Richard PINHAS / Barry CLEVELAND – Mu

Richard PINHAS / Barry CLEVELAND – Mu
(Cuneiform Records / Orkhêstra)

Cette collaboration entre le guitariste avant-gardiste Richard PINHAS et le multi-instrumentiste américain Barry CLEVELAND est une surprenante surprise pour ceux qui aiment écouter des musiques aventureuses et hors du commun. Nous connaissons le parcours de ces deux personnages singuliers de la scène musicale souterraine et une réunion de la sorte ne peut que nous attirer. Sur cet album pas franchement évident à la première écoute, nous savourons une musique électronique, atmosphérique et progressive sans cesse en mouvement, offrant ainsi des soundscapes complexes et aériens. Mu est en quelque sorte un mix entre les univers respectifs des deux musiciens. Nous retrouvons des sonorités familières, entre HELDON / PINHAS en solo et les atmosphères world-ambient de CLEVELAND (Memory and Imagination).

Sincèrement, pour apprécier ce genre de musique, il faut se mettre en condition (en résumé, écouter sérieusement, se laisser emporter par la musique en laissant tomber toutes autres activités parallèles) parce que la musique de Richard PINHAS n’est jamais très facile d’accès. Mais pour les plus patients, Mu est un album assez intéressant, et étonnamment varié avec des sons recherchés et parfois une musique colorée, ouverte sur le monde. Le premier titre, Forgotten Man, met d’emblée en évidence ce constat avec la présence de percussions tribales / world lancinantes et une ambiance orientale / arabisante dépaysante et prog’, avec en arrière-plan un son drone continu et menaçant à la HELDON. Ce virage sonique de neuf minutes nous change des travaux que le guitariste réalise habituellement avec ses complices japonais plus axés vers le bruitisme.

Mu possède une osmose particulière qui relie habilement les mondes des deux protagonistes. Ces derniers, parfois accompagnés d’un batteur et d’un bassiste, sont sur la même longueur d’onde. PINHAS et CLEVELAND nous invitent à les suivre pour un voyage assez enivrant et sensuel, très mélodique et parfois mélancolique, délaissant pour une fois les impressions oppressantes et violentes perceptibles sur les précédents albums de Richard (Keio Line, Metal / Crystal, Tikkun, Welcome in the Void…).

Le titre le plus compliqué et donc le plus ambitieux s’intitule I Wish I Could Talk in Technicolor. Il s’avère très impressionnant par sa structure labyrinthique, ses couleurs soniques variées (succession de passages rythmés, atmosphériques ou plus propices au chaos) et par sa durée de plus de 25 minutes. Nos deux musiciens sont ici rejoints par l’excellente section rythmique composée du batteur Celso ALBERTI et du bassiste Michael MANRING. Ces derniers ont déjà travaillé avec le musicien américain. CLEVELAND joue de divers instruments (notamment différentes guitares, gong, kalimba, M-tron + sampling), se mêlant aisément avec les beaux sons lumineux et métatroniques de PINHAS. Un beau moment atmosphérique, électro-ambient, qui devient plus rythmé dans sa deuxième partie.

Ce canevas sonore propose des passages tantôt abstraits, portes ouvertes vers un gouffre infini, tantôt à la limite de l’explosion avec une guitare incandescente soutenue par une section rythmique qui s’emballe. Ce long morceau impose par sa force au point d’éclipser et de rendre bien fade le titre suivant, Zen / Unzen. Malgré un contenu proposant les mêmes ingrédients (son côté atmosphérique, ethno-ambient et prog), la magie a beaucoup de mal à fonctionner : les sonorités world font penser à du sous Jon HASSELL et la section rythmique, ici assez faiblarde, n’apporte rien de nouveau.

Le final Parting Waves réveille heureusement nos sens quelque peu anesthésiés. Ce titre très court, d’à peine quatre minutes, n’est pourtant pas dénué de cette puissance émotionnelle rare qui fait que nous aimons tout de suite ce morceau. Il est simple, beau, mystérieux, mélancolique, annonçant hélas la fin du voyage.

Mu n’est sans doute pas le chef-d’œuvre qui marquera la carrière de Richard PINHAS, mais il plaira aux fans des deux musiciens voire même d’un autre explorateur des sons et du silence comme Steve ROACH (pour son côté ethno-ambient). C’est en tout cas un bel exemple où l’imagination virevolte pour franchir des territoires inexplorés et lointains.

Cédrick Pesqué

Site : http://cuneiformrecords.com/

https://www.richard-pinhas.com/

www.barrycleveland.com

 

 

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