après les concerts, ont apprécié notre groupe et notre musique

Reverra-t-on le groupe à Lorient ou ailleurs en Bretagne en 2012 ?

PM : Nous l’espérons de tout notre cœur ! Et y travaillons d’ores et déjà.

Je souhaite que ceux qui nous ont fait confiance et nous ont appréciés en 2011 nous permettent de renouveler en 2012 cette expérience unique.

Nous sommes bien sur ouverts à toutes les autres propositions qui nous permettrons de faire découvrir BRENN KORZ’H à un public de plus en plus grand en terre bretonne.

Vous avez quatre démos à votre actif. Avez-vous le projet d’enregistrer un album ?

PM : Quatre et peut être plus si nous comptons les divers essais de maquettes.

Bien sur, le projet d’album est latent depuis un certain temps. Il faut pour cela que nous nous sentions prêts à délaisser temporairement la « scène », qui est notre raison d’exister, trouver les compétences techniques et aussi le mécénat qui puisse nous permettre de compléter le budget.

Site : www.myspace.com/brennkorzh

FFR

FFR est un habitué du Off depuis une dizaine d’années. Le groupe est aujourd’hui composé de quatre musiciens : Martial (chant et guitare), Thierry (basse), Frédéric (batterie) et l’atout de charme Virginie (violon, chant). Sa venue coïncidait cette fois avec la parution d’un nouvel album, Art y show, et le groupe venait donner la primeur de ses nouvelles compositions au public lorientais. FFR a ses fans et ces derniers ne sont pas en reste pour reprendre en chœur les refrains et réclamer leurs titres favoris (Vida…por favor). Certains nouveaux morceaux, parmi lesquelles figurent de nombreuses compositions, deviendront sans doute à leur tour des classiques. C’est le cas de la reprise du traditionnel irlandais When will we be married (popularisé en autres par les WATERBOYS) dans une version légèrement reggae, ou encore de Lorient, un hommage à la ville qui les reçoit avec enthousiasme chaque été.

Les sonorités celtiques se sont étiolées au fil des ans et des albums (il y avait auparavant un cinquième membre flûtiste) et désormais, seul le violon apporte une touche trad. La musique se rapproche aujourd’hui de ce que l’on nomme le rock festif. Et justement, FFR joue à fond cette carte festive. Le public venu faire la fête appréciera, mais le mélomane, lui, passera son chemin. Tout cela est bien dommage car quand on écoute les albums (et le dernier ne déroge pas à cette règle), on ne perçoit pas la musique du groupe de la même manière. Les conditions du Off ne sont pas faciles, mais FFR gagnerait sans doute à poser davantage son jeu.

CD : Art y show

Site : www.myspace.com/ffrcelticfiesta

KAZDALL

KAZDALL est un groupe originaire d’Ile-de-France qui existe depuis la fin des années 90. Les cinq membres veulent mettre en avant leurs origines bretonnes en proposant une musique certes traditionnelle, mais ils la teintent fortement d’influences rock. Les guitares sont bien présentes, le duo basse-batterie assure la rythmique, tandis que le violon ou les instruments à vent (bombarde, flûtes) consolident l’ancrage traditionnel.

KAZDALL était présent seulement le premier jour du Festival et a en quelque sorte inauguré la session 2011. Le lieu où le groupe se produisait était en grande partie dédié aux groupes à danser et le public présent ne boudait pas son plaisir. Le répertoire se composait d’airs traditionnels revisités ou de créations originales s’inspirant de la tradition. La Bretagne occupait la place principale mais le groupe s’autorisaient aussi des incursions en terre irlandaise. Même si l’ensemble était en grande partie instrumental, des titres chantés faisaient également partie du programme. Les arrangements, par moments résolument rock, faisaient souvent penser au SONERIEN DU, ou encore au groupe des années 70, YS, qui était composé d’anciens musiciens d’Alan STIVELL. Le groupe veillait toutefois à ce que la musique reste dansable.

KAZDALL possède quatre albums à son actif, dont le dernier en date paru à l’automne.

CD : Daou vil unnek

Sites : www.kazdall.comwww.myspace.com/kazdallbzh

YEW

YEW est le mot anglais qui désigne le bois d’If, un arbre sacré chez les Celtes. Depuis 2003, YEW est aussi le nom d’un groupe de folk-rock celtique originaire de Liège en Belgique. La formation est constituée de cinq musiciens (guitares, basse, batterie et violon), qui distillent une musique d’inspiration irlandaise, écossaise, voire bretonne, fortement influencé par des rythmes rock. Au départ, la formule était seulement instrumentale, mais avec l’arrivée en 2005 du deuxième guitariste, le chant a aussi fait son apparition. C’est cette mouture que le public lorientais a pu découvrir et là encore, il a fallu attendre la fin du Festival.

L’ensemble sonnait résolument rock. Les guitares étaient bien présentes. Les chansons, en anglais, alternait avec des moments instrumentaux énergiques ou le violoniste s’en donnait à cœur joie (à en faire pâlir les acadiens). Là encore, il est dommage de n’avoir pu apprécier le groupe que dans les conditions du Off qui sont loin d’être idéales pour un groupe souhaitant proposer autre chose que du simple divertissement. Souhaitons que les portes du Festival Officiel s’ouvrent à YEW lors d’une prochaine édition car dans une soirée rock celtique, il ne dépareillerait pas.

CD : White Swan On Black Water

Sites : www.yew.bewww.myspace.com/yewbelgium

LES MARINS D’IROISE

Avec deux semaines d’avance, le magasin lorientais d’une célèbre enseigne de produits culturels proposait déjà de se mettre dans l’ambiance du Festival Interceltique en conviant les actuellement très médiatisés MARINS D’IROISE. Dès lors, la question se pose : faut-il en parler ou bien ignorer ce phénomène monté de toutes pièces ? La réponse se trouve dans la première proposition. Derrière tout cela se cache de vrais chanteurs et malgré le battage médiatique, il s’agit bien de musique et d’activité artistique. LES MARINS D’IROISE existent depuis presque vingt ans (le groupe s’est monté à l’occasion des fêtes maritimes de Brest 1992) et possèdent déjà plusieurs albums à leur actif.

C’est donc accompagné par une bande son musicale que le chœur d’hommes est venu présenter un éventail de son CD. Les traditionnels (Allons à Messine, Hardi les gars, South Australia) côtoyaient une composition du maître es chant de marins Michel TONNERRE, présent parmi le public,(Le quatre-mats barque) et l’incontournable Tri Martolod. Il est par contre dommage que des titres comme Eric (chanson hommage à Eric TABARLY écrite par Christophe MIOSSEC et Didier SQUIBAN) ou Les filles de Lorient n’aient pas été retenues. Pour les entendre, il faudra aller écouter LES MARINS D’IROISE en tournée.

Si ce concept ne transfigure pas le genre, il ne lui nuit pas non plus et LES MARINS D’IROISE prouvent là que le chant de marins n’a rien de poussiéreux.

CD : Les Marins d’Iroise

Site : http://lesmarinsdiroise.com/

Dossier réalisé par Didier Le Goff

 

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