THE NECKS – Hanging Gardens

THE NECKS – Hanging Gardens
(ReR/Orkhêstra Int.)

La jolie découverte que voilà ! Elle nous vient d’Australie et n’est pourtant pas née de la toute dernière pluie. Cela fait en effet déjà une dizaine d’années que sévit aux antipodes le trio THE NECKS, constitué de Lloyd SWANTON, de Chris ABRAHAMS (ex-MIDNIGHT OIL…) et de Tony BUCK, sans doute le plus connu des amateurs de « musiques nouvelles » puisqu’il dirige le aussi le groupe impro-hardcore PERIL, avec OTOMO Yoshihide et KATO Hideki. C’est toutefois dans un registre différent, à la croisée du jazz, du minimalisme et de l’ambiant, que s’esbaudit THE NECKS.

Un album du groupe daté de 1998 révèle on ne peut mieux sa recette instrumentale : Piano Bass Drums. Quant aux climats évoqués, il faut en référer au titre d’un album antérieur (1994), Aquatic, et bien sûr à celui qui nous occupe : Hanging Gardens. Au moins, on aura compris que les deux éléments naturels prédominants chez THE NECKS sont l’air et l’eau.

C’est ici dans une épopée en état d’apesanteur continuel que l’auditeur est convié pendant une heure entière, sans garde-fous ni séquences prédécoupées. Claviers, orgue Hammond, Rhodes et samples tissent des textures répétitives et minimales mises en branle par des gargouillis inlassables de basses électrique et acoustique et des motifs percussifs épileptiques discrets mais continuels.

Si la mise en orbite est immédiate, l’évolution se fait graduellement… très graduellement, comme si l’on ne désirait modifier le décor atmosphérique que par petites touches. Et puis, sans que l’on n’y prenne forcément garde, quelques notes de piano acoustiques daignent faire entendre subrepticement leur voix, tandis qu’à la cantonade la batterie s’émoustille sans vergogne et que les chatoyances de l’orgue se font plus rapeuses. Mais jamais l’ébullition, pourtant portée à son acmé dans la seconde demi-heure, n’entraîne l’explosion ou le chaos.

Comme guidées par un intraitable instinct de conservation, les pulsations instrumentales contiennent leur élans, préférant l’endurance à la performance compétitive. La tension est ainsi habilement ménagée tout le long de ce processus cyclique récurrent et constamment captivant, alors que l’on est parachutés dans les trois dernières minutes dans un vide intersidéral tout juste perturbé par des échos d’illuminations lunaires…

Ainsi les « jardins suspendus » de THE NECKS dessinent-ils une dimension temporelle tout en spirales vibrantes. Miles DAVIS semble y cotôyer Philip GLASS ou Brian ENO au sein d’une rave « chill-out » d’un nouveau genre, et le résultat est tout à la fois grisant et hallucinant. Hanging Gardens est le septième opus de THE NECKS et date de 1999. Le décalage horaire aidant (surtout avec pareille musique !), cet album ne fait son apparition chez nous que maintenant.

C’est assurément le premier disque de THE NECKS à atterrir sur le sol européen, grâce aux bons soins du très perspicace Chris CUTLER, qui n’a pas les oreilles dans ses poches en général, et de son label ReR Megacorp. Depuis, le trio australien a semble-t-il sorti un nouvel album, Aether, que l’on espère voir débarquer prochainement.

En attendant, tout amateur de planance minimalo-jazzistique est assuré de connaître avec Hanging Gardens la meilleure introduction qui soit à l’univers onirique de THE NECKS.

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°11 – juin 2002)

Site web : www.thenecks.com

Label : http://www.rermegacorp.com

Distributeur : www.orkhestra.fr

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