R.I.P. Ustad H. Sayeeduddin DAGAR

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Le chanteur classique indien Hussain Sayeeduddin DAGAR est mort le 30 juillet 2017, à l’âge de 78 ans.
Son art vocal s’inscrivait dans la tradition du dhrupad, la plus ancienne forme vocale hindoustanie (Inde du Nord) connue. Ustad Sayeeduddin DAGAR avait consacré sa vie entière à cet art dont les racines s’inscrivent dans la déclamation des hymnes védiques, et qui a peu à peu évoluer en une une forme artistique indépendante, avec sa grammaire propre, assez complexe, qui utilise une vaste palette de tonalités subtiles et de microtons, nécessitant de la part du chanteur la pratique du Nada Yoga.

Ustad Sayeeduddin DAGAR représentait la 19e génération de la tradition familiale des DAGAR, garante de la transmission du dhrupad depuis des siècles, et fondatrice de sa propre « école », la Dagarvani. Les cousins de Sayeeduddin, Nasir Moinuddin DAGAR et Nasir Aminuddin DAGAR, connus comme les DAGAR BROTHERS (seniors) s’étaient déjà taillés une belle réputation, suivis par Nasir Zahiruddin et Nasir Faiyazuddin DAGAR, qui représentaient la génération suivante. D’autres cousins de Sayeeduddin DAGAR, Zia Mohiuddin, Rahim Fahimuddin et Zia Fariduddin DAGAR ont également contribué à la perduration du dhrupad, le premier étant joueur de rûdra-vîna et les deux autres comme chanteurs classiques.

Un récital de dhrupad se caractérise généralement par l’importance donnée à l’alap, la partie introductive d’un raga  sans rythme fixe et sans paroles durant laquelle le chanteur use de syllabes de mantras en apparence dénuées de sens pour soutenir la voix. C’est dans l’alap aux phrases d’abord lentes, voire austères, et méditatives, puis graduellement plus vigoureuses et enjouées, que sont évoquées plusieurs émotions humaines. Dans la seconde partie du dhrupad, une composition (un poème) est chantée dans une forme rythmique scandée par le tambour horizontal, pakhawaj, dans un tempo là encore lent puis qui s’accélère, générant une forme de transe dévotionnelle et spirituelle.

Ustad Sayeeduddin DAGAR laisse quelques enregistrements majeurs parus sur les labels Buda Musique et Sense World. Sa disparition est une perte immense pour la musique vocale indienne, dont il était l’un de ses plus grands représentants.

 

 

 

2 commentaires

  • Merci pour toutes ces informations et corrections fort utiles. L’article – qui n’est censé être qu’une “dépêche” – a été rédigé dans l’urgence et, forcément, il n’était pas exempt d’approximations. Nous avons publié, en complément à cet article, deux chroniques de disques de ustad Sayeeduddin Dagar qui (on l’espère) sont un peu plus précises quant à son art.

  • Merci pour cet article, de qui est-il ?

    Quelques précisions :

    – seul Ustad Zia Mohiuddin Dagar jouait de la rudra vîna (sur scène du moins)

    – tous les musiciens cités appartiennent à la même génération (19e) de la famille Dagar

    – les syllabes de l’alap sont loin d’être dénuées de sens : elles sont un “découpage” utilisé spontanément dans l’improvisation, du Mula Mantra (mantra racine) du dhrupad :

    Om Ananta Tam
    Tarana Tarini Tvam
    Hari Om Narayan
    Ananta Hari Om Narayan

    “Plongés dans l’obscurité infinie
    Ô Puissance de la traversée, aide-nous à la franchir
    Nous te saluons, ô Refuge des hommes
    Salut infini à Toi, ô Refuge des hommes”

    Merci pour votre hommage,

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