In Praise of Lindsay COOPER

In Praise of Lindsay COOPER

LindsayCooper-tribute00Figure bien connue des passionnés de musiques nouvelles européennes et du mouvement Rock In Opposition originel, la compositrice, bassooniste, saxophoniste et pianiste Lindsay COOPER s’est éteinte à 62 ans le 18 septembre 2013, laissant une œuvre florissante, polyvalente, multi-directionnelle, en plus de participations à des groupes emblématiques (HENRY COW, COMUS, FEMINIST IMPROVISiNG GROUP, Mike WESTBROOK ORCHESTRA…). Une année aura été nécessaire pour mettre en place un projet d’hommage scénique faisant intervenir différents groupes qui ont marqué une partie de sa carrière et qui ont joué ses compositions.

Compte tenu des affinités généalogiques entre ces groupes, le projet a vite pris l’allure de rassemblement familial de portée internationale, sorte de festival Rock In Opposition bis qui aura, contre toute attente, permis le retour scénique de HENRY COW, de OH MOSCOW, de MUSIC FOR FILMS et l’apparition inédite de NEWS FROM BABEL. Cet hommage s’est étalé sur trois dates, à Londres et à Huddersfield, en Grande-Bretagne, et à Forli, en Italie, du 21 au 23 novembre 2014.

La direction de TRAVERSES a assisté au premier de ces concerts, dans la prestigieuse salle londonienne le Barbican, et vous en fait revivre le déroulement, tout en revenant sur le parcours de Lindsay COOPER et sur l’héritage musical des quatre formations qui ont célébré sa musique. Retour sur un événement unique qui a indubitablement marqué les mémoires…

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LindsayCooper-tribute000Née en mars 1951 dans le quartier nord-londonien de Hornsey, Lindsay COOPER a commencé, comme beaucoup de musiciennes, par apprendre le piano avant de faire du basson son instrument de prédilection. Après avoir étudié la musique classique (elle a été membre du National Youth Orchestra of Great Britain et ensuite de la Royal Academy of Music de Londres), elle s’est finalement tournée vers des musiques plus marginales, rejoignant par exemple le mythique groupe d’acid-folk COMUS, au sein duquel elle s’est initiée également au hautbois, et un peu à la flûte, qu’elle a en fin de compte délaissé.

Lindsay COOPER s’est aussi impliquée dans le RITUAL THEATRE de Barry EDWARDS, qui comptait parmi ses membres le flûtiste Clive BELL, alors bien connu de certains membres de HENRY COW. C’est ainsi que ces derniers ont découvert Lindsay COOPER et lui ont proposé de rejoindre leur groupe, ce qu’elle fît en 1974. A partir de cette année-là, Lindsay a également été conviée à participer à des sessions d’enregistrement de plusieurs albums qui ont marqué les « Progressive 70’s » : Hergest Ridge de Mike OLDFIELD, Fish Rising de Steve HILLAGE, The Rotter’s Club de HATFIELD AND THE NORTH, Civil Surface de EGG. Elle a joué aussi un temps avec NATIONAL HEALTH (il n’existe hélas aucun enregistrement). Mais c’est véritablement avec HENRY COW que sa fibre compositrice a commencé à se manifester. Et c’est principalement pour cette filiation avec le groupe qui a initié le mouvement Rock In Opposition que Lindsay COOPER est connue des amateurs de rock avant-gardiste.

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Toutefois, son parcours musical est loin de se limiter à cette sphère. Du reste, parallèlement à HENRY COW (et peut-être à cause de…), Lindsay COOPER a commencé à jouer du jazz avec rien moins que Derek BAILEY, Lol COXHILL et Evan PARKER et, dès 1977, elle a fondé avec la chanteuse écossaise Maggie NICHOLS le FEMINIST IMPROVISiNG GROUP, au sein duquel on retrouvait entre autres la bassiste Georgie BORN, la tromboniste Anne-Marie ROELOFS et la pianiste Irène SCHWEIZER, qui ont collaboré au dernier disque de HENRY COW, Western Culture. C’est à cette époque que Lindsay a découvert le saxophone soprano. Fonder un groupe exclusivement féminin était aussi, on s’en doute, une façon d’exprimer des convictions existentielles et politiques, même si Lindsay n’a jamais envisagé la musique dans une perspective didactique. Ce collectif a poursuivi son activité sur scène jusqu’en 1982, ne laissant à la postérité qu’une cassette jamais rééditée sous un autre format.

C’est au tournant des années 1980 que Lindsay COOPER a démarré sa carrière solo, avec notamment un premier album, Rags, constitué de thèmes composés pour le film The Song of the Shirt. Et durant la décennie 1980, Lindsay a continué à composer pour le cinéma, la télévision et le théâtre, tout en participant au Mike WESTBROOK ORCHESTRA (elle figure sur les disques The Cortege et Rossini) et au groupe David THOMAS & THE PEDESTRIANS, au sein duquel elle a retrouvé Chris CUTLER (le monde est décidément petit). Trois disques de ce groupe ont été enregistrés avec ces deux anciens séides de HENRY COW : Variations on a Theme, More Places Forever et le plus rare Winter Comes Home. Enfin, à la fin des années 1980, Lindsay COOPER allait trouver une sorte de reconnaissance avec sa création Oh Moscow !, qui a eu le loisir de tourner dans plusieurs continents (Europe, Amérique du Nord et Russie).

C’est à la fin des années 1990 que l’on a appris officiellement que Lindsay cessait toute activité scénique à cause d’une maladie. En effet, Lindsay souffrait depuis plusieurs années de la sclérose en plaques, laquelle lui avait été diagnostiquée à l’époque où elle faisait partie de HENRY COW. Elle ne l’avait pas révélé immédiatement pour éviter tout préjudice à sa carrière, mais lorsque la maladie est devenue trop pesante, elle a fini par la révéler.

Lindsay s’est donc retirée de la scène musicale, se contentant par la suite d’enregistrer encore quelques disques : Schrödinger’s Cat, An Angel on the Bridge, Sahara Dust, Pia Mater (avec Charles GRAY), et son dernier, View from the Bridge, qui contient des pièces emblématiques comme Concerto for Sopranino Saxophone and Strings et Songs for Bassoon and Orchestra.

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Le choix de jouer des instruments à vent – à commencer par le basson – dans des environnements rock, jazz et contemporain a évidemment permis à Lindsay d’imposer sa signature musicale. Elle a toujours perçu le basson comme l’instrument le plus proche de la voix humaine. De fait, elle en a modifié l’écoute qu’on pouvait en avoir en explorant de nouvelles voies et de nouvelles techniques, usant notamment d’une pédale pour générer des boucles et créer des effets de « basson-wah-wah ». Elle en a sondé les profondeurs sépulcrales et les hauteurs plaintives, et s’est forgé un univers musical spécifique dont le FEMINIST IMPROVISING ORCHESTRA, THE MARX BROS, THE FILM MUSIC ORCESHTRA, NEWS FROM BABEL et OH MOSCOW sont les jalons révélateurs, sans parler de ses récitals solo au basson et aux saxophones.

Lindsay COOPER s’est éteinte le 18 septembre 2013, à l’âge de 62 ans. Il aura fallu une année pour permettre à Chris CUTLER de mettre en place un projet d’hommage scénique. La perspective de couvrir toute la carrière musicale de la bassoniste s’étant vite avéré non viable (au moins sur le plan financier), Chris CUTLER a opté pour une reconstitution des principaux groupes qui ont joué ses compositions, à savoir HENRY COW, MUSIC FOR FILMS, NEWS FROM BABEL et OH MOSCOW. Les affinités généalogiques entre ces différents groupes, qui avaient certains membres en commun, a bien entendu favorisé la création d’un hommage à « plateau tournant » faisant intervenir peu ou prou les mêmes musiciens, chanteurs et chanteuses dans des formules diverses. De fait, l’annonce de deux concerts en Angleterre, en novembre 2014, auxquels est venu se greffer un autre concert en Italie, a révélé que cet hommage à Lindsay COOPER allait simultanément prendre la forme d’une réunion familiale à caractère événementiel, car impliquant des artistes liés à l’aventure HENRY COW et du mouvement Rock In Opposition, ou des proches.

C’est le superbe et renommé Barbican (le « plus grand centre des arts du spectacle d’Europe ») de Londres qui eut donc la primeur de cette célébration de la musique de Lindsay COOPER. Et parce qu’elle fut la première programmée, cette soirée du 21 novembre 2014 au Barbican a fatalement pris pour le public, venu des quatre coins du monde, une dimension événementielle qui restera dans les annales. Elle fut suivie le lendemain par un autre concert au Lawrence Batley Theatre de Huddersfield et une ultime performance au Teatro Diego Fabbri Forli, en Italie.

HENRY COW

De tous les groupes qui ont fait partie du projet de célébration de la musique de Lindsay COOPER, HENRY COW est le seul qu’elle n’a pas fondé ou co-fondé. Le groupe existait bien avant qu’elle ne l’intègre, au début de l’année 1974. Elle l’a brièvement quitté en septembre 1974 (après l’enregistrement du LP Unrest) et l’a réintégré en février 1975 jusqu’à sa dissolution, en 1978. Ce n’est donc pas un groupe qu’elle a initié, au contraire des trois autres formations, MUSIC FOR FILMS, NEWS FROM BABEL et OH MOSCOW, qui sont nés après l’aventure HENRY COW, soit au cours des années 1980, et qui révèlent bien davantage sa maturité artistique.

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Cependant, HENRY COW fut le premier groupe pour lequel la bassoniste a fait ses premières armes de compositrice. Sa contribution a toutefois été assez tardive, puisque ses compositions ont été enregistrées dans les derniers mois d’existence du groupe séminal du mouvement Rock In Opposition. Elles couvrent toute la face B (sous-titrée Day by Day) du dernier LP de HENRY COW, Western Culture (1978).

Cela dit, la participation de Lindsay COOPER à HENRY COW a très nettement orienté sa vision esthétique et ses options musicales. HENRY COW lui a permis d’introduire le basson dans des domaines qui ne lui était pas familier, et parallèlement d’exploiter des techniques d’improvisation, tout en s’initiant au saxophone soprano et au piano. Et le fait que ses groupes subséquents aient intégré systématiquement des membres de HENRY COW n’est évidemment pas un hasard. HENRY COW a véritablement fondé une famille artistique qui s’est déclinée en plusieurs unités différentes, lesquelles ont elles-mêmes contribué à élargir significativement le cercle de ces « musiques nouvelles européennes » révélées par le mouvement Rock In Opposition et la création d’un réseau alternatif de production et de diffusion (le label Recommended Records…) mis sur pied, justement, par des membres de HENRY COW.

Il était par conséquent difficile d’envisager un projet d’hommage à Lindsay COOPER sans y intégrer HENRY COW, d’autant que sa notoriété, due à son rôle dans l’émergence de toute une sphère musicale, était de nature à attirer un public bien plus important que le seul nom de Lindsay COOPER. Quant on sait que HENRY COW s’était jusqu’à présent refusé à toute reformation, on mesure l’ampleur événementielle qu’a constitué l’annonce d’un projet dont il serait la cheville ouvrière.

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Revoir HENRY COW sur scène après tant d’années pour certains, découvrir HENRY COW sur scène pour la première fois pour d’autres… l’attente était imposante côté public. Pour autant, il ne fallait surtout pas s’attendre à aller écouter « un concert de HENRY COW » avec quelques invités… Il n’était pas question pour le groupe de céder à la tentation d’une réunion qui aurait consisté à rejouer ses plus grands « hits » (joke !). Mais il est compréhensible que certaines personnes aient pu s’y attendre, au regard du personnel rassemblé pour ce projet de célébration.

Quasiment tous les membres de HENRY COW ont répondu présents, à l’exception de Georgie BORN, retirée de la vie musicale, et Geoff LEIGH, puisqu’il fut membre du groupe avant l’arrivée de Lindsay COOPER, qui l’a en fait remplacé. Ce détail en dit long sur l’intention de départ : HENRY COW n’avait pas l’intention de phagocyter l’événement dédié à sa bassoniste émérite en retraçant toutes les époques de son histoire (surtout pas celle des « années Virgin » et de la trilogie des chaussettes !), et n’avait donc pas besoin de rejouer avec toutes celles et tous ceux qui en ont fait partie. Son idée était de se concentrer sur la période où l’apport de Lindsay COOPER a été le plus marquant, à savoir ses compositions pour Western Culture.

On comprend dès lors la position quelque peu inconfortable de HENRY COW durant cette série de concerts à la mémoire de Lindsay COOPER. La participation du groupe au projet avait clairement pour objectif d’attirer les chalands, mais ne devait pas tirer la couverture à lui, question d’éthique. Et on sait combien l’éthique joue un rôle fondamental dans l’univers pionnier du Rock In Opposition…

On imagine bien cependant la surprise d’une certaine partie du public quand il a appris que la participation de HENRY COW à ce projet d’hommage n’excéderait pas 25 % en termes de représentativité. Mais à bien regarder la carrière artistique de Lindsay COOPER, ce pourcentage est finalement élevé, et ce sont plutôt les autres groupes qu’elle a fondés qui ont été lésés lors de cette célébration. Car HENRY COW a joué l’intégralité des compositions que Lindsay COOPER avait écrites pour lui, alors que les autres formations ont dû faire des choix dans leurs répertoires respectifs…

C’est pourquoi la contribution de HENRY COW n’a pas non plus été positionnée de manière à apparaître comme « le clou » de ces soirées. Bien au contraire, ce projet d’hommage ayant cherché à respecter autant que possible la chronologie de la carrière artistique de Lindsay COOPER, HENRY COW s’est logiquement retrouvé en position d’inaugurateur et a donc démarré chacun des trois concerts prévus.

Comme convenu, le groupe a passé en revue (mais dans le désordre) la totalité des pièces de la face B de Western Culture, et y a ajouté Slice, une pièce laconique de Lindsay (à peine 40 secondes au compteur !) parue à l’origine sur la séminale et référentielle compilation Recommanded Records Sampler, puis incluse dans la seconde réédition CD (sur ReR Megacorp) de Western Culture. (La totale aurait été d’inclure également dans le set The Dividing Line, une composition co-écrite par CUTLER, FRITH et COOPER qui a atterri dans le premier disque d’ART BEARS, Hopes and Fears, souvent considéré comme l’album « perdu » de HENRY COW, puisqu’une partie de son contenu provient de la session d’enregistrement du groupe en janvier 1978…).

La formation réunie était constituée des « usual suspects », à savoir Chris CUTLER (batterie), Fred FRITH (guitare) et Tim HODGKINSON (alto saxophone, clarinette), augmentés de la violoniste et tromboniste Anne-Marie ROELOFS (simple invitée sur le disque Western Culture). John GREAVES avait aussi retrouvé sa basse pour l’occasion, mais on précisera au passage que, s’il fut historiquement l’un des membres d’origine de HENRY COW, il avait quitté le groupe bien avant l’enregistrement de Western Culture, ce qui signifie qu’il n’avait jamais joué auparavant les compositions de Lindsay COOPER pour HENRY COW !

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Enfin, pour remplacer Lindsay COOPER, il a été fait appel à Michel BERCKMANS, plus connu pour avoir été le bassoniste d’UNIVERS ZÉRO et de JULVERNE, et qui était donc le candidat idéal à défaut d’avoir été un membre naturel de la famille, et Alfred HARTH (saxophones ténor et soprano, trompette, clarinette), dont on sait qu’il a joué avec Chris CUTLER dans une formation post-HENRY COW, CASSIBER, et qu’il fut ponctuellement invité sur quelques concerts tardifs de HENRY COW. Et sur certaines pièces (Gretel’s Tale et Falling away), Veryan WESTON et Zeena PARKINS sont venus en renfort aux claviers. C’est donc dans une formule strictement instrumentale (sans la chanteuse Dagmar KRAUSE) élargie et atypique que s’est produit HENRY COW.

Le groupe avait choisi d’introduire son set par Half The Sky, ce qui fait sens dans la mesure où c’est chronologiquement la première composition de Lindsay COOPER enregistrée par HENRY COW. Mais compte tenu que le groupe n’a eu que deux jours pour répéter, lors du premier concert, au Barbican, le morceau a fait l’objet d’un faux départ ! Peu après, c’est Gretel’s Tale qui a été interrompu en plein milieu… et repris quelques secondes après là ou il avait été laissé ! Ces incidents ont cependant rappelé la dimension purement humaine à l’œuvre dans une interprétation live, et ont malgré eux contrasté avec la rigidité et la froideur structurelles des compositions denses et millimétrées de Western Culture.

Évidemment, voir ces musiciens accrochés à leurs (encombrantes) partitions était un comble, quand on sait que HENRY COW fut aussi connu pour avoir poussé loin l’art de l’improvisation… Mais ce n’est pas ce HENRY COW-là qui s’est produit au Barbican de Londres, à Huddersfield et à Forli. Et les ratés et les crispations étaient compréhensibles si l’on tient compte du fait que cette musique n’avait pas été jouée depuis une trentaine d’années par ses protagonistes… et que certains de ceux-ci ont dû faire des efforts éthiques pour accepter de s’y replonger.

Qui plus est, les musiciens n’avaient eu que deux jours pour répéter. C’est peu, beaucoup trop peu pour réactiver un répertoire connu pour sa complexité d’écriture. On peut même parler d’une gageure, d’autant que le répertoire de HENRY COW ne fut pas prioritaire lors des répétitions.

Dans ce projet d’hommage, HENRY COW a littéralement – et laborieusement – essuyé les plâtres, mais s’en est, compte tenu de tous ces paramètres, sorti avec les honneurs et fut logiquement bien applaudi. Il faut saluer au passage la performance de John GREAVES, qui s’est retrouvé à travailler sur un répertoire qu’il ne connaissait pas. Et bien sûr, éloquent aussi fut le travail accompli par Alfred HARTH, qui n’a jamais fait partie de HENRY COW, et par Michel BERCKMANS, qui n’est même pas lié à la « famille HENRY COW » (si ce n’est par le biais du collectif Rock In Opposition, en tant que membre d’UNIVERS ZÉRO).

Mais comme l’a dit John GREAVES à la fin du set à Londres, le « real deal » allait seulement commencer…

NEWS FROM BABEL

La formation qui a succédé à HENRY COW durant les trois concerts fut NEWS FROM BABEL, bousculant de fait le déroulement supposé chronologique de la célébration, vu que ce groupe a été fondé par Lindsay COOPER et Chris CUTLER en 1983, soit après que Lindsay a monté son groupe consacré à ses musiques de films.

Toujours est-il qu’elle fut l’occasion de voir entrer en scène deux monstres sacrés de la face « chantée » du Rock In Opposition, la légendaire Dagmar KRAUSE (SLAPP HAPPY, HENRY COW) et la perle rare Phil MINTON. Ce dernier, à défaut d’avoir été un membre de HENRY COW, peut toutefois être considéré comme un sympathisant de la famille, puisqu’il avait subrepticement participé à quelques concerts tardifs de HENRY COW – notamment ceux de 1978 où le groupe a fusionné avec le Mike WESTBROOK BRASS BAND (dont MINTON faisait partie) sous le nom L’ORCKESTRA – et avait donné quelques concerts avec Fred FRITH, Chris CUTLER et Tim HODGKINSON sous le nom THE LIONS OF DESIRE.

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Mais en dépit de son lien généalogique avec HENRY COW, la démarche de NEWS FROM BABEL, d’un point de vue plus strictement musical, s’inscrit plus sûrement dans la droite lignée d’ART BEARS (certes lui aussi lié généalogiquement à HENRY COW, et pour cause, il en est une excroissance !). Entendez par là que NEWS FROM BABEL a creusé l’orientation « chanson atypique » développé par le trio FRITH / CUTLER / KRAUSE plutôt que l’aspect composition instrumentale ultra-complexe de HENRY COW. Qui plus est, Fred FRITH n’a pas participé à l’aventure NEWS FROM BABEL. En revanche, celle-ci a révélé une artiste qui s’est ensuite fait un nom dans l’univers de pointe des musiques nouvelles, Zeena PARKINS, harpiste de base et accordéoniste à l’occasion. (Elle a notamment joué dans SKELETON SCREW.) NEWS FROM BABEL fut sa première expérience dans un groupe supposé « rock », et elle l’a véritablement marqué de son empreinte sonore. On peut même dire que les harpes (électrique et préparée) de PARKINS est – avec le basson, les saxophones alto et sopranino et les claviers de Lindsay COOPER, bien sûr – le point d’attraction central de la musique de NEWS FROM BABEL. A la batterie, Chris CUTLER apporte l’indispensable ancrage terrestre à cette musique volontiers « vacillante ».

Qui plus est, si la musique est le fait de Lindsay COPER, Chris CUTLER a, lui, fourni les textes. Ceux du premier album (au titre double, puisque divisé en deux suites – une par face – Sirens and Silences et Work Resumed on the Tower), sont inspirés par le critique littéraire Georges STEINER et son ouvrage de référence sur le langage et la traduction, Après Babel (1975). Il faut ainsi appréhender le nom du groupe comme une lettre ou un bulletin émanant, selon les propres dires de CUTLER, « d’un endroit désespéré mais plein d’espoir »… Quant à Work Resumed on the Tower, son allusion à la Tour de Babel est flagrant, soulignant que si ceux qui travaillent sur ladite tour ne parle pas la même langue, ils peuvent toujours communiquer par des dessins ou des diagrammes…

Le titre du second LP, Letters Home, est en revanche une référence directe au recueil de lettres de l’écrivaine et poète américaine Sylvia PLATH, une égérie notoire des féministes. Dans l’un comme dans l’autre disque, les thématiques générales abordées s’inspirent de la politique marxiste et du sujet de l’aliénation personnelle, thèmes « henrycowiens » et « rockinoppositionesques » par excellence ! La musique, pour sa part, intègre des éléments de rock (de chambre), de jazz, voire de cabaret et d’Europe de l’Est et se distingue donc par ses couleurs spécifiques et ses arrangements électro-acoustiques à la pâte si singulière.

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Si Phil MINTON n’apparaît qu’en qualité d’invité sur les deux albums qu’a enregistré NEWS FROM BABEL, Dagmar KRAUSE fut vraiment considérée comme un membre à part entière, au moins sur le premier LP (1984). Mais en dépit de son indisponibilité à l’époque où fut enregistré le second LP de NEWS FROM BABEL (1986), Dagmar se fait encore entendre sur deux morceaux. Pour les autres chansons, il a donc été fait appel à Phil MINTON, mais aussi à Sally POTTER et… à Robert WYATT, qui se taille en fait la part du lion, son timbre convenant parfaitement aux ambiances désabusées et taciturnes de NEWS FROM BABEL.

Sur les concerts en hommage à la musique de Lindsay COOPER, les musiciens de NEWS FROM BABEL sont restés quasiment les mêmes que pour HENRY COW, Zeena PARKINS montant cette fois au créneau à la harpe, vu l’importance de son instrument dans l’univers musical de NEWS FROM BABEL. Chris CUTLER n’a eu évidemment aucun mal à fasciner le public avec son agilité rythmique, tant d’un point de vue visuel que strictement musical.

Quant à John GREAVES, il a en partie quitté sa basse pour se mettre au chant, en alternance avec Dagmar KRAUSE et Phil MINTON. C’est peu dire que John GREAVES a une fois de plus créé la surprise, puisqu’il n’était pas membre du groupe à la base, mais il s’est emparé, dans son style théâtral inimitable, de deux chansons interprétées sur les disques de NEWS FROM BABEL par Robert WYATT, à savoir le désabusé Moss et le funèbre Waited/Justice. En dépit de quelques placements hasardeux, sa performance fut convaincante et adaptée au contexte. Et quant John GREAVES était au chant, la basse était assurée par rien moins que… Fred FRITH, le « special guest » aux pieds nus, qui a eu le loisir de faire entendre aussi sa guitare « accidentée » ça et là, ajoutant quelques reliefs supplémentaires à la musique de NEWS FROM BABEL.

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Phil MINTON s’est imposé sans peine sur le sinueux et mouvementé A Dragon at the Core, soutenu par l’hypnotique gestuelle percussive de CUTLER et les cuivres bariolés de HODGKINSON, BERCKMANS et ROELOFS. Mais c’est évidemment Dagmar KRAUSE qui s’est affichée en priorité au chant, interprétant pas moins de trois morceaux (le heurté Black Gold, le mystérieux et lugubre Late Evening et le bipolaire Victory) et faisant montre d’une assurance vocale désarmante, le temps n’ayant apparemment pas réussi à réduire ses facultés timbrales si caractéristiques. On a certes eu peur que NEWS FROM BABEL connaisse les mêmes mésaventures que HENRY COW quand Black Gold, à peine entamé, a été interrompu, apparemment par Zeena PARKINS qui n’avait pas fini de réajuster ses cordes, mais le reste a coulé de source.

Plus abordable et mélodique que celle de HENRY COW, la musique de NEWS FROM BABEL a su séduire les oreilles du public du Barbican, de Huddersfield et de Forli par ses atmosphères brumeuses et inquiétantes, ses volte-faces climatiques, ses manières de funambule excentrique, ses propos d’observateur suspendu aux aléas cycliques du monde… Et compte tenu que le groupe faisait ses toutes premières armes sur scène (il n’était resté qu’un projet studio à l’époque), on mesure l’émotion que pouvait susciter sa performance, plus maîtrisée et sensible que celle de son prédécesseur.

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Du coup, on en venait à regretter la courte durée du set. Sachant que les œuvres complètes de NEWS FROM BABEL (deux albums et un single) tiennent sur un seul CD, soit un peu plus de 70 minutes, l’intégralité du répertoire aurait pu être interprétée si NEWS FROM BABEL avait eu droit à une durée classique de concert…

MUSIC FOR FILMS

De toutes les formations impliquées dans cette célébration, MUSIC FOR FILMS est celle qui possédait le plus vaste choix de répertoire, puisque puisant dans trois albums de Lindsay COOPER, Rags, The Golddiggers et Music for Other Occasions, lesquels ont pour point commun de contenir les musiques qu’elle avait réalisées pour le cinéma et la télévision dès le début des années 1980.

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Un groupe spécialement conçu pour jouer ces musiques de films a même été fondé en 1982, judicieusement nommé THE LINDSAY COOPER FILM MUSIC ORCHESTRA, et occasionnellement rebaptisé Lindsay COOPER & THE GOLD DIGGERS, comprenant Georgie BORN, Vicky ASPINALL, Chris CUTLER, Sally POTTER et Phil MINTON. Ces trois derniers se sont logiquement retrouvés dans la formation MUSIC FOR FILMS, augmentés de tous les musiciens réquisitionnés pour les trois concerts de 2014.

Rags (1980) est la première musique de film – et le premier album solo – qu’a enregistré Lindsay COOPER. En l’occurrence, il contient ses compositions pour le film The Song of the Shirt, réalisé en 1979 par Sue CLAYTON et Jonathan CURLING. D’orientation ouvertement féministe et marxiste, ce film traite du sort des couturières londoniennes au XIXe siècle, comme en atteste les notes du livret réalisées par les auteurs du film. Pour composer sa bande originale, Lindsay COOPER a fait appel à ses complices du FEMINIST IMPROVISING GROUP, Georgie BORN et la chanteuse Sally POTTER, au chanteur et trompettiste Phil MINTON (du Mike WESTBROOK ORCHESTRA), ainsi qu’à ses anciens collègues de HENRY COW, Fred FRITH et Chris CUTLER.

Disque-charnière dans l’évolution de l’écriture de Lindsay, Rags marque une relative rupture esthétique avec les compositions « henrycowiennes » en privilégiant le format court, un style plus épuré, un aspect musique de chambre contemporaine plus marqué avec des mélodies générées par le basson, le hautbois, le piano (superposés) ou la guitare, et la présence de chansons folk à caractère ouvrier (évoquant par endroits les chansons de Hanns EISLER), interprétées alternativement par Sally POTTER et Phil MINTON.

Cet album a été illustré lors des concerts-hommage par l’émouvant instrumental Women’s Wrongs 2, dans lequel une mélancolique ligne de piano, superposée à une autre en mode ostinato (Veryan WESTON et Zeena PARKINS se partageaient les claviers) soutient des notes éplorées de guitare (Fred FRITH), et le doublé Lots of Lark’s / General Strike, ce dernier prenant la forme d’une marche dans laquelle Phil MINTON prenant une voix rauque dans le couplet, joue l’orateur révolutionnaire (« United Be, and You Will See, We’ll Conquer all the Masters ! »).

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Sally POTTER ayant enfin rejoint la scène pour la première fois dans ce concert-hommage avec MUSIC FOR FILMS, on aurait pu espérer écouter The Song of the Shirt, marquée de sa voix éplorée, mais il n’en fut rien. Sally POTTER ne s’exprimera que lors d’une chanson tirée de The Golddiggers, une autre bande originale concernant le film du même nom, dont elle fut la co-réalisatrice en 1983 (avec Rose ENGLISH). The Golddiggers fut même le premier film de Sally POTTER, qui connaîtra un certain succès plus tard avec Orlando et The Tango Lesson. Engagé jusqu’au bout des ongles, The Golddiggers réunit une équipe exclusivement féminine.

Outre Sally POTTER et Georgie BORN, Lindsay COOPER avait fait appel à Kate WESTBROOK, Marilyn MAZUR, Lol COXHILL, Phil MINTON et Dave HOLLAND pour réaliser sa bande originale. L’album ne dépassant pas les trente minutes, il a été couplé à Rags lors de sa réédition CD sur ReR Megacorp. C’est d’autant plus légitime que les deux bandes originales partagent le même goût pour les pièces et chansons courtes porteuses de climats intimistes un rien ténébreux, et toujours cette inspiration « folk de chambre ».

Sur ce disque, Sally POTTER chante Seeing Red et Perfect Clue, mais curieusement, pour l’hommage à Lindsay COOPER, c’est The Empire Song qu’elle a interprété, alors qu’elle est, dans sa version studio, chantée par la comédienne Colette LAFONT. De la même bande originale, la formation MUSIC FOR FILMS a aussi joué Iceland, un instrumental prenant dont la mélodie au piano tourne en boucle, distillant son spleen, que la guitare de FRITH saupoudrait de parasites bruitistes distingués. Il faut croire que cette pièce a beaucoup marqué son auteure, puisque son thème a été utilisé également pour le spectacle de chant et danse Face on de Maedée DUPRÈS (1983). On le retrouve dans l’album de Lindsay COOPER Music for Other Occasions (1986).

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Ce dernier, comme son titre l’indique, réunit plusieurs de ses musiques composées pour des films, documentaires, pièces de théâtre et chorégraphies. La diversité d’inspiration de ces pièces et la pléthore de musiciens réquisitionnés (formant un véritable « Who’s Who ? » des musiques nouvelles) font de Music for Other Occasions une recommandable porte d’entrée dans l’univers de Lindsay COOPER.

Et c’est précisément sur deux pièces extraites de ce disque que MUSIC FOR FILMS a achevé son set. Plate Dance fut le siège d’un inattendu mais remarquable solo de violon délivré par Anne-Marie ROELOFS, tandis que As She Breathes a donné l’occasion à Sally POTTER de subjuguer l’audience de son chant languide, dépouillé et pénétrant.

OH MOSCOW

A l’origine, Oh Moscow désignait une création musicale conçue en 1987 par Sally POTTER et Lindsay COOPER, jouée sur scène à partir de cette année-là jusqu’en 1993. C’est assurément le projet de Lindsay COOPER qui a le plus tourné et est devenu de fait le plus célèbre. Cela n’a pas empêché une partie du public venu pour les trois concerts-hommage de le découvrir pour la première fois… et d’en avoir été séduit ! Il est vrai que cette création avait tout pour plaire à un public amateur de « big band » et de compositions denses à la fois très arrangées et ouvertes à l’improvisation.

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Lindsay et Sally ont monté ce projet suite aux projets de films que la seconde avait réalisés en partie en Union soviétique. Les deux femmes ont ainsi envisagé de monter une composition sur le thème des effets de la guerre froide qui a pris la forme d’une fresque cyclique comprenant précisément neuf chansons et un instrumental. Les paroles ont été le fait de Sally POTTER, tandis que Lindsay COOPER s’est chargé d’écrire les partitions et de réunir, autour de Sally POTTER et d’elle-même, un groupe à caractère international comprenant Alfred HARTH et Phil MINTON, ainsi que la claviériste croato-allemande Elvira PLENAR, le légendaire bassiste anglais Hugh HOPPER et la Danoise Marilyn MAZUR à la batterie, qui a été remplacée sur certains concerts par Charles HAYWARD (THIS HEAT), Peter FAIRCLOUGH ou Chris CUTLER.

Les chansons d’Oh Moscow font montre d’une inspiration diversifiée, combinant musiques savantes et populaires, avec des parfums de jazz 50’s, de folklores d’Europe de l’Est, de samba et de flamenco, sertis d’arrangements élaborés, de ruptures, d’improvisations et de textes poétiques engagés qui ne laissent pas indifférents, surtout quand ils sont chantés par Sally POTTER et Phil MINTON avec une implication totale et un talent à multiples facettes qui culminent dans le morceau final, avec des envolées vocales en duo qui rappellent les fulgurances des voix bulgares (ou même corses). Oh Moscow est indubitablement l’œuvre la plus accessible de Lindsay COOPER, celle qui est susceptible de toucher un plus large public que celui des musiques dites d’avant-garde sans rien sacrifier des valeurs et de l’exigence musicales de la bassoniste.

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Le concert qui s’est tenu à Victoriaville, au Canada, le 8 octobre 1989 avait fait l’objet d’un enregistrement audio publié par le label Victo en 1991. Par un singulier hasard, le mur de Berlin a été mis à bas environ un mois plus tard, mettant un terme à cette fameuse « guerre silencieuse » que dénonce Oh Moscow. (Il existe également une petite vidéo captant un morceau du concert donné la même année à Volgograd, en Russie.)

Dans la mesure où une bonne partie des artistes ayant participé au projet d’origine se sont retrouvés dans la distribution des concerts-hommage, il n’a pas été difficile de remonter Oh Moscow, qui est de fait devenu le nom de la formation. C’est évidemment John GREAVES qui a pris la place de Hugh HOPPER à la basse, et Elvira PLENEL a été remplacée par Veryan WESTON, lequel avait également monté une version orchestrale d’Oh Moscow qui fut jouée à Bologne en 1999 dans le cadre du festival Angelica. Alfred HARTH était secondé par les autres souffleurs au grand complet, et Fred FRITH a fait une ou deux interventions.

Cinq pièces ont été jouées, deux chantées par Sally POTTER (le délicat Lovers et le plus mouvementé England Descending, lequel n’a pas été joué à Huddersfield, sans doute pour des raisons de contraintes de temps) et deux par Phil MINTON (le roboratif On German Soil et l’intimiste Forgotten Fruit), plus le morceau éponyme au projet qu’ils chantent en duo. Les interprétations sont restées globalement fidèles aux versions d’origine, mais furent bien entendu réarrangées pour cette « formation augmentée ».

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Alfred HARTH était dans ce contexte comme un poisson dans l’eau et s’est distingué par ses soli au saxophone ténor, de même que les deux voix ont distillé leur philtre séductif sur ces chansons qui ont été interprétées dans un ordre un peu différent du CD enregistré à Victoriaville. C’est ainsi que le concert s’est achevé sur Forgotten Fruit, laissant le public ébahi par la complainte douloureuse et suspendue de Phil MINTON, appuyé par les seuls sons de basse sépulcrale de John GREAVES. Un moment exceptionnel parmi d’autres…

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Entamé dans une légitime crispation, le concert londonien n’a cessé de gagner en maîtrise et en intensité jusqu’à son aboutissement. OH MOSCOW a gagné l’adhésion d’un public qui ne le connaissait pas et a dû rappeler de bons souvenirs à ceux qui l’avait déjà écouté ou même déjà vu sur scène. Et après de généreux applaudissements, quelle ne fut pas la surprise de voir réapparaître tous les protagonistes de la soirée revenir sur scène pour entamer un rappel qui n’était pas inscrit dans les programmes !

C’est ainsi avec Anno Mirabilis, un morceau enregistré par NEWS FROM BABEL sur son premier opus que les amis de Lindsay COOPER ont clôturé sa célébration. A la surprise générale, c’est Phil MINTON qui a interprété les couplets en solo, en lieu et place de Dagmar KRAUSE. Puis, après le pont instrumental qui a une fois encore mis les souffleurs en valeur, les couplets de départ ont été repris par les quatre voix (Dagmar, John, Sally et Phil) à l’unisson, avant que Dagmar ne s’accapare, comme sur le disque, les derniers mots (« This was the Year of Peace and Pause, The Year of Silence »).

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C’était une fort belle et fort émouvante version de ce chant à l’allure d’hymne martial, et la plus appropriée pour clôturer le concert en y impliquant tous les artistes et remercier le public, assurément le plus important rassemblement d’aficionados que tous ces musiciens ont dû connaître au cours de leurs carrières.

Cet hommage célébrait les premières musiques composées par Lindsay COOPER, mais c’est aussi la réunion de tous ces musiciens, chanteurs et chanteuses, ses âmes sœurs musicales, autour de sa musique, qui a été plébiscitée par le public.

On ne peut que saluer la modestie, voire la discrétion dont ont fait preuve les vétérans de HENRY COW, qui se sont contentés de servir la musique de Lindsay COOPER avec une assurance croissante sans pour autant monopoliser l’attention. Revoir sur une même scène Chris CUTLER, Fred FRITH, Dagmar KRAUSE, Tim HODGKINSON et John GREAVES fut de toute manière un moment inoubliable pour les fans de la « famille HENRY COW ». Mais pour beaucoup d’entre eux également, découvrir l’ampleur et la puissance des contributions de musiciens improvisateurs comme Phil MINTON, Zeena PARKINS, Alfred HARTH, Veryan WESTON et Anne-Marie ROELOFS, qui se sont mis ici au service d’une musique écrite délicate et savante tout en se lâchant par endroits sans jamais faire l’effet d’éléphants dans un magasin de porcelaine, aura aussi été un fait marquant de ce projet.

Michel BERCKMANS n’avait sans doute pas de talent d’improvisateur à faire valoir, mais s’est largement acquitté de son rôle de « doublure bassoniste » avec une modestie qui mérite honneur et considération. Et Sally POTTER, qui est certes plus connue pour son travail de réalisatrice et de scénariste que de musicienne (bien qu’elle soit aussi compositrice), était aussi, bien qu’en toute discrétion, à la place d’honneur de cette commémoration, puisqu’elle a partagé la quête artistique de Lindsay durant la période couverte par cette commémoration. C’est du reste elle qui s’est exprimée en introduction du concert, espérant que Lindsay, là où elle est, serait à l’écoute…

Merci aux musiciens pour ce projet, pour leur implication, et merci à Lindsay COOPER pour le reste !

Article réalisé par Stéphane Fougère
Photos concert : Sylvie Hamon et Stéphane Fougère

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RAPPELS DISCOGRAPHiQUES

Lindsay COOPER :

Rags / The Golddiggers (ReR Megacorp)

Music for Other Occasions (ReR Megacorp)

Oh Moscow (Victo)

Rarities (ReR Megacorp)

NEWS FROM BABEL :

Sirens and Silences / Work Resumed on the Tower (ReR Megacorp)

Letters Home (ReR Megacorp)

HENRY COW :

Western Culture (ReR Megacorp)

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