Murshidi and Sufi Songs – Field Recordings by Deben BHATTACHARYA

Murshidi and Sufi Songs –
Field Recordings by Deben BHATTACHARYA
(ARC Music / DOM)

murshidi-and-sufi-songs-field-recordingsAprès la parution, en 2014, d’enregistrements de terrain consacrés à une ethnie minoritaire du Bengale, Les Santal (voir notre chronique du CD Music of the Santal Tribe), le label ARC Music – à l’instar du label Frémeaux et Associés – continue de fouiller les archives sonores inédites de l’un des plus grands collecteurs de patrimoine sonore des routes du monde, Deben BHATTACHARYA, pèlerin issu d’une famille brahmane de Bénarès, qui a il est vrai accumulé quelques 800 heures d’enregistrements depuis les années 1950. Même s’il existe déjà une centaine de disques (et une vingtaine de films) produits par BHATTACHARYA, on se doute qu’il y a encore de la marge pour d’autres publications discographiques…

Ce nouveau CD est de nouveau consacré au pays natal de Deben BHATTACHARYA, le Bengale, et se concentre cette fois sur la musique et les chants des Murshids, des chefs spirituels issus de l’alévisme, lié à la tradition soufie et perçu comme une branche progressiste de l’Islam.

La musique de ces penseurs libres soufis est liée à la tradition folk bengali, et met en évidence des instruments locaux comme l’ektara (ou gopijantra, comme il est nommé au Bengale), qui est un luth à une seule corde joué à l’index ; le sarinda, un luth à double caisse de résonance, joué avec un archet ; l’ar banshi, qui est une petite flûte en bambou à six trous ; le violon « behala » ; des kartal, ou petites cymbales en laiton, et le bangla dhol, un tambour à deux têtes. Les textes des chants sont quant à eux souvent imprégnés de nostalgie ou relèvent d’une poésie ésotérique. De fait, il y a de nombreuses affinités avec l’art musical de ces musiciens itinérants bengali indo-musulmans que l’on nomme les Bauls (les « fous »), plus connus en Occident.

Ce CD présente neuf chants dont le livret fournit une traduction en anglais, en plus des usuelles et toujours indispensables informations sur les instruments et l’histoire de la tradition murshide.

Captés au Bengale en février 2001 – l’année de la disparition de Deben BHATTACHARYA – ces enregistrements ont été réalisés en même temps que le célèbre film de Stéphane JOURDAIN consacré à BATTACHARYA (La Musique selon Deben BHATTACHARYA).

À cette unité de temps et de lieu s’ajoute une unité musicale en ce sens que ce CD n’est pas une compilation de sources diverses, mais la captation d’une session d’enregistrements effectuée par un seul et même ensemble de chanteurs et musiciens, même s’il ne porte pas de nom de groupe en tant que tel. D’un morceau à l’autre, le nombre de musiciens diffère (de quatre à six), et le chanteur principal est différent, mais il s’agit toujours du même ensemble d’artistes, dont les noms (et les fonctions) sont crédités dans le livret pour chaque chant.

Les chanteurs se distinguent par leurs voix chaudes, enjouées et possédées, particulièrement mis en valeur par une captation sonore très claire et nette. Quand un chanteur s’emporte, on frôle parfois la saturation. À d’autres moments, sa voix se fait plus distante, ce qui laisse à penser qu’il devait beaucoup bouger durant sa performance, et qu’il ne portait pas de micro sur lui.

Pour cette même raison, les voix choristes, assurées par les autres musiciens, sont souvent étouffées, noyées. Les instruments (cordes et percussions) sont en revanche tous très audibles. La flûte est certes plus éloignée dans le spectre sonore, mais sa stridence est telle que sa présence est immanquable tout du long.

Ces quelques flottements dans la captation sont toutefois bénins et confèrent même à ce document une fraîcheur « live » qui fait plonger d’emblée l’auditeur au sein d’une performance « intacte », non formatée par des règlements liés au monde du spectacle.

Précisons toutefois que les Murshids interprètent généralement ces chants et musiques dans un mausolée durant la nuit, et c’est à titre exceptionnel que le groupe d’artistes que l’on entend sur ce disque a bien voulu jouer et chanter dans la perspective d’un enregistrement par Deben BHATTACHARYA. Il ne s’agit donc pas d’un enregistrement « à la volée » (auquel cas les noms des artistes n’auraient pas été mentionnés), mais bel et bien préparé, et qui restitue à merveille le contexte et la ferveur inhérents à ces manifestations « in situ ».

Ce CD s’avère en tout cas digne d’intérêt pour tout auditeur et chercheur porté sur les expressions musicales des communautés ethniques du continent indien.

Label : www.arcmusic.co.uk

Stéphane Fougère

 

 

Laisser un commentaire