GONG – Vers le chemin des sept lunes

G O N G

Vers le chemin des sept lunes

Il est loin le temps des plages de Deia où de doux ravagés utopistes cherchaient à se connecter sur le canal radiophonique invisible des lutins d’une autre planète aux couleurs de l’espoir en respirant les nuages de plantes concassées… Mais à l’heure des spirales MIDIfiées, des échantillons de primitivisme, des autoroutes tirées sur les cordes du tout-à-l’info, des cartes postales DATées, des vapeurs synthétiques et des transes en cachets, l’anarchiste écologique perclus de cheveux blancs qu’est devenu GONG n’est pas aussi anachronique qu’on a bien voulu le croire, et se confond même aux mythes qu’il a inventés. Or, chacun sait qu’un mythe sublime le fil tendu de l’Histoire… Passé maître dans l’art du rebirthing morphologique qui va du camembert à la banane, Daevid ALLEN, alias “Dingo Virgin”, s’est plu à nous faire assister à son numéro de jonglage entre le passé mythique, le passé sous silence, le passé décomposé ou imparfait, le présent proche et l’avenir plus-que-parfait, mais au conditionnel. GONG 2000 n’est pas loin, et il est temps de semer de nouvelles graines, au moins pour nourrir la famille GONG, qui n’a cessé de se développer sur près de trois générations maintenant.

Prenez une bonne tasse de thé, et laissez-vous subjuguer.

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Daevid, peux-tu nous dire par qui est habitée la planète GONG, aujourd’hui ?

Daevid ALLEN : Eh bien, au centre, on trouve évidemment le GONG “classique” ; puis le MOTHER GONG de Gilly SMITH. Jadis, il y a eu PLANET GONG, de tendance plus ou moins “psychedelic/punk/hard rock” et constitué des membres du groupe HERE AND NOW (avec notamment Steffe SHARPSTRINGS) et de moi. Cette formation a existé ”circa 1977”. Il y a eu aussi le Pierre MOERLEN’s GONG, et moi j’avais monté le NEW-YORK GONG, avec Bill LASWELL.

Depuis, il y a beaucoup d’autres groupes qui gravitent autour de GONG, même s’ils n’en portent pas le nom. Par exemple, l’INVISIBLE OPERA COMPANY OF TIBET ! Sinon, il y a aussi KANGAROO MOON ; HERE AND NOW ; FLUVIUS, qui est le groupe ethno-jazz acoustique de Didier MALHERBE ; MAGICK BROTHERS, qui est mon groupe acoustique où je joue avec le violoniste Graham CLARK et le claviériste et joueur de didgeridoo Mark ROBSON (de KANGAROO MOON). Et des fois, je joue également en trio avec Graham CLARK et Shaymal MAITRA. Autrement, il y a GODDESS TRANCE, le nouveau groupe de Gilly, avec notre fils Orlando, âgé de 24 ans, qui joue de la batterie depuis une dizaine d’années et qui a fait un des remix de You. Tu as entendu parler du You Remixed ?

Oui, oui, bien sûr…

D. A. : Donc, quand Gilly et moi nous retrouvons en Australie, on joue du GODDESS TRANCE. Mais c’est surtout SON groupe. Quant à Steffe (SHARPSTRINGS), il joue dans GLO, avec Gilly. Là aussi, c’est de la trance. Voilà, c’est tout pour l’instant !

* Children of the New World

C’est déjà pas mal ! Cela prouve au moins qu’il y a bel et bien eu une renaissance du phénomène GONG, et qui ne concerne pas uniquement l’ancien public. Récemment, vous avez touché un public plus jeune.

D. A. : Oui, mais ce n’est plus si nouveau que ça. En Angleterre, le retour de GONG remonte à 1988. A cette époque, on avait effectivement attiré la génération des 20/30 ans. Mais ça, c’était il y a dix ans ! Ces gens-là ont maintenant 30 et quelque chose… Cette période correspond aussi à l’éclosion du mouvement trance et de l’électrobeat. Du coup, GONG est plus ou moins le parrain de cette génération. Les jeunes d’aujourd’hui nous reconnaissent comme les grands-parents de cette musique. En plus, ils me paraissent beaucoup plus “clairs” que nous, beaucoup plus “streetwise”. C’est une expression américaine qui désigne la “sagesse de la rue”, en quelque sorte. Nous, à l’époque, on était beaucoup plus innocents. Eux le sont aussi, mais dans un autre sens, et ils sont en même temps plus réalistes que nous. Je trouve que c’est un progrès. Alors c’est important de jouer pour eux parce qu’ils ont une bonne influence sur nous. Et il y a toujours les vieillards, comme moi, qui sont encore là !

C’est fascinant de voir que des familles entières viennent nous écouter, des familles qui s’étalent parfois sur trois générations ! C’est fou parce que, l’année prochaine, GONG fêtera ses trente ans !

* Pixie for Sale

A propos du passé, j’ai cru comprendre que vous ne touchiez rien du tout sur les ventes de vos anciens disques « mythiques »…

D. A. : C’est vrai ! On ne touche rien sur tout ce qui est sorti à l’époque sur le label Charly Records. Pas un centime ! Seuls le GAS (évidemment !), Voiceprint et Mantra payent bien. Virgin commence aussi à payer, mais pas Charly, ni ceux qui ont signé des licences avec ce label. En France, un avocat a estimé que c’est plus de deux ou trois millions de livres qui ont été perdus ! Et ces disques continuent de se vendre depuis 25 ans… C’est pas possible ! J’ai joué sur pratiquement une centaine de disques, et c’est seulement les royalties de 22 ou 23 CD qui arrivent vraiment.

Tout à l’heure, non loin d’ici, j’ai remarqué un magasin de disques, ou de vidéos, ou de Hi-Fi, je ne sais plus, qui portait le nom de « MAGMA » ! Tu l’as vu ?

Ah oui, je vois de quel magasin tu parles ! C’est curieux, en effet…

D. A. : Je me suis même demandé s’il appartenait à Christian VANDER ! (rires) Je ne pense pas, mais je vois qu’on peut alors voler tranquillement le nom de MAGMA pour monter un magasin. Il n’y a donc pas de copyright sur le nom de MAGMA ? On ira peut-être aussi ouvrir un magasin qui s’appellera GONG, alors… (rires)

* Radio Gnome ïss de Hündin

D. A. : Il y a toujours eu une certaine concurrence avec MAGMA. Nos planètes sont complètement opposées. MAGMA incarne l’élément volcanique, tout de feu et de noir, strict et disciplinaire, alors que GONG représente l’anarchie flottante, avec sa planète de bleu et de vert et ses lutins invisibles. De plus, chaque groupe a créé son langage : “Radio Gnome” pour GONG, et le “kobaïen” pour MAGMA. On n’a jamais conclu d’arrangement, mais tout ça s’est fait en même temps, la même année, le même mois, autour de Paris ! On est complètement yin et yang, masculin et féminin. C’est extraordinaire ! Il ne s’est jamais passé quelque chose de semblable avec d’autres groupes. Ce phénomène de dualité, avec deux musiques opposées mais comprenant en même temps les mêmes éléments, est vraiment très spécial. On devrait écrire un livre là-dessus. C’est sociologiquement passionnant.

GONG et MAGMA ont tourné ensemble, à l’époque. Ça se passait bien ?

D. A. : Non, ça ne s’est jamais bien passé ! Si MAGMA jouait bien, GONG était horrible ; ou bien GONG était magique, et MAGMA était désastreux. Si GONG se disait “on doit être plus disciplinés”, MAGMA s’exclamait “vive la liberté !”… On a bien failli exploser tous les deux après cette tournée !

Et avec Christian VANDER ?

D. A. : A l’époque, il était très difficile de parler avec lui tellement il était froid. En le voyant, mes cheveux se dressaient sur ma tête ! Mais je l’ai revu il y a une dizaine d’années, et c’était complètement différent. Il était vraiment sympa, et on a eu un très bon contact. On est toujours liés, tu vois.

* Eat that Gnomebook !

Tu as écrit un premier volume sur l’histoire de GONG. Où en est la suite ?

D. A. : Elle est déjà finie, mais on a des problèmes pour le sortir maintenant. Cela concerne la façon de raconter certains événements… On va donc diviser les pages en deux. Il y a aura ma version, et celle des autres, sur le même niveau. C’est ça, la démocratie, l’égalité ! Comme GONG est un groupe rempli de fortes individualités, avec des idées et des façons de penser très différentes, ça risque de donner des versions très contrastées !

* You Never Blow Your Trip Forever

Depuis l’anniversaire de ses 25 ans, le GONG “classique” n’arrête pratiquement pas de tourner, mais toujours avec le même répertoire. Va-t-il enfin y avoir du neuf ?

D. A. : Il y a un nouveau disque prévu qui est en train de se faire. Pierre et moi, nous “groovons” sur l’Internet.

Eeehhh ?

D. A. : Oui, parce que Gilly et moi habitons en Australie, Mike (HOWLETT) et Steffe habitent en Angleterre, et Pierre et Didier en France. Alors, tu vois, on compose par les moyens électroniques, par le Web et le DAT.

Mais sinon, c’est quand même intéressant de jouer l’ancien répertoire sur scène parce que c’est fabriqué comme du jazz. On peut vraiment modifier telle ou telle section, ceci ou cela… C’est difficile d’être blasé ! Le set classique de GONG, c’est réellement un bon set !

C’est pourquoi on n’entend jamais tout à fait les mêmes versions…

D. A. : Oui, et chaque année, on se dit : “Bon, ce coup-ci, c’est la dernière tournée !” Et il y a toujours quelqu’un pour répondre : “Non, non. Il faut en faire encore une !” Mais, en même temps, on est branchés sur beaucoup d’autres trucs. Du reste, il y a un nouveau disque qui vient de sortir et qui s’appelle Family Jewels (“Bijoux de Famille”). Il contient quelques morceaux live de GONG, mais aussi des extraits des albums solo des différents musiciens du groupe, ainsi que de nouveaux morceaux de l’un ou de l’autre. Gilly a fait un morceau avec Orlando, Pierre a casé plusieurs expérimentations jazz-rock et, personnellement, j’ai beaucoup de nouvelles choses. Il y a un extrait d’un disque de jazz que j’ai fait et qui doit sortir bientôt. C’est entièrement jazz, traditionnel be-bop. Je ne joue pas de guitare, je chante ; c’est tout. C’est une sorte d’hommage à mes références, à mes maîtres de départ. Parce qu’à l’origine, je n’ai pas été attiré par le rock n’roll, mais par le jazz ! C’est cette musique qui m’a fait bouger le plus, tu vois. Donc, ce disque, je l’ai fait pour témoigner du respect que j’ai pour certains musiciens de jazz.

Et quels sont-ils, exactement ?

D. A. : Thelonious MONK, Charlie MINGUS, Eric DOLPHY, Sonny ROLLINS, Duke ELLINGTON, tous ces gens-là… Sur mon disque, je joue avec un batteur qui s’appelle NDUGU CHANCLER ; il a joué avec Miles DAVIS. Il y a aussi un pianiste russe, totalement fou, qui vient de St-Petersbourg ; un bassiste, qui ressemble beaucoup à Chris CUTLER quand il était plus jeune ; et puis il y a Didier, qui joue bien sûr du saxophone. C’est vraiment du be-bop ! J’ai réécrit un petit peu les paroles des ballades parce que je ne pouvais pas supporter le sentimentalisme des textes d’origine. Avec ce disque, j’ai vraiment pris mon pied ! Autrement, j’ai un second album qui doit sortir et qui est entièrement consacré à la guitare “glissando”. Glissando, c’est la façon dont je joue de la guitare avec une espèce de petit couteau, un instrument chirurgical, gynécologique. Ça sonne comme un violon, ou comme un synthétiseur. Si tu me regardes de près, tu le vois ; sinon, tu ne le vois pas. En écoutant, tu te dis que ça vient d’un synthétiseur. Et en fait, ça vient de la guitare ! Donc, ce CD expose toutes les différentes possibilités qu’offre cette façon de jouer de la guitare. Il s’appelle 22 Meanings.

* From the Isle of Everywhere

Il y a quelques années, tu as sorti un disque qui s’appelait The Seven Drones et qui est devenu totalement introuvable.

D. A. : Oui, c’est exact. Il sera réédité bientôt ! Il comportait sept compositions, chacune basée sur une note se rapportant à un chakra, un centre psycho-physiologique subtil dans le corps humain. Sept chakras, sept sources d’énergie, sept couleurs de l’arc-en-ciel… Beaucoup de choses se comptent par sept ! (NDLR : Et de plus, la lettre initiale de GONG, le “G”, est la septième lettre de l’alphabet.)

Dans ce disque, je joue beaucoup de guitare glissando. Mais tout le monde joue aussi : Gilly, Didier… On compose sur chacune de ces notes fondamentales. Tu vois, The Seven Drones a été psychologiquement conçu pour favoriser la méditation, se laver l’esprit. Il a été fait en Australie, vers 1985, en rapport avec les stages de rebirthing que j’animais.

Un autre album de cette époque qui est devenu lui aussi rarissime, c’est Australian Years.

D. A. : Celui-là, il a été plus conçu comme un “newsreal”, un zapping d’actualités… Australian Years est constitué de petits enregistrements faits ici ou là, dans des conditions très primitives. On était dans un petit studio de quatre pistes situé dans la “Rainforest”, la “forêt de pluie”, dans les montagnes. Il faisait très humide. Ça mouillait, tout le monde était trempé !… Évidemment, c’était pas bon pour le matériel, les bandes…

As-tu eu l’occasion de jouer avec des musiciens aborigènes ?

D. A. : Oui, en effet. Sur le premier morceau de Seven Drones, il y a justement un jeune aborigène, plutôt doué, qui joue du didgeridoo. On l’entend en train de crier là-dedans “Land Rights ! Land Rights !”. C’est le même qui a joué sur l’album Australia Aquaria, paru chez Demi-Monde.

* Divided Allen Background

Avec le recul, on se rend finalement compte que l’époque où tu as effectué une retraite en Australie, dans les années 80, a quand même été féconde sur le plan musical. Peux-tu nous rappeler les circonstances qui t’ont amené à “prendre refuge” dans ta terre natale ?

D. A. : Oui. Avant ce retour en Australie, j’étais complètement « boulé » avec la « music industry ». J’avais aussi quitté Gilly, et tout a changé. J’étais très fatigué, et j’ai songé à changer complètement de vie. Je suis donc retourné en Australie et j’ai cherché un autre boulot, notamment comme directeur de complexe artistique. Finalement fauché, je suis devenu chauffeur de taxi à Melbourne. Ça c’était pas mal, assez excitant ! A ce moment-là, j’étais avec Maggie BROWN, une Anglaise qui vivait beaucoup en Inde et que j’avais rencontrée à un concert de Bob MARLEY. C’est elle qui m’avait accompagné pendant ma période « américaine ». Elle est tombée enceinte, et on a eu un enfant. Il a fallu que je m’en occupe, que je l’élève…

Puis, j’ai eu envie de retrouver du monde ! J’ai donc décidé de retourner en Angleterre, où je suis resté deux ou trois ans. Comme j’avais gagné un peu d’argent, on est reparti en Australie, dans un endroit qui s’appelle Byron Bay, un vrai centre de « Freaks » ! La vie était facile, là-bas ! On avait la sécurité sociale, etc. Mais j’étais encore assez troublé dans ma tête. Je me demandais : « Est-ce la fin de ma carrière, de ma vie ? Qu’est-ce que je vais faire ? » J’ai donc songé à faire des stages de yoga, de méditation. Ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai pratiqué aussi le rebirthing. A la base, c’est une technique de respiration. A travers elle, tu fais l’expérience d’une nouvelle naissance de la conscience, et ça, c’est fabuleux ! Ça change beaucoup de choses dans la tête !

Exactement ce qu’il te fallait, donc ?

D. A. : Ah oui ! Si tu veux, le rebirthing permet une expansion de la conscience qui m’était absolument nécessaire à cette époque ! Du coup, je suis moi-même devenu professeur de rebirthing, j’ai enseigné dans des stages, etc. Et en 1987, il y eut cette cérémonie mondiale, l’”harmonic…” euh… Ah oui ! La « Convergence harmonique » ! A Byron Bay, tout le monde s’est mis à méditer à un moment précis (NDLR : moment où devait se produire une nouvelle configuration astrologique susceptible de provoquer des changements dans la conscience individuelle et collective). Ça m’a frappé tellement fort que j’ai eu la vision d’un nouveau GONG ! A ce moment-là aussi, je suis tombé amoureux d’une fille qui s’appelait Wandana. Avec elle, je suis retourné en Angleterre, et on a fait un petit concert à Exeter. Waoh ! C’était plein à craquer ! Alors que j’avais quitté tout ça depuis dix ans, une mythologie s’était construite autour de GONG ; et dans une maison de disques, j’ai vu tous nos anciens albums ! Ça a été un peu un choc, parce qu’en Australie, je n’avais aucune idée de ce qui se passait. Je ne savais pas qu’on vendait encore des disques ! D’autant que je ne gagnais plus un rond là-dessus, tu vois ! Donc, quand j’ai repris, j’étais avec un groupe de femmes. C’était le premier INVISIBLE OPERA COMPANY OF TIBET. Et on continuait à faire des stages… Des gigs, des stages, des gigs, des stages… C’était vraiment intéressant ; il y avait une ambiance différente des débuts, beaucoup plus pure ! On ne fumait plus, on ne se droguait plus… Simplement, on respirait ! Oxygène !

* You can’t kill GONG

Et la planète verte s’est mise à refleurir, notamment par le biais de GONGMAISON en 1988, et de SHAPESHIFTER…

D. A. : A l’époque, je n’envisageais pas vraiment de rejouer du GONG « classique ». Je pensais qu’il fallait faire quelque chose de nouveau. Donc, on a commencé avec l’INVISIBLE OPERA OF TIBET en Angleterre. Après, on est passé à GONGMAISON, plus ou moins orienté « jazz/house ». On avait fait une version « dance » de Flying Teapot, des choses comme ça, basées sur un mélange d’acoustique et de techno. Petit à petit, cela a évolué jusqu’à ce qu’on se retrouve tous au 25e anniversaire de GONG ! Voilà toute l’histoire ! Mais quand j’étais en Australie, j’ai vraiment pensé que la musique, c’était fini pour moi !

Ah oui, carrément ?

D. A. : Carrément !

* To the Highest Buddha

Qu’est devenu l’INVISIBLE OPERA COMPANY OF TIBET ?

D. A. : Ça existe toujours ! Il y a dorénavant quatre formations : une australienne, une anglaise, une brésilienne et une américaine. Chacune joue plus ou moins le même répertoire et les musiciens passent de la formation d’un pays à celle d’un autre pays. Par exemple, le leader du groupe australien est venu en Angleterre faire une tournée avec le groupe anglais. Le Brésilien Fabio GOLFETTI fait de superbes glissandis de guitare. Il est vraiment très bon ! Les Américains, par contre, sont un peu en dehors du coup ! Ils sont un peu bizarres, typiques de l’esprit de Los Angeles. On n’a pas encore pris un bon contact avec eux. En revanche, ça se passe très bien avec les autres formations…

Pourquoi “ … du Tibet ” ?

D. A. : Parce qu’on est spirituellement et politiquement liés avec le Tibet. Ce qui se passe là-bas est une grande tragédie ! Et puis, quand même, le Dalaï-Lama est un saint homme ! C’est un être humain d’une rare sagesse, et pour lequel on doit éprouver du respect.

L’as-tu déjà rencontré ?

D. A. : Oui, c’était en Australie. J’avais mon enfant, qui a maintenant seize ans, et le Dalaï-Lama avait posé ses deux mains sur sa tête ; après, il m’a touché le bras. J’étais un peu déprimé à cette époque, mais, pendant une semaine, j’étais complètement transporté ! Par un simple toucher, il m’avait transformé ! C’était vraiment magique ! Je ne sais pas si c’est moi ou lui…

“ … of Tibet ”, aussi, parce que dans la mythologie de la planète GONG il y a une sagesse, déguisée et dissimulée sous l’aspect absurde des histoires de GONG. Et cette sagesse, elle provient des maîtres-lamas tibétains.

Et du reste, il y a du chant tibétain dans You.

D. A. : C’est ça, exactement !

Il y a deux/trois ans, tu as co-produit l’album du groupe SILVER ON THE TREE, constitué d’anciens membres de l’INVISIBLE OPERA COMPANY OF TIBET.

D. A. : C’est un groupe avec plusieurs chanteuses ou choristes et dont le répertoire comprend des madrigaux, des chansons spirituelles, de belles chansons antiques, des « teaching songs ». Il y a eu des traditions de teaching songs. Elles évoquent les différents chemins de sagesse, de connaissance spirituelle. Pas religieuse, plutôt spirituelle !

Heaven’s Gate ?

D. A. : L’année prochaine, en 1999, j’envisage d’organiser un énorme festival, que j’ai baptisé le “Chemin des Sept Lunes”. Ça commencerait en avril et on ferait un stage qui durerait jusqu’au moment de la pleine lune. La journée précédant celle-ci, il y aurait une grande cérémonie rituelle avec musique, danse, lights-show, et dont le “climax” se situerait au moment exact de la pleine lune, même si c’est à neuf heures du matin ! On installerait un petit village avec des tentes, des tipis, tout ça, dans lesquels on vivrait le temps du stage. Et comme il y aura sept pleines lunes dans l’année, il y aura sept stages et rituels-concerts. Après cela, seulement deux mois nous sépareront de la fin du siècle ! Donc, c’est le moment !

Où cela aurait-il lieu ?

D. A. : Partout. Ça commencerait en Californie, puis dans le Sud-Est de l’Angleterre, ensuite à Glastonbury, puis en France, en Irlande, en Écosse, au Pays de Galles… On fera en sorte de trouver des sites qui servent déjà pour d’autres festivals. Chacun apportera ce qu’il veut, car ce n’est pas du tout fondé sur l’argent. Les musiciens qui souhaiteront participer devront ainsi apporter l’équipement nécessaire pour vivre, car chaque stage commencera sept jours avant le “grand moment”. On vivra donc ensemble dans ce site pendant sept jours afin de créer. Toute personne qui viendra fera partie du rituel.

Il y aura donc une mise en commun des forces en présence ?

D. A. : Voilà. Chacun apportera son énergie créatrice, mais devra également fournir des éléments pratiques, matériels. Moi, je prêterais un bus, ou un truc comme ça, pour le “logement”…

Ce sera donc un retour à la vie communautaire, comme à l’époque ?

D. A. : Quelque chose comme ça… Remarque, il y aura deux semaines entre chaque stage et rituel où chacun pourra partir chercher de l’argent, faire des courses pour se nourrir, etc.

Ce n’est pas un projet qui concerne uniquement GONG ?

D. A. : Non, c’est moi qui le propose. J’invite tout le monde, mais nul n’est obligé de venir. Gilly sera là… Mais même si je me retrouve tout seul dans ma petite tente, avec ma guitare acoustique, je le ferais !

Envisages-tu de concrétiser tout cela par un disque ?

D. A. : On va d’abord vivre l’événement ; après, on verra ! Il y a déjà tellement de projets, dont le nouveau disque de GONG. En fait, on travaille tout le temps !

Entretien réalisé en 1996 et 1998 par Stéphane Fougère

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