VAN DER GRAAF GENERATOR – Recorded Live in Concert at Metropolis Studios, London

VAN DER GRAAF GENERATOR – Recorded Live in Concert at Metropolis Studios, London
(Salvo)

De la légendaire période pionnière de VAN DER GRAAF GENERATOR, les documents live audio et vidéo qui ont été exhumés sont peu nombreux, c’est le moins que l’on puisse dire. Tel n’est pas le cas pour son retour en grâce, puisque depuis 2005, le groupe a eu droit à un double CD documentant traits pour traits son concert de réunion (Real Time), puis, depuis sa reconfiguration en trio, au DVD et au double CD Live at the Paradiso, et maintenant à ce nouveau DVD, d’abord paru en tirage limité chez ITV Studios Home Entertainement, puis réédité par dans ce coffret avec 2 CD qui contient l’intégralité du concert figurant sur le DVD. C’est à se demander si l’on n’en fait pas un peu trop.

Était-il indispensable de sortir une captation live seulement deux ans après la précédente ? Peut-être pas, mais cette parution a le bon goût de se démarquer à tous points de vue de ce que montre le Live at the Paradiso. D’abord, le répertoire de ce concert ne doublonne que très peu avec celui du Paradiso, puisqu’on trouve seulement trois morceaux en commun (Lemmings, Lifetime et Man-Erg).

Ensuite le contexte : en lieu et place d’une immense salle mythique, VDGG joue ici dans ce qui ressemble à un caggibi ! En fait, il s’agit de l’un des studios Metropolis de Londres, qui ont vu passer plein de stars pop et rock. VDGG avait été invité à jouer en vue d’un passage sur la chaîne ITV, face à un auditoire limité à 120 heureux fanatiques triés sur le volet en fonction de leur capacité à cracher au bassinet pour assister à ce peu conventionnel événement, soit 175 £ la place ! (Non, je viens de relire, il n’y a pas de coquille…) De plus, l’exiguïté du lieu a contraint certains à rester debout, tandis que ceux qui étaient assis ont dû s’accommoder des allées et venues des caméramen !

Pour l’anecdote, tout cela se passait en plein hiver 2010, à une époque où les conditions météorologiques rendaient les transports londoniens difficilement praticables. Quant à ceux qui ne résidaient pas en Grande-Bretagne, ils se sont payés de belles frayeurs en apprenant que les avions étaient consignés au sol à cause de la neige ! Du pur scénario catastrophe ! Mais c’était le prix à payer pour jouer au VIP et espérer pouvoir passer une soirée privilégiée et sabler le champagne avec son groupe préféré. Et puis, les noms de tous les participants figurent dans le DVD, quelle consécration !

En passant du Paradiso aux Metropolis Studios, VDGG change son image : de groupe emblématique attirant les foules, il passe au statut de combo underground sur le retour pour privilégiés tendance « carte Vermeil ». L’approche visuelle en est évidemment différente : ici, les plans panoramiques cèdent la place à des gros plans sur les mains (on voit même que Hugh BANTON a un pansement sur un doigt, ce qui ne l’empêche pas de pianoter de façon athlétique et de faire rugir son orgue) ou sur les visages (mention spéciale au regard « plus-killer-tu-meurs » de Guy EVANS !). Et en arrière-plan, à la foule indifférenciée d’un grand espace succèdent des visages aisément reconnaissables.

Toutes ces conditions ont forcément une influence sur le cours et le ton de la performance. Quoi qu’il en soit, le trio BANTON-EVANS-HAMMILL semble assez à l’aise mais se garde bien de trop tirer sur la corde raide de la prise de risque. De plus, les trois complices se sont mis en tête de jouer pour la première fois trois nouveaux morceaux issus du disque A Grounding in Numbers, qui n’était pas encore sorti à l’époque de ce concert, d’où une légitime crispation supplémentaire.

D’emblée, on mesure que Bunshô est le plus apte à mettre le feu. Mr. Sands a des atouts similaires mais reste pour l’instant droit sur ses rails. Quant à la ballade Your Time Starts Now, elle bénéficie d’une interprétation toute en retenue par Peter HAMMILL, dont les paroles liminaires sont murmurées, à deux pas du silence. Sinon, c’est évidemment dans l’album Trisector que le groupe pioche en priorité, avec notamment de belles versions d’Over the Hill et de (We are) Not Here, dont la section instrumentale finale est étendue. C’était également une bonne idée de réintroduire Nutter Alert (de l’album Present) dans la set-list, car la version qui en est donnée est abrasive.

Le glorieux passé n’est pas oublié pour autant, et force est même d’admettre que ce sont les pièces classiques du GENERATOR qui font le plus d’effet, tant sur les spectateurs présents que sur ceux qui regardent ce DVD. La plus grosse surprise vient de Childlike Faith in Childhood’s End, que le trio se réapproprie avec une intensité confondante. Peter HAMMILL n’a plus tout à fait la même voix que jadis et il lui arrive parfois de « pilonner » certains de ses classiques, mais ici il maîtrise et négocie à merveille ses capacités vocales, qui qu’on en dise restent exceptionnelles. Et une fois de plus, comme au Paradiso, la version de Man-Erg, encore réarrangé, est impeccable et génère le frisson.

Il ressort du répertoire interprété ce soir-là un décalage stylistique de plus en plus marqué entre les pièces « classiques » et les morceaux plus récents. Ces derniers sont dans l’ensemble (à l’exception d’Over the Hill) assez ramassés et concis, annonciateurs de la voie choisie par le trio. Aussi peut-on s’étonner de les voir coexister avec des poids lourds aussi labyrinthiques et tortueux que Childlike Faith… ou Lemmings.

Bien sûr, VDGG ne peut s’extraire complètement de son passé sous peine d’entraîner une rébellion chez ses fans, mais d’autres morceaux moins datés stylistiquement auraient pu tout aussi bien convenir. Car du coup, VDGG peut difficilement faire oublier qu’il a fait lui aussi du rock « pompeux ». Il y a là une contradiction flagrante avec l’ambition (ou le manque d’ambition) affichée avec son dernier album. Mais c’est aussi pour ses contradictions et ses volte-faces qu’on apprécie le GENERATOR…

Label: http://www.salvo-music.co.uk/

Stéphane Fougère
(Chronique originale parue dans
TRAVERSES n°31 – janvier 2012)

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