Peter HAMMILL – Typical

Peter HAMMILL – Typical
(FIE ! Records)

Ce double CD (vendu au prix d’un simple) est un événement pour les fans de Peter HAMMILL, toutes périodes confondues. Il s’agit en effet du premier live officiel sur lequel Peter joue vraiment en solo, exercice périlleux et casse-gueule s’il en est pour certains, mais qui, chez HAMMILL, tient lieu de rite cathartique, autant pour lui que pour ses auditeurs. Tantôt aux claviers, tantôt à la guitare électrique, il interprète un large échantillon de son répertoire sous une forme épurée de toute surcharge instrumentale, dénudée de tout artifice de studio. Réduites à l’état de « squelettes », ses chansons interprétées en concert révèlent une charge émotionnelle exponentielle qui n’était parfois que latente dans leur version de studio. Peter HAMMILL en solo live, c’est l’émotion mise à nue par son célibataire, même.

La publication de ce double album n’est pas innocente ; elle constitue le moyen idéal pour notre homme de contrer les nombreux disques pirates existants, en particulier Tides, que l’on a pu voir circuler ici et là jusque dans les grandes surfaces. Très beau témoignage de la tournée solo de 1992 (période Fireships), Typical comprend des extraits de différents concerts européens (précisément en Italie, en Allemagne et aux Pays-Bas).

En guise d’introduction, Peter HAMMILL débute au piano avec un classique de VAN DER GRAAF GENERATOR, My Room (album Still Life). Nous pénétrons sans tarder dans une ambiance intimiste intensément sombre, avec bougies blafardes et murs gelés, qui se renforce avec les titres suivants et reste omniprésente tout au long des deux CD. Peter enchaîne avec Curtains, une pièce classisante de Fireships, et d’autres « love songs » de son œuvre antérieure, tel l’inévitable Just Good Friends, mais aussi le poignant Too Many Of My Yesterdays, l’inusable Vision et le moins courant Time To Burn, passant ainsi en revue une vingtaine d’années de carrière, de 1971 à 1992. Puis vient la deuxième partie du concert, où HAMMILL prend la guitare pour délivrer une version réussie de I Will Find You (plus corsée que sur l’album Fireships), une version plus périlleuse, funambulesque, de Given Time ; mais également des moments émouvants avec Ophélia et surtout Time For a Change. À l’opposé, Patient exhibe un Peter HAMMILL en furie. Enfin, on ne ratera sous aucun prétexte les « revisites » des classiques ancestraux comme l’énigmatique The Comet, The Course, The Tail et l’éblouissant Modern, rehaussé ici d’une superbe partie instrumentale proche des soundscapes de Robert FRIPP.

Ensuite, retour au piano, où Peter esquisse des climats plus calmes, favorisant la réflexion, avec Our Oyster, Shell, Stranger Still et la désormais traditionnelle pièce de clôture (ou annonciatrice de l’imminent final), A Way Out. La version retenue pour ce disque est du reste assez bouleversante, tant elle est imprégnée de cette sensation de douloureuse pénitence… Deux rappels, plus énergiques, viennent clore ce concert solo « virtuellement typique », les fameux Traintime et The Future Now. Différent des précédents enregistrements en public de Peter HAMMILL (The Margin, Room Temperature, There Goes The Daylight, The Union Chapel Concert), Typical, de par le minimalisme de l’instrumentation et la seule force de la voix, peut rappeler les émotions procurées par l’écoute des Fragments of a Rainy Season de John CALE.

On peut toujours regretter l’absence de certains titres, comme His Best Girl (pourtant joué souvent lors de la tournée 1992) ou encore Gaia (jamais joué, hélas…) mais d’autres surprises non négligeables et plutôt surprenantes sont à constater. Vous pensiez réellement que ce double CD se terminait avec The Future Now ? Faites preuve d’un peu plus de « patience » avant d’éteindre votre lecteur, vous ne le regretterez pas…

Cédrick Pesqué et Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°4 – juillet 1999)

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