Alain GENTY – Une petite lanterne

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Alain GENTY – Une petite lanterne
(Salina/Keltia Musique)

Dans le milieu de la musique bretonne, le bassiste Alain GENTY est loin d’être un inconnu pour avoir participé aux formations les plus innovantes (BARZAZ, GWERZ, DEN…), pour son actualité un rien azymutée (son duo avec Patrick MOLARD, sa participation aux groupes TOUD’SAMES, DIGOR, BAL TRIBAL, NASHA…) et ses activités d’arrangeur, producteur, mixeur, etc., pour un paquet de monde. Avec pareil CV, il serait facile d’en faire l’une des figures marquantes de la musique bretonne, et même celtique, actuelle, ce qu’il est en effet. Cependant, sa trajectoire personnelle en tant que compositeur reste sans doute et malgré tout mal connue.

Il est vrai que ses deux premiers albums solo, auxquels ont participé nombre de personnalités de la scène bretonne, se situent indéniablement au-delà de la musique traditionnelle, même évolutive, et exposent un univers sonore protéiforme apte à filer les pires migraines aux tourneurs en rond et aux colleurs d’étiquettes.

Voilà sept ans qu’on attendait un successeur au Grand Encrier. Et c’est au moment où l’on ne l’attendait plus qu’Alain GENTY décide d’allumer Une petite lanterne qui risque d’en aveugler plus d’un, notamment ceux pour qui le son de la musique bretonne et celtique doit ressembler à un ronronnement caractérisé.

Alors autant vous prévenir, on ne “fest-nozera” pas avec cet album ! Mais s’il y a dans la salle des férus de musiques aventureuses, voyageuses, qui transcendent les styles, les modes et les conventions, ils feraient bien de suivre cette petite lanterne.

Les compositions d’Alain GENTY, qui n’ont rien perdu de leur aspect “pochette-surprise”, empruntent toujours volontiers leur structures à un certain jazz-rock progressif auquel viennent se mêler audacieusement des couleurs, des climats, venant d’un peu partout, celtiques, orientales, allez savoir…, et sont nourries de l’esprit d’invention, que l’on sait ample, des parties de violons de Jacky MOLARD, des envolées de flûtes de Jean-Michel VEILLON, et des soli de basse fretless d’Alain GENTY, auxquels il faut ajouter l’imparable jeu de batterie de Patrick BOILEAU et les claviers du nouveau venu, Laurent GENTY (non, il n’est pas de la famille).

Alain GENTY tient tout le reste, à savoir les claviers, les guitares, les programmations, les voix et, tant qu’à faire, les basses. Les connaisseurs auront toutefois remarqué quelques petits changements au sein de l’ALAIN GENTY GROUPE : exit les instruments “bruyants”, telles la cornemuse, le saxophone et la bombarde. De même, il n’y a plus de guitariste à temps plein.

C’est donc à travers des climats plus feutrés et des horizons plus planants et intimistes qu’Alain GENTY promène sa petite lanterne. Hormis un ou deux passages plus nerveux, les accès schizophrènes tels qu’on en trouvait dans La Couleur du milieu se sont prodigieusement atténués, laissant la place à des sensations oniriques ardentes, des contemplations ésotériques, des danses aériennes ou aquatiques, des méditations soutenues, soit tout un panorama d’étrangetés poétiques parfois rassérénantes, parfois inquiétantes qui laissent par menus endroits passer quelques traits d’humour par le truchement de bruitages incongrus, mais là encore plus tamisés que par le passé.

Envolées aussi les histoires extravagantes et mystérieuses qu’Alain aimait raconter dans son livret pour chaque morceau. Du coup, le livret, qui se déplie en quatre, est un peu… vide, voire franchement raté. Qu’importe, il va falloir se passer de guide et de balises pour appréhender cet univers aussi impalpable qu’envoûtant, et c’est à chaque auditeur d’inventer l’histoire qui va avec chaque composition. Il ne faut pas chercher à comprendre, juste plonger corps et âme avec si possible une entière disponibilité d’esprit.

À une époque menacée par le tassement créatif, avoir allumé cette petite lanterne tient quasiment du miracle, pour ne pas dire de la folie douce, et c’est avec plaisir que les âmes désireuses d’élargir leur champ de vision suivront ses halos de lumière. Et si l’on peut attendre moins de sept ans pour avoir la suite, ce ne serait pas mal non plus…

Stéphane Fougère

Site : www.alaingenty.com

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°16 – février 2005)

 

 

 

 

 

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