Thierry ZABOITZEFF – India

Thierry ZABOITZEFF – India
(Atonal Records)

thierryzaboitzeff_indiaOn avait déjà constaté, sur son album précédent, Heartbeat, quelques penchants pour le patrimoine folklorique européen. Seulement voilà : à force de virer « toujours plus à l’Est », Thierry ZABOITZEFF a débarqué sur la péninsule indienne ! Crise mystique ou quête de racines indo-européennes ? Toujours est-il que les compositions de ce nouveau CD servent de support à un spectacle chorégraphique de l’artiste autrichienne Editta BRAUN. Il va falloir vous y habituer : ZABOITZEFF et elle forment désormais une seule âme !

Thierry a tout écrit, assure tous les instruments et fait même entendre son brin de voix. Je ne sais si le spectacle est fondé sur une histoire linéaire, mais rien ne prouve que Thierry ZABOITZEFF en a de toute façon respecté la progression pour son album. Toutefois, celui-ci possède son propre fil conducteur en dépit de son aspect désordonné et foisonnant. Pour les besoins du sujet, une quantité de samples – autorisés ! – de chants et d’instruments indiens (flûte, bansuri, sitar, tablas, harmonium, tampura…) ont été pratiqués.

Mais pour mieux brouiller les pistes, Thierry ZABOITZEFF a aussi emprunté à d’autres contrées asiatiques : vièle er-hu chinoise, cymbales tibétaines, cloches, gongs, etc., surgissent ainsi par instants. (Il me semble même reconnaître un sample de la voix de la chanteuse tibétaine Yungchen LHAMO !)

L’Inde que ZABOITZEFF nous fait visiter est loin d’être uniforme et se dessine plutôt au travers de virulents contrastes : méditative dans Shakti & Aphrodite, mystique dans The Bodies of the Goddesses, bigarrée et surpeuplée dans Claustrophobia in Madras, caniculaire dans Heat & Suffocation ; c’est aussi l’Inde lointaine et hostile qui engendre la déréliction du pèlerin égaré (Loneliness, Nostalgia in Bengalore) et bientôt sa colère (Rage & Domination), mais c’est également l’Inde des mutations à l’orée du nouveau millénaire, incarnée par le délirant Holi Trance Final Cut, projection de Goa, qui fait danser techno le sitar, les chants de dévotion et même les vaches sacrées !

Néanmoins les attaches aryennes n’ont pas été complètement coupées puisque quelques touches de folklore européen refont surface par endroits. Austrian Jungle Raga combine ainsi sitar, chant indien féminin, rythme machinique, tablas et chœur d’hommes tyrolien ! Enfin, l’album s’achève sur une berceuse au nom qui ne trompe pas : Schlaf Kindlein Shlaf. Cette fois-ci, il n’y a plus de doutes : Thierry ZABOITZEFF s’est littéralement affranchi des balises structurelles et stylistiques artzoydiennes, au risque de froisser les convaincus autoproclamés de la cause des musiques nouvelles européennes.

Mais même avec un titre comme India, cet album ne fait pas mentir quant à sa provenance. Les frontières ne sont plus ce qu’elles étaient, c’est tout !

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°4 – juillet 1999)

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