HACO – Happiness Proof

HACO – Happiness Proof
(ReR Megacorp /Orkhêstra)

haco_happinessproofTête pensante et chantante de l’un des premiers groupes à avoir porté la bonne parole de la musique underground japonaise à l’étranger (on parle évidemment de AFTER DINNER) dans les années 1980, la chanteuse, compositrice, multi-instrumentiste et productrice HACO a été particulièrement occupée au tournant des années 2000.

Outre ses participations à des albums de Otomo YOSHIHIDE et de ACID MOTHERS TEMPLE, elle a enregistré avec le trio féminin HOAHIO un second opus paru sur Tzadik et a entamé un nouveau projet, VIEW MASTERS, portant sur les racines naturelles du japonais et dont le premier enregistrement devrait paraître sur une compilation Sub Rosa.

Mais c’est bien entendu sur son second opus solo, Happiness Proof, que HACO dévoile le plus sûrement son univers personnel, sa propre interprétation d’une pop music qui se fait surréelle au contact d’expérimentations électroniques et électroacoustiques, du cyber-rock en dentelles, sans vaticinations apocalyptiques, mais véhiculant plus sûrement une vision ironico-naïve du monde.

De son propre aveu, notre fée lutine a voulu intégrer dans Happiness Proof tout ce qui l’a influencé en vingt ans, du post-punk de la fin des 70’s au post-rock actuel. La cold wave et le drum’n bass y ont sans doute laissé aussi quelques traces… Doit-on y voir l’expression d’un nouveau psychédélisme ? Toujours est-il que HACO, bien qu’assurant déjà seule les voix, les claviers, les guitares, les boîtes à rythmes et les échantillonnages, a su s’entourer de plusieurs gloires des musiques nouvelles japonaises et internationales, provoquant parfois de pertinentes rencontres virtuelles.

Ainsi la batterie épileptique de Peter HOLLINGER croise-t-elle sans le savoir la guitare traitée de YAMAMOTO SEIICHI (OMOIDE HATOBA, BOREDOMS…) dans Element et Starry Night, tandis que les violons et la harpe africaine « mécaniumisés » par Pierre BASTIEN sont « overdubés » par le daxophone (ce n’est pas une coquille) de UCHIHASHI KAZUHISA (ALTERED STATES, GROUND ZERO…) dans Invisible Fireworks, peignant ainsi une fresque magique recommandée aux méditants. Sur Fluid of Wisdom, ce sont les platines de l’inévitable OTOMO YOSHIHIDE qui animent de gnomeries diverses un espace bientôt visité par la guitare planante de IMAHORI TSUNEO.

Et par-delà ces textures acoustico-électronico-noisy-bigarrées s’élève la voix limpide et brillante de HACO qui est à elle seule un enchantement rare en même temps qu’un efficace antidote contre l’éloquence maniériste. Qu’on écoute par exemple ses harmonies vocales dans Starry Night ou Floodlights

Bien que relevant d’une démarche expérimentale, Happiness Proof s’avère assez accessible pour un public non initié et pourrait ouvrir quelques portes à HACO. Quant à ceux qui souhaiteraient tout reprendre depuis le début ou réviser, qu’ils écoutent l’album Paradise of Replica de AFTER DINNER réédité chez ReR Megacorp avec des remixes en bonus (d’où la « réplication » du titre en Paradise of Remixes). Voilà une « preuve de bonheur » de plus !

Site: http://www.hacohaco.net/haco/home.html

Label: www.rermegacorp.com

Distributeur: www.orkhestra.fr

Stéphane Fougère

(Chronique parue dans TRAVERSES n°8 – mars 2001)

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