Thierry ZABOITZEFF – Heartbeat

Thierry ZABOITZEFF – Heartbeat
(Atonal Records)

thierryzaboitzeff_heartbeatLe compositeur et multi-instrumentiste Thierry ZABOITZEFF a définitivement quitté ART ZOYD en 1997 et s’est lancé dans de nouvelles aventures artistiques et musicales en compagnie de la chorégraphe autrichienne Editta BRAUN. Heartbeat est leur premier spectacle en commun et se présente comme un Concerto for Dance et Music Op. 1, en toute humilité…

Ne cherchons pas à éviter les truismes : la musique ressemble à celle d’ART ZOYD. Et on ne voit guère comment il pourrait en être autrement, sauf à penser que Thierry ait abjuré son glorieux passé. Mais à quoi bon, dites-moi ? Cela dit, ceux qui se souviennent de ses deux précédentes productions solistes (Promethée et Dr. Zab & his Robotic Strings Orchestra) risquent de voir s’écarquiller leurs oreilles (ça, c’est de la gymnastique !) à l’écoute de ce concerto, car plusieurs de ses éléments se démarquent de ceux qui constituaient l’univers artzoydien.

Aussi, si l’on retrouve dans Heartbeat des climats familiers du groupe légendaire – et même quelques samples déjà utilisés dans Marathonnerre (cf. Introduction et Clear Light) –, d’autres ingrédients attestent de la volonté de ZABOITZEFF de s’émanciper des ambiances glauques un peu trop faciles.

Si la musique classique contemporaine est toujours en ligne de mire, des influences ethniques se manifestent avec plus d’insistance, notamment dans Russia, imprégné de folklore local, et dans certains phrasés rythmiques à base de percussions. Et si PROKOFIEV est salué au passage (Kijé), une visite est également rendue dans un répertoire presque voisin, celui de THE WHO (le See me, Feel me, Touch me, Hear me, de Pete TOWNSEND qui clôture l’opéra-rock Tommy).

Précisons en outre que Thierry ZABOITZEFF assure tous les instruments : claviers bien sûr, mais surtout la guitare, un instrument devenu introuvable chez ART ZOYD et qui, dans Heartbeat, est en bonne partie responsable de la diversification de la palette sonore. Le chant fait également un retour en force : Thierry use toujours de sa voix de goule qui aurait avalé une patate chaude de travers, mais offre à maintes reprises l’occasion de découvrir son organe vocal « au naturel ».

Hormis d’autres voix samplées, celle d’Editta BRAUN se fait entendre sur trois titres, dont un en duo avec Thierry, Ever More. Il s’agit d’une chanson écrite par le ZABOITZEFF pour un album de Valentine PETIT (fille de Roland PETIT), Étreintes (1990), et qui vante la passion amoureuse cannibale et impie… En somme, c’est un tube en puissance !

Quant au morceau qui donne son titre à l’album et qui y figure en deux versions, il se porte sans doute le plus garant de ce renouvellement puisque l’on y entend des chants féminins rappelant DEAD CAN DANCE et les VOIX BULGARES, tandis que Thierry chante dans un dialecte kobaïen sur fond de rythme dance.

Indéniablement, une respiration nouvelle a encouragé Thierry ZABOITZEFF à livrer des parties de lui-même qui n’avaient pas eu le loisir de s’exhiber jusqu’ici. Si d’aventure des auditeurs non acquis à la cause artzoydienne se surprenaient à apprécier cet album, qu’ils ne s’inquiètent pas : c’est bon signe !

Site : www.zaboitzeff.org

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n° 2 – juillet 1998)

 

 

Laisser un commentaire