Les Ondes des musiques traditionnelles : « Chemins de Terre »

Les Ondes des musiques traditionnelles : « Chemins de Terre »

Chemins de Terre est une émission dédiée aux musiques traditionnelles et d’inspiration traditionnelle présentée depuis septembre 1993 par Loïc TURMEL. Si l’actualité discographique est régulièrement mise en avant, en présence parfois des artistes, Chemins de Terre n’est pas simplement une émission diffusant de la musique. Loïc propose également de découvrir des revues liés aux musiques traditionnelles et reçoit régulièrement des responsables d’associations et des organisateurs de spectacles et de festivals.

Diffusée sur les ondes par Radio Rennes et Radio Évasion, il est possible de la réécouter sur les sites internet des deux stations et sur le site de l’émission.

 

 Entretien avec Loïc TURMEL

Loïc, tu es l’animateur de Chemins de Terre. Peux-tu nous dire depuis quand existe cette émission ?

Loïc TURMEL : Cette émission existe sous ce nom depuis 1990. Je ne suis pas à l’origine du nom. Auparavant, j’animais d’autres émissions sur le même thème qui s’appelaient Musiques en l’air ou Baltifolkages.

Bernard HOMMERIE, un des créateurs de la Bouèze (1), a créé cette émission sur les musiques traditionnelles et l’a appelé Chemins de Terre. Pour des raisons d’emploi du temps, il ne pouvait plus assurer l’émission et j’ai pris la suite.

Quel est le but de l’émission ?

LT : L’objectif est la diffusion de musiques traditionnelles et assimilées venant principalement de Bretagne et d’Irlande.

Il se trouve que j’ai beaucoup d’invités, des musiciens, des chanteurs, des organisateurs de spectacles. On n’est pas nombreux à animer ce genre d’émissions, notamment à Rennes. C’est donc maintenant un passage obligé pour les artistes. On passe par Chemins de Terres (rires).

Vous êtes nombreux à préparer l’émission ?

LT : Je suis tout seul comme un grand à préparer mon émission. Je suis seul à préparer les interviews, j’en ai régulièrement, deux à trois par semaine, et je suis seul aussi à écouter les disques de façon à les chroniquer ensuite.

Je précise que l’émission se divise en deux. Il y en a une dans laquelle je reçois des invités, chanteurs ou musiciens. Il y a aussi une émission d’actualité, l’actualité du spectacle à Rennes et dans sa région et puis l’actualité discographique, de Bretagne, d’Irlande mais aussi d’Écosse, de Scandinavie et d’Amérique du Nord.

Peux-tu nous donner les heures de diffusions ?

LT : En première diffusion, c’est toujours le lundi et le mardi à 21h10 pour deux émissions différentes comme je l’ai expliqué. Il y a des rediffusions, mais pour cela il vaut mieux aller voir le site internet de l’émission.

Les émissions sont ré-écoutables et téléchargeables sur le site, pour pouvoir les écouter dans sa voiture, sur son baladeur. Je pense que la radio s’écoute aussi comme cela désormais, de plus en plus. Donc, il y a les podcasts des émissions.

Les artistes connaissent donc bien l’émission si tu reçois des disques de Scandinavie ?

LT : Oui ! Merci Internet ! Internet permet de se faire connaitre et permet une diffusion. Effectivement, je suis en lien avec des labels de disques comme Go Danish Folk Music au Danemark, Greentrax en Écosse et puis il y a beaucoup de disques auto-produits, notamment en Irlande. Mon adresse doit trainer parce que je reçois pas mal de disques, oui.

Tu as parfois des retours ?

LT : Oui, bien sûr ! J’ai des retours d’auditeurs pour me demander des références plus précises sur les disques programmés. J’ai des retours directs d’auditeurs que je peux croiser.

J’ai aussi des retours d’artistes que j’ai pu interviewer et ça fait très plaisir. Au festival de Lorient, j’ai croisé Patrick MOLARD que j’avais pu interviewer quand il était passé à  Rennes. Je suis allé lui dire bonjour et il m’a dit qu’il avait réécouté et qu’il avait trouvé ça bien. J’ai croisé aussi Myriam JEGAT, la photographe, que j’avais pu interviewer lors de la parution de son livre Liv(e).

Le titre de l’émission est un clin d’œil à Alan STIVELL ?

LT : C’est bien sur un clin d’œil au célèbre album d’Alan STIVELL, mais comme je l’ai dit, je n’en suis pas à l’origine. J’ai cependant gardé le nom et Alan STIVELL, que j’ai reçu plusieurs fois, est très content qu’une émission s’appelle Chemins de Terre.

Il y a également une chose importante, c’est le générique de l’émission. Quel est-il ?

LT : Le générique est un montage à partir d’une musique originale d’un groupe néerlandais qui s’appelle FLAIRCK qui, je crois, n’existe plus maintenant et qui a dû enregistrer une vingtaine d’albums. C’est un groupe que les amateurs de chansons françaises connaissent peut-être, car il a accompagné Georges MOUSTAKI à une époque et ils ont enregistré un disque ensemble qui s’appelle justement Moustaki & Flairck avec de très belles chansons.

Comment suis-je tombé sur ce groupe-là ? Mystère ! Je sais que les premiers albums, je les avais achetés à Amsterdam. Après, je ne sais plus. En écoutant ces pas qui commencent au début du générique, je me suis dit que ce serait pas mal comme indicatif. Le morceau en entier dure environ deux minutes trente, j’ai coupé un petit peu pour en faire un générique plus court.

C’est une question qu’on me pose souvent : d’où vient ce générique ? Voilà, c’est FLAIRCK ! L’album s’appelle 10 parce que c’est le dixième de ce groupe.

L’entretien se déroule durant le Festival Interceltique de Lorient. C’est un rendez-vous incontournable pour toi ?

LT : Quasiment, oui ! J’y viens pratiquement tous les ans. C’est l’occasion de rencontrer des artistes qu’on ne peut pas rencontrer autrement. Je pense notamment aux artistes acadiens qui se prêtent volontiers au jeu de l’entrevue, comme ils disent, on ne va pas dire interview (rires), et qui sont toujours des gens fort sympathiques. Je fais d’autres interviews que celles liées à la musique. J’ai fait un reportage sur le Nouveau Brunswick. J’ai aussi fait une petite interview d’un rédacteur de RYTHMES CROISÉS (rires). Je rencontre pas mal de monde et professionnellement c’est toujours intéressant de rencontrer des artistes et des collègues d’autres radios.

Le Festival Yaouank (2) est aussi important pour Chemins de Terre ?

LT : Oui, on couvre Yaouank en amont. Je reçois bien sûr toujours Glenn JEGOU, le directeur artistique, qui vient présenter ce festival qui a beaucoup évolué puisque d’une soirée, il est passé à pratiquement trois semaines avec le Yaouank BisTro qui se tient dans les bars. Il y a aussi du cinéma. Évidemment, il y a l’apothéose au MusikHall à Rennes. Forcément, c’est une occasion pour rencontrer pas mal d’artistes.

Comment es-tu tombé dans le bain de la musique celtique ?

LT : Tout petit ! Je suis né dans une famille dans laquelle mes parents aimaient la musique et m’ont permis de prendre des cours. Ils aimaient beaucoup chanter donc je pense qu’ils m’ont transmis ce gout du chant.

J’ai un souvenir, je n’avais pas dix ans, j’étais avec mes parents à Vitré et j’avais vu et entendu un bagad. Cela m’avait titillé. Ensuite, à l’adolescence, j’ai appris la guitare, je me suis mis à chanter du Georges BRASSENS, du Graeme ALLRIGHT, du Hugues AUFRAY. Je me souviens d’un fest noz vers seize/dix-sept ans à Vitré et ensuite c’est parti. J’ai rencontré des gars qui jouaient de la musique bretonne et je me suis mis à jouer de la guitare avec eux. La musique irlandaise est venue très tôt aussi et je vais régulièrement en Irlande. Cela fait du bien !

J’écoute aussi plein d’autres choses. Je suis un amateur de chansons, j’aime bien le jazz. Tout ce qui est bon me chatouille agréablement les oreilles.

Depuis que tu présentes l’émission, quel regard portes-tu sur l’évolution de la musique traditionnelle, qu’elle soit de Bretagne ou d’ailleurs ?

LT : La musique bretonne est peut-être un petit peu à part finalement car très tôt, et notamment grâce à quelqu’un comme Alan STIVELL, elle s’est frottée à d’autres musiques, contrairement à la musique irlandaise qui est toujours très bien jouée mais comme ils disent là-bas, « à la louche ». Ils sont à l’unisson. Il y a peu de mélanges et de fusions avec d’autres musiques. Il y a quand même des exceptions, mais ce n’est pas monnaie courante comme en Bretagne ou la musique bretonne se frotte aussi bien au rock, au jazz, à la musique classique.

On peut prendre par exemple l’Orchestre Symphonique de Bretagne qui accueille maintenant des solistes de musiques populaires ou traditionnelles. Il y a eu une violoniste irlandaise Athena TERGIS, il y a eu Marthe VASSALLO. Pour la saison 2016-2017, il y a Erwan HAMON et Janick MARTIN. C’est quand même une musique bretonne qui se frotte à d’autres musiques. Il n’y pas de frontières et c’est ça qui est intéressant.

Les musiques irlandaises ou écossaises, c’est un peu différent ; mais c’est néanmoins toujours très bien joué.

Tu officies en Ille-et-Vilaine, donc en Haute-Bretagne. Ressens-tu, d’un point de vue musical, une différence entre Haute et Basse Bretagne ?

LT : Je pense que tout ça s’est quelque peu estompé. On est loin du temps ou Jean BARON et Christian ANNEIX s’étaient fait huer par des Bas-Bretons parce qu’ils jouaient de la musique de Haute-Bretagne avec une bombarde et un biniou. Maintenant, on est passé par-dessus ça.

Il y a peut-être plus de musiciens haut-bretons qui jouent de la musique de Basse-Bretagne que l’inverse. C’est possible. J’ai l’impression qu’il y a aujourd’hui une certaine unité dans la musique.

Es-tu professionnel ou amateur ?

LT : On va dire que la radio est une activité professionnelle à mi-temps. Je gagne la moitié de ma vie avec la radio et pour l’autre moitié, je suis dans l’Éducation Nationale.

* * * * * *

Site de l’émission : www.cheminsdeterre.com

Horaires de diffusion :
Le lundi à 21h10 sur Radio Rennes et Radio Évasion (rediffusion le samedi à 18h10 sur Radio Évasion et le dimanche à 21h10 sur les deux stations)
Le mardi à 21h10 sur les 2 radios (rediffusion le mercredi à 18h10 sur  Radio Évasion)

https://radioevasion35.wordpress.com/
http://www.radiorennes.fr/

Entretien réalisé par Didier LeGoff

 

(1) Basée à Rennes, la Bouèze est une association dont le but est de transmettre les traditions orales de Haute-Bretagne (chant, musique, conte, danse…) par le collectage, la diffusion (cours, stages), l’animation et l’édition.

(2) Yaouank est un festival, organisé par la fédération Skeudenn Bro Roazhon, se déroulant chaque mois de novembre dans divers lieux de Rennes avec pour point d’orgue le plus grand fest-noz de Bretagne au Musikhall.

 

Laisser un commentaire