MARI BOINE BAND – Bálvvoslatjna (Room of Worship)

MARI BOINE BAND – Bálvvoslatjna (Room of Worship)
(Lean / Verve / PolyGram)

Entre 1994 et 1998, l’absence de tout nouvel album studio de la seule chanteuse samì (de Laponie) qui bénéficie d’une renommée internationale, Mari BOINE, alimentait les plus inquiètes interrogations. Et ce n’est pas une simple compilation (Radiant Warmth) dont le contenu reprenait des pièces de ses albums Goaskinviellja (Eagle Brother) et Leahkastin (Unfolding) qui était de nature à nous rassasier (surtout quand on sait qu’un album live autrement pertinent, Eallin, est sorti à la même époque, mais n’a pas été diffusé en France). Et voici que Bálvvoslatjna (Room of Worship), son cinquième opus, paraît sans crier gare pour rasséréner nos consciences. Enfin, rasséréner, c’est beaucoup dire ; la conscience de Mari, elle, ne n’est pas adoucie face aux répressions et aux injustices que son peuple a subies et est toujours déterminée à en évoquer les épisodes peu glorieux (Risten).

Cependant, la militante cède souvent le pas à la poétesse instruite par des panoramas naturels uniques, où rivières et montagnes, lune et soleil, mettant à contribution leurs contrastes respectifs, invitent l’être humain à dissoudre ses égarements dans une communion régénératrice. Ainsi Bálvvoslatjna (Room of Worship) s’ouvre-t-il sur une prière adressée à la Vie (Eallin), principe souverain dont plus que jamais le « joik » (chant traditionnel samì), murmuré ou déclamé, reste l’expression légitimement privilégiée de Mari. Elle ne le délaisse qu’une fois au profit de l’anglais, à l’occasion d’une reprise de Eagle Man / Changing Woman, issu du répertoire de Buffy SAINTE-MARIE, célèbre chanteuse folk d’origine cree (voisine des nations sioux (lakota) et blackfeet) ; manière de signifier (ou de rappeler) que les civilisations amérindiennes et samì partagent des aspirations et une sagesse similaires, en plus de quelques traits artistiques communs.

Comme ses prédécesseurs, ce nouvel album atteste du souci de Mari BOINE d’inscrire ses revendications dans un propos musical ouvert à des sons non vernaculaires. Il n’est pas pour autant question ici de fusion ethnique à tout venant, mais d’ouverture avertie. Si les percussions ont toujours une place privilégiée, les instruments à consonance folklorique, tel le violon de Hege RIMESTAD ou les flûtes du péruvien Carlos Z. QUISPE, battent cette fois un peu en retraite tandis que la guitare électrique (Roger LUDVIGSEN) et la basse (Gjermund SILSET) prennent les devants.

Les fans les plus scrupuleux n’auront pas manquer de remarquer que cet album n’est pas crédité à la seule Mari BOINE, mais au Mari BOINE BAND, soulignant ainsi le rôle majeur de celui-ci dans les peintures sonores qui nous sont données à écouter.

C’est dans des morceaux comme Alddagasat Ipmilat (Gods of Nature) et Don it Galgan (Thou Shall not) que l’évolution musicale du MARI BOINE BAND est la plus flagrante. La basse y gronde dans une fixation hallucinatoire obsédante, alors que la guitare, sur le premier morceau cité, affiche un penchant acide et mordant, certes de circonstance vu le contexte (« Raging Rivers, Howling Winds, Lightning Flashes… »). Le dernier morceau, Etno Jenny, en impose par sa tension progressive, stimulée par un rythme tribal solennel et obstiné sur lequel les vocalises tribales de Mari se font de plus en plus éloquentes.

Délaissant ainsi la tendance pluri-ethnique, l’album oscille entre complaintes épurées et envols psyché-transe. Si l’on veut bien ne pas s’offusquer de ce (relatif) nouveau décor, cette « chambre d’adoration » (Room of Worship) ne démérite pas de son appellation. 

Site: http://www.mariboine.no/

Stéphane Fougère
(Chronique originale parue dans ETHNOTEMPOS n°4 – avril 1999)

 

 

 

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