TSERENDAVAA & TSOGTGEREL – Chants diphoniques de l’Altaï mongol

TSERENDAVAA & TSOGTGEREL – Chants diphoniques de l’Altaï mongol (Xoer Altai)
(Buda Musique / Universal)

Chandman, village de la province de Xvod, dans l’Ouest de la Mongolie, passe pour être l’un des lieux du renouveau de ce fameux khöömii, xöömei ou xöömij, ou chant diphonique, le plus connu de l’art vocal mongol. C’est là que sont nés quelques artistes passés maîtres de cette si singulière technique de chant, comme HÖSOO. TSERENDAVAA est lui aussi le dépositaire de cette tradition aux origines nomades et pastorales que pratiquaient notamment les bergers. Lui-même éleveur nomade, TSERENDAVAA est aujourd’hui l’un des représentants les plus attitrés de la pratique vocale diphonique, qui consiste à superposer deux sons en simultané, une note ou une mélodie harmonique par-dessus une note fondamentale, dite « bourdon ».

On distingue ainsi deux principaux styles de chant de gorge, le profond, xarxiraa, ou le sifflé, isegeree. TSERENDAVAA a ainsi développé ces techniques de manière à se produire en tant que chanteur professionnel, et maîtrise jusqu’à sept formes de xöömij, dont l’une qu’il a inventée, le xosmoljin xöömij, qui consiste à interpréter les urtin duu, ou chants longs, en combinant le chant du texte avec la mélodie d’harmoniques, chose assez rare.

Jusqu’à présent, TSERENDAVAA avait enregistré pour plusieurs compilations et même un disque en solo (Chandman’ Song, introuvable chez nous), mais c’est la première fois qu’il enregistre avec son fils, TSOGTGEREL, âgé de dix-huit ans et déjà fin virtuose du chant diphonique et de la vièle moriin xuur, son père (et d’autres maîtres) lui ayant transmis son savoir musical.

Le titre alternatif de ce CD, Xoer Altaï, renvoie aux deux montagnes – les deux Altaï, comme on les appelle – qui cernent le village de Chandman, mais aussi, symboliquement, à ces deux praticiens de la diphonie unis par les liens du sang qui nous convient dans leur monde sonore. C’est donc une histoire de passation de la tradition mongole qui est racontée à travers ce disque, lequel s’avère être une formidable vitrine des différents répertoires vocaux et instrumentaux de Mongolie : urtin duu (chants longs), bogino duu (chants courts), magtaal (chants de louanges), ardiin duu (chants populaires), chants satiriques, chants démonstratifs et tatlaga (solo de moriin xuur, ou vièle à tête de cheval) y sont passés en revue, avec ce style de diphonie propre à l’Ouest mongol.

On y trouve également de remarquables improvisations pour trois voix, sur lesquelles Johanni CURTET (doctorant en ethnomusicologie, chanteur diphonique et auteur des enregistrements du CD) se joint au duo familial.

Un souvenir de la tournée portugo-française effectuée en 2006 par TSERENDAVAA et TSOGTGEREL est fourni en complément de ce CD sous la forme d’un DVD contenant des extraits du concert donné par le duo au festival Les Orientales. Signalons en outre que le livret comporte de superbes photos de paysages et de très intéressantes notes informatives rédigées par Johanni CURTET, dans lesquelles il évoque les origines du chant diphonique, ses techniques et son développement dû à sa professionalisation, en tant que pure forme artistique.

Précisons toutefois qu’il y a un léger décalage entre la liste des morceaux du livret et l’indexation du CD. Mentionné comme le deuxième morceau, la première version du chant long Xoer Altai Nutag figure en fait sur la quatrième plage du CD. De même, la set-list du DVD ne mentionne pas l’improvisation à trois voix qui clôture le film. Mis à part ces légers inconvénients, cet album constitue une référence de choix pour tout amateur des pratiques vocales et musicales mongoles.

Site : www.routesnomades.fr

Label : www.budamusique.com

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans ETHNOTEMPOS 2/8/2008)

 

 

 

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