HATFIELD & THE NORTH – Hatwise Choice

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HATFIELD & THE NORTH – Hatwise
Choice (Autoproduction / Burning Shed)

De toutes les formations légendaires de la sphère musicale dite de Canterbury, HATFIELD & THE NORTH est assurément celle qui, jusqu’à aujourd’hui, n’avait pas encore succombé à la tentation de donner suite aux multiples et répétitives prières des fans demandant la publication officielle d’archives live de sa courte mais ô combien inspirée existence. Hormis les quelques versions live incluses dans la très rare compilation vynile Afters (puis ensuite placées en bonus de la réédition CD de The Rotters’ Club), rien n’avait encore filtré des performances scéniques du groupe (on mettra de côté son concert de reformation en 1990 pour la TV anglaise), jusqu’à ce que, face à la prolifération pernicieuse d’enregistrements non officiels, les membres du groupe, qui avaient tous vaqué à d’autres occupations musicales, ne se mettent d’accord pour publier eux-mêmes leurs archives.

Trente ans après la séparation de la formation originelle, l’impensable se produit enfin : un CD compilant divers bandes live voit enfin officiellement le jour (même s’il est vendu presque sous le manteau).

Véritable malle au trésor, Hatwise Choice contient des enregistrements issus des quatre sessions BBC que HATFIELD & THE NORTH avait réalisées le long de sa carrière, du Sounds of the 70’s de janvier 1973, qui fut l’un des premiers concerts donnés avec Dave STEWART, au John Peel Show de novembre 1974, sans oublier les Top Gear de juillet 1973 et de mars 1974, tous bénéficiant d’une qualité sonore somptueuse, et des extraits de concerts donnés entre 1973 et 1975 issus d’enregistrements sur cassette à la qualité que l’on devine moins optimale, mais dûment retravaillés pour rendre le tout à peu près homogène.

Au lieu de proposer un parcours platement chronologique des sources sélectionnées (pensez donc, ce serait trop facile !), Hatwise Choice se présente comme un intriguant capharnaüm qui a le mérite inattendu de faire ressembler cette compilation aux longs sets que le groupe effectuait à l’époque (tout comme SOFT MACHINE et MATCHING MOLE), enchaînant plusieurs morceaux par le biais de segments improvisés, et permet de faire apprécier en un « zapping » astucieux les différentes facettes que prenait la musique de HATFIELD & THE NORTH dans le contexte du live.

On retrouve évidemment nombre de classiques du répertoire hatfieldien (Shaving is Boring/Licks for the Ladies, Prenut/Oh What a Lonely Lifetime, The Yes-No Interlude, Rifferama, ainsi qu’une très belle version démo de Calyx chantée par Richard SINCLAIR) mais suffisamment différents des versions albums pour qu’on ait cru bon de les affubler de nouveaux titres (un syndrome très répandu dans les planètes canterburyenne et gonguesque), histoire d’exciter la matière grise des « die-hard » fans.

Loin des polissages studio et sans le concours d’aucun invité de marque, Dave STEWART, Richard SINCLAIR, Phil MILLER et Pip PYLE jouent sans filet, recréant inlassablement leurs compositions déjà bien échevelées, tout en confirmant leur goût pour les structures harmoniques et mélodiques ultra sophistiquées, les délicatesses vocales, le surréalisme pince-sans-rire des cassures climatiques, bref tous les éléments qui ont contribué à forger l’identité de la « Canterburytude », et auxquelles s’ajoutent d’autres surprises esthétiques que, certainement, on n’avait à peine subodorer dans la discographie classique du groupe.

Au précautionneux travail de broderie sonore que mettaient en évidence les deux disques studio, cette compilation live substitue les plongeons inopinés dans l’improvisation buissonnière (Hattitude, Amsterdamage 11/19 – une revisite de Gigantic Land Crabs…), les « happenings » franchement expérimentaux (Blane over Paris, Effing Mad Aincha), et les cocasseries intempestives (May the Farce be with You, Son of Plate Smashing Dog, Top Gear Commercial).

Complété par un livret contenant photos, interviews de chacun des membres du groupe et une préface de l’écrivain Jonathan COE (auteur du roman The Rotters’ Club), Hatwise Choice n’aura guère de mal à imposer son « indispensabilité » auprès des fans invétérés comme des simples curieux et leur fera redécouvrir et ré-apprécier les « Hatfields » bien plus sûrement que le calamiteux concert de reformation que ceux-ci ont donné lors du festival des Tritonales en juin 2005.

Les accrocs de la reconstitution biographique auront beau jeu de constater que certaines sessions BBC n’ont pas été restituées en intégralité et de regretter que certains extraits de concerts s’achèvent sur la promesse d’autres pièces qui se volatilisent à la faveur de fondus enchaînés…

Ça sent le « Volume 2 » à dix kilomètres, pardon !, à dix miles… vers le nord !

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°18 – juillet 2005)

Site : www.hatfieldandthenorth.co.uk

Label : www.burningshed.com

 

 

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