GONG – 2032

GONG – 2032
(G-Wave / Harmonia Mundi)

Gong_2032La célébration des quarante années de carrière d’un groupe – phénomène de plus en plus répandu, passage du temps oblige – provoque parfois quelques miracles qu’on n’attendait même plus. Ainsi cette énième réapparition du vaisseau-mère de la Planète GONG scelle-t-elle les retrouvailles entre les Pixies de la planète verte, à commencer par leur chantre à tous, Daevid ALLEN, et Steve HILLAGE, que l’on croyait à jamais imbibé d’ambient technoïde avec son SYSTEM 7, sans parler de son activité de producteur. Rendez-vous compte, ALLEN et HILLAGE ne s’étaient pas retrouvés ensemble dans GONG depuis… You en 1974 ! Et les voilà qui se retrouvent subitement sur la même longueur d’ondes – celle du canal Radio Gnome Invisible, assurément ! –, qui plus est en… 2032 ! Et non seulement Steve HILLAGE a co-écrit avec l’Alien de service la majorité des pièces contenues dans ce nouvel et improbable album, mais il a aussi produit ce dernier et l’a publié sur son propre label. Si ce disque est un miracle, la contribution de Steve HILLAGE est une bénédiction.

Du coup, puisque HILLAGE refait chanter sa guitare, Miquette GIRAUDY est assignée aux synthés ; une pierre, deux coups ! Gilli SMYTH continue quant à elle à assumer son rôle de porte-parole de la déesse Shakti-Yoni par « murmures spatiaux » interposés, et Mike HOWLETT assure toujours l’assise rythmique à la basse. Le reste de la formation est composé de membres plus récents (Théo TRAVIS aux sax et flûte et Chris TAYLOR à la batterie) mais qui minent de rien dispensent leurs compétences au sein de la Planète GONG depuis déjà une dizaine d’années. Didier MALHERBE est l’éternel invité spécial, le clin d’œil permanent, avec ses somptueux doudouk, soprano sax et flûtes… Et la surprise du chef tient à la participation du violoniste japonais Yuji KATSUI, fondateur du groupe ROVO et ex-BONDAGE FRUIT. Bref, dans sa forme générale, cette nouvelle configuration gonguesque est la descendante directe de celle de la trilogie Radio Gnome Invisible, à quelques changements de personnel près.

Évidemment, une telle tentative de ressusciter une « dream-team » aussi datée peut paraître suspecte, voire pathétique ou superficielle. Mais une première écoute suffit à balayer tous ces doutes et confirme qu’ALLEN et HILLAGE avaient décidément encore des choses à se dire. L’album entier porte la marque de leur co-réalisation bicéphale, le chant de Daevid ALLEN surfant sur les envolées guitaristiques de Steve HILLAGE, et la guitare glissando du premier volant de concert avec la guitare spatiale-abrasive du second.

Cette double signature est tellement prégnante qu’elle relègue presque sur certains morceaux les autres membres du groupe au statut d’invités plus ou moins réguliers. C’est en tout cas un peu l’impression que donnent les premiers morceaux, qui ressemblent davantage à des chansons d’ALLEN réarrangées par HILLAGE, avec le concours de tel ou tel membre de GONG. Il faut pratiquement attendre le tiercé Yoni Poem/Dance with the Pixies/Waccy Baccy Banker pour retrouver pleinement l’univers et le son GONG tel qu’on les avait connus à l’époque. Comment ne pas non plus triper sur Guitar Zero et son capiteux mantra (« Never Fight Another War ») et en point d’orgue ultime, Portal, une embardée instrumentale virulente et stratosphérique particulièrement saisissante.

Guitares planantes et survoltées, boucles synthétiques flottantes et enveloppantes, pulsation funk, explosion post-punk, fragrances orientalisantes, surréalisme science-fictionnel des paroles, tous les ingrédients propres au GONG d’antan sont recyclés dans ce 2032, qui cependant ne se contente pas de faire semblant de « ressembler à… ». Ici et là, on y décèle aussi d’autres implants, comme l’accent furieusement celtique du thème de Dance with the Pixies, le groove tendance ethno-tribal de Pinkle-Ponkle, ou le phrasé rap du sieur ALLEN sur City of Self Fascination, sans parler de How to Stay Alive, qui représente l’un des rares cas de morceau rap (oui, rap !) qui évolue en langoureuse envolée cosmique matinée de doudouk et de guitare glissando. Ces greffes de « musiques actuelles » rappellent de même les mixtures tentées dans les albums Gongmaison et Shapeshifter. Mais c’est assurément avec Robo-Warriors que GONG radicalise sa révolution sonore, avec cette voix vocodée et sa métronymie rythmique cybernétisée.

2032 mêle ainsi classicisme et modernisme et, en dépit de quelques longueurs (75 minutes tout de même !) et de pièces d’intérêt plus secondaire, parvient donc à remplir amplement sa mission de rassemblement des anciens défenseurs de la cause des Pot-Head Pixies tout en s’acquittant d’un (léger) ravalement de façade qui lui permet de toucher les nouvelles générations. C’est en ce sens que How to Stay Alive a fait l’objet d’un clip vidéo, sous forme d’un désopilant film d’animation (à voir quelque part sur le Net). Et le talent de producteur de Steve HILLAGE suffit à donner à 2032 le faciès d’un bon disque de rock psychédélique d’ici et de maintenant, le genre qui n’a pas peur de paraître son âge sans montrer ses cheveux blancs, ou le contraire. Qu’on se le dise, GONG a de la bouteille et reste dans la course !

« How to Stay Alive… » C’est sans doute LA question essentielle que pose l’existence de ce nouvel album : oui, comment un groupe phare du rock psychédélique des 70’s peut-il rester en vie en 2009, sans craindre la datation carbone ? Il y a assurément plusieurs réponses, et toutes se trouvent dans l’évolution et les circonvolutions de la Planète GONG et de ses satellites depuis 40 ans. Le parcours de Daevid ALLEN a lui seul est assez révélateur de cette faculté d’autorégénération perpétuelle qui semble défier les âges. Et comme pour s’assurer que ce nouveau GONG résonnera longtemps, il a été baptisé 2032 parce que c’est l’année où, selon Mister ALLEN, « la Planète Gong et la Planète Terre vont rentrer en contact ». Ce dernier épisode des aventures de Zero The Hero se veut donc prémonitoire et tourné vers l’avenir. « The Portal is Open », comme l’annonce Yoni à la toute fin…

Site : www.planetgong.co.uk

Stéphane Fougère

 

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