OTAVA YO – Les Lutins du folk russe

OTAVA YO

Les Lutins du folk russe

Otava_Yo_123OTAVA YO est un sextet russe originaire de Saint-Pétersbourg dont les origines à la fin des années 1990. Le groupe s’appelait alors REELROAD et jouait de la musique celtique. Puis les musiciens ont commencé à retrouver leurs racines russes et ont donné naissance à OTAVA YO, qui est d’abord un groupe de folk russe teinté de diverses influences européennes, dont celtiques.

Jouant volontiers sur les clichés attenant à leur culture d’origine, les musiciens d’OTAVA YO se présentent sur scène coiffés d’une chapka en éventail et vêtus de débardeurs de coton blanc « marcel ». En concert comme dans leurs clips, l’humour et la fête sont de mise. RYTHMES CROISÉS a profité de leur passage à la troisième édition du Festival Eurofonik à Nantes, en avril 2014, pour en savoir plus.

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Entretien avec OTAVA YO

Comment vous est venue l’idée de cette conception musicale ?

Alexey BELKIN (chant, flûte russe, psaltérion, cornemuse) : L’idée nous est venue dans les rues de Saint-Pétersbourg, où nous jouions en tant que musiciens de rue. Nous avons beaucoup joué dans la rue et c’était vraiment agréable que les gens nous apprécient. Nous avons donc décidé de former un groupe et de continuer à jouer dans les clubs et les festivals. Et nous avons commencé à ressembler à ça ! (rires)

Et quand vous jouiez dans la rue était-ce plutôt acoustique ou électrique ?

AB : Les guitares et les fiddles étaient amplifiés, mais la musique était principalement acoustique, instrumentale et celtique. Mais ce n’était pas suffisant et nous avons ajouté des chants russes, les plus populaires de notre folklore. La combinaison des musiques instrumentales avec les chants folk russes a donné ce style que nous appelons le « beat russe ».

Avant OTAVA YO, vous aviez un autre groupe, REELROAD ?

AB : Oui. En fait, cinq musiciens de OTAVA YO ont joué dans REELROAD à différentes périodes. REELROAD a aussi commencé par la musique celtique puis est venu à la musique russe. Actuellement, seul Alexis et moi jouons dans REELROAD.

En dehors d’OTAVA YO et de REELROAD, jouez-vous tous dans d’autres groupes ?

AB : Oui, parce que nous devons survivre. Yulia (USOVA) joue dans des quartets et orchestres classiques. Aleksey (SKOSYREV) joue avec d’autres groupes celtiques. Peter joue seulement dans OTAVA YO en ce moment, mais il a joué dans d’autres groupes. Il a chanté dans une chorale kazakhe, et il avait une grosse moustache ! (rires)

Je pense que c’est la même chose pour les musiciens français qui jouent dans différents groupes et changent d’instruments. La violoniste joue seulement du violon, mais le reste des musiciens sont multi-instrumentistes… Aleksey joue de la guitare et de la batterie et il fabrique des instruments aussi. Il a fabriqué une harpe celtique.

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Comment avez-vous redécouvert votre folklore russe ?

AB : Nous nous sommes rendus compte que, lorsque nous interprétons des chants russes, le public russe est vraiment enthousiaste. Il aime vraiment ça, parce que nous avons commencé à jouer cette musique dans un style unique. Personne ne l’avait encore jouée comme nous. Nous avons fait en sorte que ce soit amusant, rythmé, dansable, et tout le monde a aimé. C’est pourquoi nous avons pensé que c’était intéressant. Alors nous avons continué à travailler dans cette voie et je pense que c’est une bonne chose lorsque vous jouez votre propre musique, je veux dire celle de votre pays.

Parce que la musique celtique, c’est très bien, mais il y a des tas de très bons groupes. FLOOK par exemple. Gardons cette musique pour FLOOK et jouons notre musique ! (NDLR : FLOOK était également présent au Festival Eurofonik.)

Nous composons aussi un peu. Nous faisons en sorte de rendre cette musique moderne et internationale, parce que personne ne comprend le russe à l’étranger, tout comme personne ne comprend le français ou le chinois. C’est pourquoi nous essayons de jouer nos chansons de telle façon que tout le monde en saisisse le sens sans forcément comprendre les paroles.

C’est pour cette raison que nous sommes habillés comme ça ! Nous essayons de montrer notre musique à travers nos costumes.

Vous vous inspirez d’airs traditionnels russes, c’est pour les rajeunir ou vous en moquer un peu ?

AB : Oui, nous aimons nous amuser. Parce que si vous regardez bien, personne ne porte ce genre de costumes. Je pense qu’ils représentent la manière dont les touristes qui vont en Russie nous imaginent habillés.

Bien sûr, ce sont de vrais chapeaux, mais plus personne ne les porte encore en Russie. Ils étaient portés il y a cinquante ans. Ces chapeaux étaient très populaires autrefois, j’en ai porté pendant mon enfance.

Cette mode s’est perdue ?

AB : Avec la dissolution de l’URSS, nous avons commencé à avoir de nombreux vêtements de l’étranger. De beaux chapeaux, de beaux costumes. Maintenant nous avons les mêmes fripes.

Aleksey SKOSYREV : Ce chapeau est celui que j’ai gardé depuis l’école.

Alors ces vieux vêtements sont devenus des stéréotypes ?

AB : Oui, c’est vrai qu’on ne les fait plus maintenant. Mon chapeau doit avoir quatre-vingt ans.

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Dans vos morceaux, y a-t-il des airs que vous connaissez depuis l’enfance ?

AB : Oui, la chanson russe que je chantais dans mon jardin, nous la chantons maintenant. Tout le monde la connaît en Russie. Mais les chants russes ne sont pas vraiment communs et populaires. Notre idée n’est pas d’interpréter seulement les plus connus. Mais la plupart, tout le monde les connaît en Russie.

Avez-vous eu l’occasion de faire du collectage auprès des anciens en Russie ?

AB : Malheureusement non. Mais nous utilisons ces collectages. Parce que nous avons des organismes spécialisés qui vont voir les anciens et les enregistrent et il y a beaucoup d’enregistrements de terrain. Alors nous les utilisons ainsi que des livres.

J’aimerai bien pouvoir aller dans les villages parler aux anciens mais c’est difficile, tout le monde ne peut pas le faire.

Vous avez besoin d’une autorisation ?

AB : Non, je veux dire qu’il faut être « la bonne personne ».

Un chercheur professionnel ?

AB : Oui, quelque chose comme ça. Si je vais dans les villages et que je demande « Eh ! vieil homme, chante-moi une chanson ! », ça ne serait pas poli. Il faut savoir comment s’y prendre, être formé pour ça.

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Avez-vous des effets spéciaux sur scène ?

AB : Nous essayons. Ce n’est pas un spectacle, c’est plutôt un « show ». Nous dansons un peu, nous bougeons sur scène. C’est la vie ! Chaque fois c’est un peu différent, alors nous essayons de rendre le « show » attractif. Nous n’avons pas besoin d’écrans pour que ce soit meilleur. Je pense que nous sommes assez bons.

Est-ce que vous vous sentez des ambassadeurs de la scène de Saint-Pétersbourg ?

AB : C’est difficile à dire. Nous faisons partie des musiciens folk de la scène de Saint-Pétersbourg.

Y a-t-il d’autres groupes qui jouent comme vous ?

AB : Je dirai que nous sommes uniques. Il n’y a pas d’autres groupes comme OTAVA YO. Mais il y a d’autres groupes folk, pas beaucoup comme en France, peut-être une dizaine à Saint-Pétersbourg.

Il y en a beaucoup qui ne sont pas vraiment des groupes, ce sont des chorales. Ils chantent et jouent le folklore archaïque russe, pas pour de grandes scènes, mais dans des petites salles. Ils sont plus près des racines. Nous sommes assez loin de leurs représentations.

Êtes-vous plus électriques ?

AB : Pas électriques. Nous sommes plus modernes, nous utilisons des chants plus récents. C’est difficile de dire quels sont les plus anciens que nous interprétons. Nous sommes plus « dansables » que ces groupes. Le public à l’étranger préfère que la musique bouge.

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Quelle sorte de musique jouiez-vous à l’époque du communisme ?

AB : Je me contentais d’écouter. Dans mon enfance, j’écoutais ABBA, Joe DASSIN et PINK FLOYD. Nous ne sommes pas si vieux. L’URSS a été dissoute en 1991 à l’époque où j’allais à l’université. J’étais jeune. C’est lui le plus vieux et il m’a dit qu’il jouait de la pop dans une discothèque !

Aleksey SKOSYREV (guitariste) : Mais c’était à l’école. Nous jouions les chants populaires russes que nous entendions à la TV.

Vous avez enregistré 4 CD où vous ne faites pas que des reprises. Vous composez aussi?

AB : Je ne dirai pas que ce sont des reprises. Une reprise, c’est si vous prenez un morceau de Joe DASSIN et vous la jouez à votre façon. La plupart de nos chansons sont traditionnelles, c’est du folk.

Et vos compositions sont bien sûr inspirées par le folklore ?

AB : Oui.

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Avez-vous des invités sur vos CD ?

AB : En général lorsque nous avons besoin d’instruments dont nous ne jouons pas, nous invitons des amis. Sur le dernier album nous avons invité un batteur sur un titre et un ami à la contrebasse. Nous avons aussi invité une section de cuivres, car pour une chanson nous en avions besoin.

Est-ce que ça vous arrive d’avoir des invités sur scène aussi ?

AB : C’est très rare, mais ça nous plairait. Ce n’est pas un rêve, mais ce serait bien de faire un concert avec la section de cuivres. Nous avons invité une fois un joueur de tuba et c’était très bien. Nous avons fait un morceau pour une section de cuivres, mais nous n’avons que des violons et cornemuses sur scène. Ce serait vraiment cool de pouvoir ajouter les cuivres.

Quelquefois nous avons des samples, un vinyle pour une mélodie et les sons d’un village. Vous verrez ce soir.

Est-ce que vous faites passer des messages par rapport à vos textes ?

AB : Pas vraiment. Nous avons un chant de la première guerre mondiale qui était extrêmement populaire dans toute la Russie. L’armée rouge et l’armée blanche le chantaient avec des paroles différentes, et nous avons utilisé les paroles « mixées ». Il y a un autre chant de 1842 que nous avons trouvé à la bibliothèque. A cette époque la culture française était à la mode et les aristocrates se parlaient en français, c’était une « invasion culturelle ». Ce chant dit que la France et l’Allemagne n’ont pas d’aussi bonne musique que la musique russe !

Il y a donc des chants évoquant la politique qui peuvent devenir populaires ?

AB : Oui mais le folk est plus profond que la politique. Les chants parlent d’amour et de relations entre les gens, ce qui est bien plus important que les jeux politiques. Nous préférons ce genre de sujets. Et lorsque nous choisissons ou pas des morceaux que nous allons chanter, nous essayons d’éviter les sujets politiques, car si nous déclarons que nous sommes d’accord ou pas avec telle chose, quelquefois on peut ne pas comprendre ce qui arrive. Nous sommes des musiciens, pas des politiciens.

Lorsque vous jouez des airs d’Europe de l’ouest, comment cela est-il perçu en Russie ?

AB : Les gens aiment ça. Lorsque nous jouions dans les rues, la foule se rassemblait et nous écoutait. Nous jouions des airs écossais et bretons et ils adoraient. Parce que c’était nouveau. Personne ne se soucie d’où vient cette musique. Si c’est bien, alors ils aiment. Comme la musique classique, TCHAIKOVSKY… c’est un génie. La musique n’a pas de frontière. C’est la même chose avec la musique celtique.

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Quels sont vos projets ?

AB : L’an dernier nous avons terminé le nouvel album qui est sorti en septembre 2013 et nous avons tourné le nouveau vidéo-clip que nous allons mettre sur youtube en rentrant du festival.

Nous revenons d’une tournée en Belgique où nous avons fait 28 concerts en 2 semaines. Nous avons joué dans les écoles. C’était la partie francophone de la Belgique et nous avons beaucoup parlé français. (rires)

Et bien sûr lorsque nous serons rentrés, nous commencerons à travailler sur de nouvelles chansons russes.

Où avez-vous joué le plus en dehors de la Russie ?

AB : Nous avons fait à peu près 50 % de nos concerts en Russie et 50 % à l’étranger. Nous avons joué beaucoup à Saint-Pétersbourg pour des festivités privées : anniversaires, mariages, funérailles (rires). Non, pas pour des funérailles !

Vous avez joué en Europe. Avez-vous joué en Amérique ou au Japon ?

AB : Nous avons joué en Amérique avec notre autre groupe, REELROAD. Avec OTAVA YO nous avons joué au Mexique. Et en Inde l’an dernier. C’était une super expérience pour nous. Si vous avez l’impression d’être pauvre, il faut aller à Calcutta et y passer une journée, alors vous retournerez à la maison heureux de savoir que vous avez une vie chanceuse !

Avez-vous rencontré des musiciens locaux en Inde ?

AB : Oui. Nous avons joué avec un percussionniste. Et nous avons vu Trilok GURTU. Malheureusement nous n’avons pas pu communiquer avec lui, car c’est une star, mais nous l’avons vu jouer sur scène, c’était très bien.

Avez-vous été inspirés par la musique indienne ?

AB : Vous ne me croirez pas si je vous dis que pour une partie de nos concerts nous avons joué de la musique indienne tirée de films indiens. Et nous avons interprété une chanson qui rappelle la chanson d’un vieux film indien. Elle a été influencée par la musique indienne.

Merci OTAVA YO.

Entretien réalisé par Stéphane Fougère, Sylvie Hamon (Ethnotempos)
et Ronald Emélianoff (Radio Alter Nantes) au Festival Eurofonik 2014 à Nantes
Traduction par Sylvie Hamon

Discographie OTAVA YO

– Под аптекой (2006)

– Жили-были (Once upon a time) (2009)

– Рождество (Christmas) (2011)

– Что за песни (What Songs) (2013) Lire notre chronique.

Site OTAVA YO : http://otava-yo.spb.ru/en

Site REELROAD : http://reelroad.spb.ru

Chaîne Youtube : www.youtube.com/user/ABelkin/videos

Voir notre diaporama photos du concert au Festival Eurofonik 2014 :

OTAVA YO au Festival Eurofonik à Nantes, avril 2014

 

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