Albert MARCŒUR – Album à colorier

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Albert MARCŒUR – Album à colorier
(Label Frères)

Initialement paru en 1976, l’Album à colorier de Tonton MARCŒUR a été réédité en version remastérisée en 2002. Vous allez tous pouvoir chiper les crayons de couleurs et les feutres que vous avez achetés à votre progéniture pour la rentrée des classes (en voilà une bonne excuse !). À moins que les bambins soient déjà dessus… Bon, faites gaffe quand même de pas tout saloper parce que, des couleurs, somme toute, il y en a déjà plein dans cet album : clarinettes, bugles, bassons, saxophones, trompettes, percussions, guitares, flûtes, bandonéons, pianos, basses, pipeaux, chœurs…

C’est qu’il est animé, le petit monde d’Albert MARCŒUR ! Vous ne le reconnaissez pas ? Ce monde, c’est le vôtre, le nôtre, celui de tous les jours, de tous les instants, celui qui nous entoure et dans lequel on est intégré. Simplement, il est vu à travers un regard qui pourrait s’apparenter à celui de l’enfance, de l’innocence, ébahie et ahurie devant la complexité ou l’évolution des situations et qu’elle commente avec une simplicité faussée.

Écoutez donc comme Albert n’est pas loin parfois de murmurer, de chuchoter ses textes, signes d’un trop plein émotionnel. Difficile en effet de ne pas s’attendrir sur l’histoire du lierre du Père Grimoine, ou sur celle de ce pauvre cueilleur de noix qui s’envole avec son noyer (La Cueillette des noix)…

Mais comme tous les gosses, Albert cultive la perversité vocale polymorphe, et c’est sans crier gare, au moment le moins opportun, qu’il se met à rager («Éliminons le verre !» dans le Jus d’abricot, ou sa diction nerveuse dans Le Nécessaire à chaussures). Alors c’est l’affolement des mots, le dérapage des cuivres, la turbulence des vents, l’enchevêtrement des cordes…

La fanfare marcœurienne peut se faire distroy, puis redevenir gracieuse. La timidité peut faire place à l’épilepsie, l’hésitation à la contradiction (« Je l’ai regardée et je lui ai dit…. Je lui ai rien dit » dans Elle était belle ; « Ouvre-toi et ferme la porte » dans Ouvre-toi). Et du coup, ce monde de poésie fragile et subreptice en devient vite perturbant (comme ces voitures qui se touchent, n’est-ce pas Monsieur Lépousse ?), voire effrayant (La-d’dans) ! C’est qu’on en deviendrait vite parano, comme ce Fugitif qui va chercher dans des toilettes bien dégueu d’un café un peu de solitude…

Mais comment se sentir seul quand on est si bien entouré ? Outre la famille MARCŒUR au grand complet (Albert, Claude et Gérard), l’Album… a été aussi colorié par François LASALLE, Denis BRELY, Pascal ARROYO, Pierre VERMEIRE et François OVIDE, prématurément disparu en mai 2002, et à qui cette somptueuse réédition (digipack, remastérisation…) est dédiée. Enfin, il y a les illustrations de François BRÉANT… à colorier.

Attention, pour le coloriage, vous êtes priés de bien respecter les cases numérotées s’il vous plaît…

Stéphane Fougère

Site : www.marcoeur.com

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°12 – décembre 2002)

 

 

 

 

 

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