John WETTON : One More Fallen A(rka)ngel

L’âge d’or du rock progressif se vide de plus en plus de ses forces vives. Le 31 janvier dernier, le crabe maudit a cette fois eu raison du chanteur, bassiste et guitariste britannique John WETTON, mort à 67 ans d’un cancer du côlon. S’il a commencé sa carrière professionnelle à la fin des années 1960 au sein des groupes Mogul Thrash et Family, c’est bien avec King Crimson que son aptitude à se lancer dans un rock aventureux et avant-gardiste s’est révélée.

Sa voix chaude et son jeu de basse tendu et incisif ont contribué à façonner le son de King Crimson durant les années 1972-74, que beaucoup considèrent comme les plus défricheuses. Avec Robert Fripp, David Cross, Bill Bruford (et Jamie Muir pour quelque temps), John Wetton a écrit l’histoire de ce rock dit progressif avec trois albums hautement référentiels : Lark’s Tongues in Aspic, Starless and Bible Black et Red.

Cette période de King Crimson a aussi été marquée par des séries de concerts qui, compte tenu de la large place laissée à la pratique de l’improvisation, ont été documentée par de nombreuses publications live (USA, le coffret The Great Deceiver, le double CD The Night Watch, et d’autres encore parues au sein du King Crimson Collector’s Club). Le duo rythmique que John Wetton formait avec le batteur et percussionniste Bill Bruford savait monter au créneau et faire montre d’une formidable créativité, ayant même tendance à saturer le son du quartet et rendre Fripp et Cross moins audibles.

Fripp ayant décidé la cessation d’activité de King Crimson en 1974, John WETTON a un temps rejoint Uriah Heep à titre alimentaire avant de retrouver Bill Bruford en 1977 dans ce qui est devenu son autre groupe de rock progressif référentiel, UK.

Constitué de musiciens haut de gamme évoluant dans un jazz-rock progressif (Allan Holsdworth, Eddie Jobson, puis Terry Bozzio en remplacement de Bruford), mais arrivé trop tardivement dans les années 1970 pour faire figure de pionnier, UK a néanmoins signé deux albums d’excellente facture (UK, Danger Money) qui sonnent comme le chant du cygne d’une époque et d’un genre musical sophistiqué et virtuose. Même l’album live Night after Night donne des signes de réorientation vers un genre plus formaté, préparant le terrain pour le bulldozer à tubes tendance rock FM que fut le groupe Asia, dans lequel John WETTON retrouve d’autres anciennes gloires du rock progressif (Carl Palmer, Steve Howe, et même Greg Lake le temps d’une tournée, en plus du « buggle » Geoff Downes).

Les décennies suivantes voient John WETTON se lancer dans une carrière solo quelque peu chaotique et de portée limitée, avec quelques disques studio creusant le sillon d’un rock plus commercial (Caught in the Crossfire, dès 1980, puis Battle Lines, Chasing the Dragon, Arkangel dans les années 1990, Welcome in Heaven, Rock of Faith dans les années 2000, et le petit dernier, Raised in Captivity, en 2011). Néanmoins, une palanquée d’albums live témoigne de son attachement aux répertoires de King Crimson et de UK.

Et c’est avec un engouement intact que John WETTON retrouve Eddie Jobson pour réactiver UK en 2011, dont les tournées ont été immortalisées par des enregistrements live et, en 2016, par la sortie d’un luxueux et coûteux coffret de 18 CD (Ultimate Collector’s Edition). Dans ses dernières années, John WETTON avait eu tendance à abandonner la guitare basse au profit de la guitare acoustique dans sa carrière solo, devenue cependant plus sporadique.

Le son de basse et la voix si caractéristique de John WETTON se sont de même fait entendre sur plusieurs disques d’autres personnalités issues de la mouvance progressive, comme Phil Manzanera, Bryan Ferry, Brian Eno, Peter Sinfield, Steve Hackett, David Cross, Martin Turner, Ken Hensley, Eddie Jobson, et des groupes tels que Wishbone Ash, Renaissance, After Crying, Atoll…

Depuis 2015, John WETTON avait eu à subir plusieurs opérations contre le cancer. Il a finalement rendu les armes en ce début d’année 2017, et a rejoint le panthéon des musiciens progressifs dont l’influence, restée très grande, inspirera encore certainement d’autres bassistes en herbe.
R.I.P., l’artiste.

 

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