TRANS-AEOLIAN TRANSMISSION au Festival Rock in Opposition, Cap Découverte, septembre 2017

TRANS-AEOLIAN TRANSMISSION

au Festival Rock in Opposition
à la Maison de la Musique de Cap Découverte
septembre 2017

Un « road-movie » en mode ciné-concert, on n’avait pas encore vu ça au festival Rock In Opposition ; TRANS-AEOLIAN TRANSMISSION l’a fait. Ce duo, constitué de François R. CAMBUZAT (ex-L’ENFANCE ROUGE) aux guitares et programmation MAO et de Gianna GRECO à la basse et aux programmations MAO, a présenté, en fin d’après-midi de la deuxième journée de festival, sa première réalisation mêlant projections vidéo et musique live : Xinjiang, Taklamakan & Karakoram. Ces trois noms ne désignent pas des Kobaïens égarés, mais des régions désertiques et montagneuses de la République populaire de Chine pas franchement accessibles au tourisme, donc peu convoitées par l’industrie artistique des pays capitalistes.

Dans ces lointaines et méconnues contrées, CAMBUZAT et GRECO ont voyagé, rencontré et partagé le quotidien des artistes ouïgours (peuple turcophone de la partie occidentale de Chine), dont les musiques et les chants les ont littéralement envoûtés. Ils ont filmé et enregistré ces bardes et chamanes dolan (sous-groupe du peuple ouïgour) et ont conçu un film documentaire narrant leur aventure, leurs rencontres et leurs découvertes.

La matière sonore accumulée, qui fait entendre toute la rusticité extatique des instruments traditionnels et la crudité des chants, a fait l’objet d’un processus de décomposition-reconstruction auquel se mêlent les instruments électriques et les programmations du duo, dans le but avoué de restituer un état de transe sauvage intrinsèque à ces musiques d’ailleurs, et d’en accroître la dimension et la portée au contact d’une musique live amplifiée nourrie de références krautrock, punk et indus sans concession. Ce n’était peut-être pas du Rock In Opposition stricto sensu, mais un rock industriel transe et tribal pour le moins radical.

Le film projeté, visuellement de toute beauté, comportait des sous-titres à visée pédagogique, visant à faire connaître la situation du peuple ouïgour, en proie, comme le peuple tibétain et autres « ethnies minoritaires », aux tentatives de génocide culturel du gouvernement chinois. Autant dire que les images n’avaient rien du documentaire publicitaire d’agences de voyages, mais relevait du manifeste à la fois poétique et engagé.

De tous les groupes programmés à ce festival R.I.O., TRANS-AEOLIAN TRANSMISSION est assurément celui dont la démarche artistique se doublait d’un acte politique, et dont la cohérence et la force renvoyaient l’écho des premières heures du mouvement Rock In Opposition, dont on se souvient qu’il était lui aussi porté par une volonté d’engagement politique. Certes, les débats de l’époque au sein du mouvement peuvent aujourd’hui paraître datés, mais le discours de TRANS-AEOLIAN TRANSMISSION a su raviver cette flamme engagée en offrant un regard artistique et humaniste sur une actualité brûlante.

Texte et Photos : Stéphane Fougère

Diaporama photos :

 

Site : http://www.trasportimarittimi.net/trans-aeolian_transmission.html

Site du Festival : http://www.rocktime.org/rio/

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