GONG MATRICES / Gilli SMYTH – Parade

Print Friendly, PDF & Email
GONG MATRICES / Gilli SMYTH – Parade
(Voiceprint)

Après avoir œuvré sur les versants de la musique électronique avec GODDESS TRANCE puis avec son dernier album solo en date, It’s All a Dream, voici que reparaît Gilli SMYTH en des contrées plus organiques, et sous une nouvelle bannière dénommée GONG MATRICES. Ce tout nouveau satellite de la planète verte a pris naissance lors d’une jam spontanée au cours d’un festival progressif à San Francisco en 1999. Cette jam voyait réunis sur scène – outre Gilli – James ROTONDI (ayant collaboré entre autres avec AIR et MR. BUNGLE), puis Pierce McDOWELL, Aryeh FRANKFURTER et Stephen JUNCA, tous trois étant membres de l’excellent groupe AZIGZA, dont les albums de folk psyché mâtiné de consonances ethniques sont d’ailleurs plus que recommandables.

Ayant été encouragés à donner une suite concrète à ce concert par un public très enthousiaste, GONG MATRICES se retrouva pour d’autres shows aux États-Unis et finalement fit paraître ce premier opus : Parade. Et l’on peut déjà affirmer que cette rencontre fut pour le moins heureuse, tant il est évident sur ce disque que jamais encore Gilli SMYTH n’avait trouvé combo seyant si bien à ses récitations et chuchotements cosmiques. Pierce McDOWELL a en effet composé là une musique splendide, très mélodieuse et en parfaite adéquation avec la voix tour à tour cotonneuse ou machiavélique de Gilli.

Certes, si cet album est dans la lignée incontestable de ce qu’avait enregistré MOTHER GONG, tout semble ici plus ordonné, plus soyeux, plus tendre et parvient mieux à retranscrire en musique la sensibilité féminine toute naturelle de Gilli SMYTH. Il n’y a qu’à pour s’en convaincre se laisser bercer par le flot tranquille et suave de sa voix pour s’apercevoir que Gilli atteint là une aisance parfaite à prodiguer ses textes de la manière unique qui est sa marque de fabrique. Portée au firmament par toutes ces mélodies chatoyantes (mention spéciale à Aryeh FRANKFURTER, dont le
violon ne cesse de susurrer ses notes plaintives gorgées d’émotion), les textes politico-mystiques teintés de poésie surréaliste de Gilli SMYTH n’ont jamais aussi bien résonné qu’ici.

Et l’auditeur de se retrouver bercé sur les courants d’air fluides et rafraîchissants de cette musique toute en demi-teintes, faite de grooves langoureux et d’évanescences fantomatiques. Voici en effet un disque fait de fragilité et de pudeur dont même les incursions dans ce qu’il est convenu d’appeler du funk (excellent Demon Barbie And The Super Computer Matrix) restent comme suspendues dans les airs. Comme si tout ici était arrêté dans le temps, accroché aux étoiles par un fil ténu qui jamais ne se rompt. Comme une lune suspendue dans le soir, observatrice tranquille et inamovible et dont l’œil laiteux jette un regard toujours plus dense sur les enfants de la Terre.

Et d’ailleurs, en examinant les textes d’un peu plus près, on s’aperçoit bien vite que Gilli SMYTH ne fait rien d’autre que poser un regard sur la marche du monde. Elle observe et nous raconte, analyse et nous met en garde et n’hésite pas à apostropher George Bush ou à se référer à Dieu. Lucide et refusant à se résigner, elle distille ses craintes et ses espoirs à travers pamphlets et poèmes dont le style n’appartient qu’à elle et dont les métaphores oniriques interpellent tout autant qu’elles font rêver.

Il y a beaucoup de grâce dans ce disque, comme une petite étincelle de sacré, et surtout, cette musique respire. Elle vit, elle palpite et elle apaise. La basse de Pierce McDOWELL ronronne tout son plaisir et enveloppe tout le disque d’un confort très félin. La guitare de James ROTONDI, tour à tour caressante, funky ou rugueuse, sait se montrer sans déborder et le violon d’Aryeh FRANKFURTER, n’en pouvant plus de retenir ses larmes, achève de titiller nos émois dont les pulsations suivent celles des percussions de Stephen JUNCA.

Bourré de feeling, ce Parade se laisse aller dans une nonchalance exquise faite de mysticisme et de rusticité mêlés et se pose assurément comme le meilleur album que Gilli SMYTH ait produit depuis Mother en 1978… Alors certes, ce CD ne révolutionnera pas le monde de la musique rock, pas plus qu’il ne se vendra à des milliers d’exemplaires, mais cela fait bien longtemps de toute façon que tout le monde sait que le succès n’est pas nécessairement (et même pas souvent) gage de qualité.

Cela dit, tous les rêveurs qui se seront laissé entraîner dans cette parade ne le regretteront sûrement pas et seront toujours bien contents d’avoir en leur possession un disque qui leur offrira une respiration à chaque fois qu’ils en auront besoin. Comme un morceau de temps mis entre parenthèses pour s’échapper d’un quotidien par trop lourd à porter.

Alors souhaitons longue vie à GONG MATRICES et remercions ces musiciens funambules dont les instruments, allumant des gerbes de bonheur au fil de mélodies câlines et sensuelles, ont su créer cet écrin de finesse dans lequel Gilli SMYTH en sort grandie et dont la flamme brille plus que jamais.

Benoît Godfroy

Site : https://www.planetgong.co.uk

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°18 – juillet 2005)

 

Laisser un commentaire