LA SOCIÉTÉ DES TIMIDES À LA PARADE DES OISEAUX – La STPO in Concerts Wir Schwitzen Blumen

LA SOCIÉTÉ DES TIMIDES À LA PARADE DES OISEAUX
– La STPO in Concerts « Wir Schwitzen Blumen »
(KdB Records)

stpo-in-concerts-wir-schwitzen-blumenIl faut hélas commencer par un navrant constat : une trentaine d’années après sa création, la Rennaise SOCIÉTÉ DES TIMIDES n’a guère eu le loisir de se montrer beaucoup, et reste singulièrement et outrageusement snobée par des cénacles qui, à priori, devaient être plus à même d’apprécier sa PARADE volatile. Car n’en déplaise à ceux qui font mine de ne pas s’en rendre compte, LA STPO est liée à la frange la plus dadaïste du mouvement Rock In Opposition, résolument nourrie à la base des œuvres pionnières d’Albert MARCŒUR, d’ÉTRON FOU LELOUBLAN, de THIS HEAT, de THE POP-GROUP et de David THOMAS (PÈRE UBU). Comment expliquer dès lors qu’elle n’ait pas davantage infiltré la sphère de l’avant-garde progressive et qu’elle n’ait pas été encore exposée sur ses scènes réputées ?

Ce mystère, LA STPO en a fait son adage : « Quand on est timide, faut surtout bien faire attention à pas trop se montrer… ! » Alors même si les TIMIDES ne sont pas du genre à parader ni à piaffer sur les passages obligés, ils ont perduré tant bien que mal, et s’offrent même le luxe de nous montrer qu’il lui est arrivé de sortir de temps en temps de sa cage à OISEAUX, en publiant présentement un album enregistré live !

« In Opposition », LA STPO l’est aussi dans son rapport aux innovations technologiques : le téléchargement, l’exposition virtuelle ne sont pas sa tasse de thé. A vrai dire, nos craintifs volatiles n’ont jamais été fans non plus du support numérique, même si la plupart de leurs opus sont parus dessus. En conséquence, à l’heure où le CD pique sa crise, ils ont définitivement opté pour une sortie sur support vinylique. C’est donc exclusivement en format LP que vous trouverez La STPO in Concerts.

Le premier avantage de ce choix est qu’il permet de rendre justice aux somptueuses illustrations de pochette, en l’occurrence réalisées par le guitariste JimB, l’un des piliers de la PARADE avec le batteur Patrice BABIN et le chanteur Pascal GODJIKIAN. LA STPO a toujours pris autant de soin à fignoler ses contenants que ses contenus.

Et comme on peut le voir sur l’illustration du recto de pochette, peu importe que le public progressif ne semble pas se presser à lui jeter des fleurs, LA STPO, en transpire ! Wir Schwitzen Blumen (littéralement « nous suons des fleurs ») compile donc des extraits de concerts qui ont eu lieu de 2006 à 2009 à Rennes et à Darmstadt.

Compte tenu de la période choisie, le répertoire présenté fait une place de choix au dernier album studio en date des TIMIDES, Tranches de temps jeté, puisque c’est I Cuento Blumen, fabuleuse pièce de rock progressif multi-linguiste, qui ouvre le LP, tandis que sa clôture en est assurée par The Sound of the City Seems Not to Disappear, autre morceau épique dont la montée en puissance doit beaucoup à l’embrasement guitaristique de JimB.

Entre ces deux monuments ont été inclus Le Minisme, morceau apparu à l’origine sur la compilation thématique We All Believe in Utopia, réalisée par le label In-Poly-Sons. Le lointain passé de LA STPO est juste salué par le court mais excentrique chant a capella Le Femme immortel, tiré du mini-CD Pop-Up (!) aujourd’hui épuisé Le Femme : Portraits (dont on espère un jour la réédition). Enfin, vous aurez beau chercher une précédente trace discographique de La Vallée des empreintes, vous n’en trouverez pas puisque c’est la première fois que ce morceau est gravé !

Les cinq compositions retenues pour ce disque live démontrent que, sur scène, nos TIMIDES emplumés réveillent leurs instincts fauves et transforment leurs pièces épineuses en saynètes secouées dont l’articulation des chapitres doit beaucoup à l’implication quasi théâtrale de ses musiciens-acteurs, sans parler de la présence vocale charismatique de Pascal GODJIKIAN, polymorphe à souhait.

Wir Schwitzen Blumen offre une occasion unique aux retardataires de découvrir « le secret le mieux gardé des musiques de traverses à Rennes » (sic) et de s’immiscer dans les rangs de la SOCIÉTÉ, son seul défaut étant de ne pas être un double album. Il permettra cependant de patienter en attendant son prochain album studio, sur lequel on espère écouter son « magnum opus » d’une trentaine de minutes, Les Liquidateurs. Le son de la STPO n’est (heureusement) pas prêt de disparaître…

Site : http://www.stpo.blrrecords.com

Label : http://kdbrecords.free.fr

Stéphane Fougère

 

 

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